Vendredi 15 novembre 2019 | Dernière mise à jour 14:27

GIFF Le meilleur de la réalité virtuelle est à Genève

D’une imagination folle, les œuvres immersives du Festival International du film de Genève nous explosent les mirettes. A voir jusqu’au 10 novembre.

Le festival genevois réunit cette année près de 60 courts et moyens métrages en VR.

Le festival genevois réunit cette année près de 60 courts et moyens métrages en VR. Image: Gabriel Balagué

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On n’en finit pas de dire que la réalité virtuelle (VR) ou augmentée (AR) ne décolle pas du côté des particuliers et de leur home équipement. C’est vrai, mais ça n’empêche pas les créateurs de rivaliser d’imagination à travers de œuvres profondément immersives que l’on découvre de plus en plus dans les festivals. Le GiFF (Geneva International Film Festival) en donne cette année encore une preuve éclatante en réunissant près de 60 courts et moyens métrages du genre, à vivre, expérimenter et tester jusqu’au 10 novembre, sur plus de 600 m2.

A travers ceux-ci, on y verra que la technologie ne se cesse de se développer, faisant notamment appel à différents types d’interaction pour en approfondir l’immersion (manipulation d’objets virtuels, diffusion d’arômes, capacité de traquer le regard du spectateur…), et séduit aujourd’hui des artistes de tous bords, comme le Taïwanais Huang-Hsin chien (avec «Bodyless»), collaborateur de Laurie Anderson, le réalisateur de cinéma Jan Kounen (qui signe carrément trois films: «7 Lives», «-22.7°C» et «Ayahuasca – Kosmik Journey») ou encore des stars comme Colin Farrell.

Voici les incontournables de ce 25e GIFF.

«Gloomy Eyes»

C’est notre coup de cœur de cette édition, qui mérite à lui seul le déplacement… Un petit bijou signé par deux Argentins, Fernando Maldonado et Jorge Tereso, coproduit entre les Etats-Unis et la France, où l’on suit une étrange histoire d’amour narrée par Colin Farrell («Dumbo», «Bons baisers de Bruges») entre un enfant zombie et jeune fille humaine. «Gloomy Eyes» (dont on peut voir au GIFF les deux premières parties, la troisième et ultime étant en cours de production) s’inspire de l’esthétique des films de Tim Burton («Frankenweenie», «L’étrange Noël de Monsieur Jack» ou «Les noces funèbres») avec ses créatures virtuelles que l’on croirait animées en stop motion. Des personnages à la texture incroyable, d’un réalisme fou, qu’on a envie de toucher, de prendre dans nos mains, mais avec le maximum de précaution possible tant ils semblent fragiles et délicats…

Les différentes scènes se déroulent dans des décors situés sur différentes plateformes, qui apparaissent et disparaissent en fonction de l’avancement du récit, et desquels on peut s’approcher à loisir, jusqu’à avoir littéralement le nez sur l’élément désiré. On peut ainsi observer la scène par-dessus, se mettre à sa hauteur, se déplacer sur les côtés du décor, comme par exemple pour regarder une scène à travers la fenêtre d’un bâtiment, ou encore par dessous (notamment au cours d’une magistrale séquence aquatique).

«Avant, avec la VR, on regardait partout autour de nous en permanence, nous explique le producteur Antoine Cayrol, patron du studio français Atlas V. Mais on a fini par perdre le spectateur. Les réalisateurs avaient cette idée de narration dès le départ et c’est en partie ce qui m’a convaincu de leur talent quand je les ai découverts, il y a deux et demi, à Paris, avant de leur proposer de les aider à monter ce film… La VR, pour moi, c’est juste un autre moyen de raconter des histoires. Certaines sont mieux adaptées au cinéma, d’autres au théâtre…. Celle-ci était parfaite pour la VR, un média qui ne touche pas les gens de la même façon, qui est plus dans la sensation et l’émotion que la narration».

Mais «Gloomy Eyes» démontre surtout un vrai talent de mise en scène, avec une gestion de l’espace formidable, un remarquable travail sur la scénographie et la lumière, une imagination sans bornes… Bref, un film à voir et à revoir, pour en examiner chaque scène dans ses moindres détails, sous tous les angles possibles. En voilà un qui n’a pas volé ses prix récoltés aux festivals SXSW, d’Annecy ou NewImages. D’ailleurs, Antoine Cayrol nous précise que le studio est en train de développer toute une franchise autour du titre: un jeu en réalité augmentée, une version Playstation VR, une autre Oculus Quest (celle-ci étant destinée aux casques HTC Vive), une bande dessinée et enfin un long métrage à gros budget!

«Ayahuasca – Kosmik Journey»

L’Ayahuscana du titre, c’est d’abord une drogue hallucinogène concoctée en Amazonie à partir de racines et réputée pour provoquer de fortes hallucinations. Une pratique à l’origine chamanique qui passionne depuis longtemps le réalisateur Jan Kounen («Dobermann», «99 francs»…). Celui-ci lui avait d’abord consacré un documentaire en 2004, «D’autres mondes», une séquence mémorable dans son film «Blueberry», ainsi qu’un livre, «Plantes et chamanismes». Il y revient cette fois avec une expérience VR de 18 minutes, véritable trip mystique à la fois zen et complètement halluciné, où le spectateur est embarqué dans un voyage intérieur après avoir ingurgité (pour de faux, on se rassure), la drogue en question.

«L’expérience est chargée de reproduire ce que l’on ressent en prenant cette plante médicinale, nous explique le réalisateur, dont le but est de nous retourner, en partant de nos côtés sombres, lié notamment à nos colères, puis de nous rééquilibrer en nous amenant vers des énergies plus lumineuses. La VR était idéale pour ce genre de projet puisqu’on est totalement immergé et qu’elle permet notamment de partager le vertige éprouvé face à l’inconnu de ce type d’expérience. Pendant les véritables cérémonies, on voit d’ailleurs souvent les gens bouger, comme s’ils étaient emportés dans des montagnes russes intérieures, et aujourd’hui, quand je regarde quelqu’un équipé du casque, il adopte les mêmes mouvements».

Pour éviter les files d’attente devant cette attraction attendue, le festival met d’ailleurs trois dispositifs à disposition du public, dont l’un reproduit une belle tente chamanique, faite de bois et de verdure – elle, bien physique –, pour nous aider à plonger dans l’atmosphère. Pas d’interaction au programme, ici, juste un voyage fou, au milieu d’arbres qui se transforment en une multitude d’insectes, de boas gigantesques, de spirales psychédéliques au travers desquelles plonge notre âme, avant de s’élever vers des cieux plus lumineux… «J’ai essayé de retranscrire les visions les plus récurrentes, continue le cinéaste, notamment ces serpents. C’est ce que je vois quand je fais ce type d’expérience mais aussi ce que d’autres ont vu». On en ressort ébahi, et surtout étrangement détendu.

«Eden»

Par la simple force du regard, cinq participants donnent naissance en même temps à une forêt en faisant petit à petit pousser de la végétation. Au début, il s’agit de faire naître de simples plantes, puis des fleurs, des arbres, qui prospèrent en fonction de l’attention qu’on leur porte… Tout autour de nous, on assiste donc à la naissance d’un véritable univers végétal, qui prend de l’ampleur et évolue au rythme des événements (nuit, pluie, orage…). Une expérience collective poétique et zen assez impressionnante signée Cyril Teste et Hugo Arcier. La sensation d’immersion procurée par le 360° est même censée être décuplée par un casque expérimental capable de diffuser différentes odeurs, mais qui a connu quelques ratées en début de festival. Les organisateurs nous promettent toutefois que ces problèmes seront résolus d’ici jeudi. L’expérience est accompagnée d’une exposition vidéo de l’artiste Hugo Arcier.

«Mechanical Souls»

Coproduction entre la France et Taïwan, «Mechanical Souls», signé Gaëlle Mourre, propose une expérience VR 360° unique en son genre, mêlant Live et virtuel. D’abord, les 5 participants invités à vivre ensemble l’aventure sont accueillis dans une pièce à part par deux acteurs, l’un interprétant la responsable d’une entreprise futuriste louant les services d’androïdes haut de gamme, et l’autre, justement l’une de ces machines. Nous sommes les nouveaux employés de cette société dont l’un des robots a récemment disjoncté au cours d’un mariage organisé dans un somptueux hôtel chinois, et c’est à nous d’en déterminer la cause en revivant l’événement à travers des séquences en réalité virtuelle.

Première originalité, on entre donc déjà dans l’univers de «Mechanical Souls» bien avant d’enfiler notre casque et d’assister à l’histoire à proprement parlé. La seconde, c’est que celle-ci va varier d’un participant à l’autre puisque le film utilise un moteur narratif dopé à l’intelligence artificielle capable d’identifier le personnage qui attire le plus notre attention et, sur cette base, nous livrer des aspects bien particuliers des événements… En retirant le casque VR (le nouveau Acer Ojo 500), les personnages Live prennent alors le relais pour nous aider à reconstituer les événements en fonction de ce que chacun a vu.

«On voulait emmener le public vers une histoire qui a du sens, nous explique le producteur François Klein, de l’émotion, et à laquelle on puisse s’identifier». Au final, le pari n’est qu’en partie réussi, notamment à cause d’un enchaînement de séquences manquant parfois de naturel, mais on en ressort assurément avec l’impression d’avoir participé à quelque chose de totalement inédit. Les images, issues de la nouvelle caméra Yi Halo VR de Google, capable de filmer en 8k à 30 fps, avec 17 objectifs couvrant 360°, sont de toute beauté. Et les acteurs Live – absolument impeccables – renforcent encore l’immersion.

«Emergence»

Signé Matt Pyke, ce film offre un bain de foule d’une rare intensité. Dans une vaste plaine, il s’agit de se frayer un chemin (à l’aide d’une manette HTC Vive) au cœur d’une foule de 1000 personnes, chacun réagissant d’une manière propre et dont le comportement va changer à chaque fois que l’on atteint un objectif, symbolisé par un rayon de lumière. Mais pas de souci pour les ochlophobes, après quelques minutes, la caméra finit par s’élever dans les airs pour nous laisser respirer …avant que l’on soit à nouveau rejoint par toute la populace pour un ultime ballet aérien. Assez fascinant.

«The Line»

Comme «Gloomy Eyes», cette histoire d’amour située à São Paulo dans les années 40, réalisée par Ricardo Laganaro, entre un livreur de journal et une fleuriste, nous fait passer d’une plateforme à l’autre au grès de l’évolution du récit. Mais cette fois en mettant à contribution le spectateur, chargé de faire avancer l’histoire en actionnant divers rouages, manettes ou boutons. Visuellement très convaincant, émouvant, le film souffre toutefois de la comparaison avec le film précité, notamment en termes d’inventivité. Prix de la meilleure expérience immersive à la dernière Mostra de Venise.

Christophe Pinol

Créé: 06.11.2019, 16h32

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