Mercredi 14 novembre 2018 | Dernière mise à jour 11:50

Paléo Klô Pelgag: «L'écriture est un besoin viscéral»

La chanson surréaliste de la révélation québécoise Chloé Pelletier-Gagnon est à découvrir le jeudi 24 juillet à Nyon.

La jeune femme originaire de Gaspésie chante sur la taxidermie comme sur la chimiothérapie.

La jeune femme originaire de Gaspésie chante sur la taxidermie comme sur la chimiothérapie. Image: Paillé Capuchon

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Elle façonne un théâtre d’images. Par son nom d’abord, Klô Pelgag, qui peut faire penser à une divinité venue du froid. A moins que ce ne soit cette créature cornue dessinée sur la pochette de son 1er album au nom évocateur, «L’alchimie des monstres». En réalité, Klô Pelgag est juste le diminutif de son état civil, à savoir Chloé Pelletier-Gagnon, Québécoise de 24 ans. Pas de bêtes inquiétantes non plus sur son disque. «Le monstre, c’est moi, dit-elle, si dans le regard des autres quelque chose m’importe ou me dérange.»

N’empêche. Elle aime la métaphore, la poésie, le surréalisme. Si elle chante le Nicaragua ou le mariage des oiseaux, elle se rapporte beaucoup au thème de la mort. Tout en douceur. Comme au sujet de la chimiothérapie («La fièvre des fleurs»): «Elle est partie en Leucémie/Elle m’a laissé tous ses livres, elle est partie vivre/A Chimiothérapie, à Chimiothérapie, c’est un nouveau pays». Et Klô Pelgag a non seulement l’écriture inventive mais parvient à développer son univers sur scène avec toutes sortes d’objets et déguisements. Avant sa venue le 24 juillet au Paléo mais aussi les 8 et 9 juin au Festival Pully Lavaux à l’heure du Québec, elle a décroché son téléphone depuis Montréal pour nous en révéler en peu plus sur sa personne.

Vous avez une imagination débordante. On vous faisait tout le temps la remarque durant votre enfance?

Oh oui, positivement comme négativement. L’imagination me faisait penser à des choses étranges et pas toujours politiquement correctes. Mais ça faisait rire les adultes. Ado, c’était plus difficile. Autour de moi, les gens essayaient de se détacher de leur enfance pour devenir quelqu’un qu’ils ne sont pas forcément. Et je me suis vraiment retrouvée dans la lecture. «L’écume des jours» de Boris Vian est un livre qui m’a percutée durant mon adolescence. Ensuite j’ai lu Amélie Nothomb, «Les coloriés» d’Alexandre Jardin…

C’est de vivre dans une petite localité de Gaspésie, Rivière-Ouelle, un peu coupée du monde, qui vous a donné envie de vous évader par la littérature?

J’ai trouvé ça un peu difficile, en effet. On y étudie avec les mêmes gens depuis qu’on porte la couche (rires) et on n’a pas forcément les mêmes centres d’intérêt. La culture était peu présente. C’est un endroit magnifique, entre la mer et les montagnes et il y a beaucoup de choses à faire en plein air, mais peu avec les gens. J’y ressentais beaucoup de solitude et je ne savais pas vraiment ce qui se passait ailleurs, que la vie pouvait être autre chose.

Cette nature est d’ailleurs présente sur votre album «L’alchimie des monstres».

Oui, elle a une influence sur mon lexique. Je chante souvent à propos de la mer, des animaux. Mes morceaux se basent sur quelque chose d’hyper-réel et après je leur donne la couleur qui me plaît. Quelque chose d’à la fois réaliste et surréaliste.

Qu’est-ce qui vous inspire?

J’ai longtemps cru que c’était l’art et la littérature qui m’inspiraient. Mais ce sont davantage les gens que je croise dans la rue, leur habillement, leur façon de se comporter. C’est une source inépuisable.

La mort est très présente sur votre album. Vous aimez les choses noires?

Sincèrement, oui. Je ne m’en étais pas rendu compte en l’écrivant. La mort gravite pourtant autour de tout le monde. Elle est la seule vraie fin. C’est tout de même impressionnant! Au fond, j’ai peut-être une certaine violence en moi. Mais j’aime le contraste: la mort n’est pas toujours triste, elle peut renvoyer à la nostalgie.

Comment êtes-vous arrivée à l’écriture de chansons?

A l’adolescence, j’ai repris des leçons de piano et, naturellement, je me suis mise à écrire. Aujourd’hui, c’est devenu viscéral. J’ai constamment le besoin d’écrire. En ce moment, je fais beaucoup de concerts et j’adore chanter sur scène, mais il me manque la partie écriture.

Sur scène, on dit que vous «provoquez» le public. Qu’est-ce que cela signifie?

Ce n’est absolument pas négatif. J’essaie d’avoir une communication sincère avec les gens. Je ne me censure pas, je les fais participer à mon spectacle, je les interpelle et je les provoque. Comme on pourrait le faire avec un ami. J’aimerais qu’un concert ne soit pas juste un divertissement. Mes musiciens sont parfois déguisés, ceci pour les mettre en valeur. Je leur laisse beaucoup de place.

Vous avez fait une école de cinéma à Montréal. C’est vous qui imaginez vos clips déjantés?

Pas toujours. J’essaie de me détacher des chansons et de faire confiance à différents réalisateurs. Mais je suis un peu tiraillée. Par contre, je suis vraiment nulle en technique. J’ai fait l’école de cinéma durant un an et cette période m’a appris que je voulais vraiment faire de la musique. J’y suis allée pour ma culture personnelle. Je crois que je me cherchais une raison sérieuse d’aller à Montréal.

Avez-vous le projet d’écrire un livre, un jour?

Oui, mais dans un avenir éloigné. L’écriture de romans m’impressionne beaucoup. Un livre est un objet très concret et j’ai l’impression qu’il faut qu’il soit abouti, qu’il doit être réalisé dans une certaine période de ta vie. Et je n’ai pas encore senti que le temps était venu.

Créé: 24.05.2014, 11h17

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