Mercredi 11 décembre 2019 | Dernière mise à jour 23:38

Coup de cœur Angèle: «Je ne me sentirai jamais légitime»

Elle a marqué 2018 en musique. La chanteuse belge, 23 ans, nous raconte comment elle a vécu cette année folle.

Le premier disque d'Angèle, «Brol», est sorti en octobre de cette année. «Mon album, c'est ça: cette photo prise par mon père quand j'avais perdu ma première dent. (...) Dans ce métier parfois superficiel il ne faut pas oublier d'où on vient», raconte-t-elle.

Le premier disque d'Angèle, «Brol», est sorti en octobre de cette année. «Mon album, c'est ça: cette photo prise par mon père quand j'avais perdu ma première dent. (...) Dans ce métier parfois superficiel il ne faut pas oublier d'où on vient», raconte-t-elle.

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Avec ses clips vidéo qui cartonnent, ses concerts réussis à Montreux et au Paléo et la sortie de son premier album, «Brol», sorti cet automne, Angèle, 23 ans et petite sœur du rappeur belge Roméo Elvis, est l'une des révélation de l'année 2018. En octobre dernier, nous avions rencontré la chanteuse à Lausanne.

Votre ascension en 2018 a été fulgurante. Comment l'avez-vous vécue?

Pas toujours bien. Ça a constitué un an de changement total de ma vie et pas mal de stress, d'angoisse, j'avais parfois l'impression de courir après le temps. Il faut dire que j'ai envie de tout contrôler.

Votre premier album s'appelle «Brol», qui veut dire bordel en belge. Est-ce un joyeux bordel ou un «bordel» crié dans la colère?

On ne dit pas «foutre le brol» mais «c'est du brol». Pour moi, c'est ce qu'on trouve au marché aux puces ou ce qu'on a dans son sac, des objets familiers dont on n'arrive pas à se séparer et qui n'ont pas forcément une utilité. Les thématiques de cet album sont des brols. Ce nom était aussi une manière de parler de la Belgique. Ça m'a fait rire quand j'ai découvert par mon amoureux, qui est Français, que ce mot n'existe pas ailleurs.

Cela démontre aussi qu'il n'y a plus besoin de se formater aux codes parisiens pour réussir dans la musique francophone...

Je crois d'ailleurs qu'il ne vaut mieux pas. Moi, j'ai eu envie de me laisser la possibilité d'aller où je voulais. Mais il est vrai que j'ai aussi pu bénéficier de cette lumière qui est mise sur la scène belge depuis quelques années.

Pourquoi, en 2018, sortir un album, alors que vous aviez déjà du succès sur Internet et en tournée?

Aujourd'hui, on n'a en effet plus besoin de faire un album pour pouvoir défendre sa musique sur scène ou en promo. Pour autant, j'avais envie de raconter une histoire. Il y a un an, la sortie du single «La loi de Murphy» m'a permis de remplir des salles, c'était impressionnant. Mais ça ne m'amusait pas de ne raconter que ça. J'ai continué à écrire, puis finalement j'ai eu 12 titres. Par contre, pour ma génération, il n'y a que le vinyle qui est un objet physique important, même si c'est un truc de bobo qui se la pète. Le CD ne survivra pas.

C'est vous enfant sur la pochette?

Oui. Charlotte Abramow, avec qui j'ai fait tous mes visuels depuis deux ans, a fait plein de photos pour cette pochette, mais on n'a pas trouvé celle qui correspondait. Elle est finalement allée rechercher cette image de moi que j'avais mise en profil Facebook il y a des années. Mon album, c'est ça: cette photo prise par mon père quand j'avais perdu ma première dent. J'ai des grosses joues, de la bave, je louche, je n'y suis pas à mon avantage et ça me fait rire. Dans ce métier parfois superficiel il ne faut pas oublier d'où on vient.

On peut y voir aussi le symbole de la fin de la petite enfance.

Tout à fait. Je suis passée de l'adolescence à l'âge adulte très rapidement: j'ai créé ma propre société, ma boîte d'édition, je paye un loyer, mes factures, j'ai monté la tournée., ce sont des responsabilités importantes et j'ai voulu rappeler mon côté naïf.

Vous avez écrit toutes les paroles et composé la plupart des musiques. Quel est votre rituel de travail?

J'ai plein de manières d'écrire différentes. Pour «La thune», par exemple, j'étais en train de marcher dans Bruxelles en faisant des messages vocaux à mon copain. Je n'étais pas du tout connue mais les labels en France avaient beaucoup d'intérêt pour moi. Ça me faisait très peur, j'avais l'impression d'être vue comme un produit plutôt qu'une artiste. On me parlait d'argent, de devenir célèbre, de tout défoncer mais pas d'art. J'ai dit à mon copain: «De toute façon, tout le monde il veut seulement la thune.» Et ça a été la première ligne des paroles que j'ai écrites tout de suite en rentrant chez moi.

Dans «Balance ton quoi» vous dites: «J'ai vu que le rap est à la mode et qu'il marche mieux quand il est sale / Bah! faudrait peut-être casser les codes / Une fille qui l'ouvre, ce serait normal.» Est-ce que votre génération a vraiment attendu le mouvement #metoo pour casser les codes?

On n'a pas conscience à quel point le mouvement a eu un impact sur ma génération! Chaque fille à qui j'en parle a une expérience de harcèlement à raconter. Même si ce n'est pas toujours violent, c'est omniprésent. Et #metoo a mis le doigt dessus. Récemment, j'en parlais avec dix copains et dix copines. On avait toutes vécu quelque chose et les mecs n'en revenaient pas.

L’influence du regard des autres et aussi des réseaux sociaux est récurrent sur ce disque. Pourquoi avoir choisi ce thème?

Il m'a choisie. L'ego trip est malheureusement un grand penchant de ma génération. C'est devenu très important de paraître beau, heureux, riche, intelligent mais c'est superficiel. Et c'est dangereux. J'ai beaucoup de copines qui sont tombées malades à cause des réseaux sociaux.

Vous faites un duo avec votre frère, Roméo Elvis, sur «Tout oublier». C'était important qu'il se retrouve sur son disque?

Pas tellement. Enfin... Je suis très contente qu'il y soit mais ce n'était pas quelque chose de calculé. C'est devenu une évidence quand j'ai écrit cette chanson.

«Vous glissez en fin d'album «Tout le monde te trouve géniale / Alors que t'as rien fait / Tout est devenu flou / Un peu trop fou pour moi.» Vous sentez-vous enfin légitime depuis la sortie de «Brol»?

Non, et je ne me sentirai jamais légitime. Ce n'est pas une vie d'être tout le temps félicitée, remerciée, aimée juste parce que je fais de la musique. Je suis toujours étonnée du concept d'être fan. C'est bien d'apprécier un projet mais de là à apprécier une personne sans la connaître c'est autre chose. Je ne suis pas un être parfait, je suis chiante, je peux être malpolie, j'ai des défauts. Mais dans mon métier je me sens un peu plus légitime.

En concert le 8 mars 2019 à Thônex Live (complet) et le 23 novembre 2019 à l'Arena de Genève.

Créé: 23.12.2018, 12h09

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