Dimanche 21 juillet 2019 | Dernière mise à jour 23:28

Interview Charles Aznavour: «Comment j’appelle la Suisse? Home Swiss home»

En 2015, l'artiste s’offrait «Encores», son 51e album en français. «Le Matin» l'avait rencontré à Paris. Souvenirs.

«Je rêve beaucoup de mes parents. Et je l’avoue: des fois, mon oreiller est mouillé quand je me réveille.»


Critique

«Avec un brin de nostalgie», on empoigne ces 12 pistes. Soudain, la gorge se serre d’émotions: «Les petits pains au chocolat», la réussite de l’album. On y entend l’enfance remplie de malice et d’un amour qui le suit depuis toujours et lui colle aux talons tout le long du disque. «Chez Fanny» on résiste, quand il s’agit de «Sonnez les cloches» un peu moins, les autres titres ne crient que son nom, hormis son duo avec Benjamin Clementine. On y discerne les chevrotements d’un vieux sage qui ne parle pas sa langue natale. Mais on est touché et on en redemande. Encore.
Charles Aznavour, «Encores», sortie lundi 4 mai (distr. Universal Music)

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Visage buriné, tel un chef sioux à la tête de sa tribu devant un feu (son fils l’accompagne), Monsieur Charles Aznavour rayonne et réchauffe comme un soleil sur la grisaille parisienne du 1er mai. Il nous accueille avec un «Vous savez comment j’appelle la Suisse? Home Swiss home». Ses yeux rigolent, lui aussi. Il porte une chemise lilas sous un blazer noir sur lequel est accrochée une petite rose rouge. Il règle son appareil auditif et lance: «On peut y aller, je suis à vous!»

Votre album s’appelle «Encores», c’est un rappel ou un avertissement: je suis encore là et ça va continuer?

Dans les deux cas vous avez raison! C’est positif et j’aime ça!

Dans la chanson «Les petits pains au chocolat» vous racontez votre enfance d’une tendre manière. Il vit toujours en vous ce petit garçon?

Je rêve beaucoup de mes parents (il s’arrête une seconde, ému). Et je l’avoue: des fois, mon oreiller est mouillé quand je me réveille. Nous avons eu et avons toujours une famille heureuse. On s’est beaucoup aimé et oui, c’est la chanson autobiographique de ce disque.

«De la Môme à Edith» parle de cette touchante simplicité. Etre simple, c’est difficile

Etre simple, c’est être soi. Il n’est pas difficile d’être soi. Si les artistes se projettent dans ce qu’ils veulent être et non pas dans ce qu’ils sont, leur naturel fout le camp. Il faut savoir rester naturel. Je suis tellement naturel et spontané que souvent ma femme me dit: «Mais enfin, tu ne vas pas dire ça dans ta chanson!»

Qui a cette simplicité dans les artistes d’aujourd’hui?

Il me semble que ce jeune garçon Stromae, que je ne connais pas d’ailleurs, est simple. Julien Clerc et Dany Brillant le sont aussi. Il y en a finalement! L’humilité est une chose très importante dans les métiers «en vue».

Une anecdote sur Piaf?

Vous avez la soirée et la nuit? (Il rigole.) On riait tout le temps! Elle avait de l’humour même quand elle était en colère. Tenez, on était en voiture, je conduisais, il y avait Eddie Constantine avec nous. Il lui dit que sa femme est là et qu’il est obligé d’aller la voir. Il pleuvait à verse. Edith est sortie en furie de ma voiture. Elle tapait des pieds nus par terre dans la flotte en criant: «Alors comme ça, tu vas me quitter? Je fais ça pour prendre froid, attraper une pneumonie et mourir, tu regretteras Eddie.» Moi, j’ai explosé de rire. Ça ne lui a pas plu sur le moment, mais après on a ri les deux de la scène!

Comment faites-vous pour sortir plus de 50 albums et vous renouveler toute en gardant votre «patte»?

Simplement, je n’aime pas me répéter. Je suis un homme d’une grande curiosité. Je suis curieux des gens, des moments, des situations. Alors, dans mon travail, je ne veux pas être plus différent que dans la vie. Je me renouvelle spontanément. Je n’ai pas fait d’études, je n’ai pas appris la musique, je n’ai pas appris à chanter. Juste peut-être à danser – et ça ne me sert à rien! La culture, c’est bien quand on la possède et qu’on la donne à la hauteur de son public.

On vous sent très enraciné dans les belles valeurs humaines. Vous n’avez jamais perdu la foi?

Non. Mais je risque de la perdre aujourd’hui parce que cette époque est extrêmement violente et assassine. Ce sera le thème d’une de mes prochaines chansons. Mais, malgré tout ce qui se passe de très mauvais sur la Terre, je n’ai pas perdu la foi. Au sens humain du terme. Je pense que ce sont eux qui ont perdu la foi. Je ne suis pas religieux mais je suis pour les grandes religions: le judaïsme, l’islam et la chrétienté, c’est important. Si on élevait les enfants dans ces principes, on aurait un meilleur peuple au sens mondial.

Vous êtes ambassadeur d’Arménie en Suisse et totalement impliqué pour ce pays avec votre association. Comment avez-vous vécu le centenaire du génocide?

Tout à fait normalement. Je ne l’ai pas vécu en martyr ni en ennemi du peuple turc. Je ne suis pas d’accord avec leur gouvernement, mais, dans ce peuple, il y en a qui ont vraiment envie de bouger. Moi, je cherche juste à ce que les choses s’arrangent. Même si c’est difficile et que certains pays devraient reconnaître ce génocide. A commencer par les Etats-Unis et Israël. Mais ça devrait se faire vite.

L’autre Arménienne connue du grand public, c’est Kim Kardashian. Vous la connaissez? Qu’est-ce que vous en pensez?

Je ne la connais pas en vrai. Mais j’ai une anecdote. Une de mes filles vit aux Etats-Unis. On devait me remettre un trophée et il était prévu que ce soit Kim Kardashian qui me le remette. Ma fille a dit: «Non, il n’en est pas question!» J’ai demandé pourquoi. Finalement, elle n’est pas la seule à montrer son corps, au final elle se débrouille!?

En 1998, «The Times» vous élisait «Artiste de variété du siècle» devant Elvis Presley et Bob Dylan. Quel a été votre sentiment?

Ça m’a amusé pendant un moment. On me l’avait dit juste avant la fin du siècle, donc j’avais dit à la presse américaine que ça n’allait pas durer! Mais ça ne m’intéresse pas trop. Je ne crache pas dans la soupe, mais je ne m’arrête pas à ça.

Alors sur quoi vous vous arrêtez?

Sur les Prix Nobel, le Prix Goncourt… Mais en ce moment je suis en train de terminer mon prochain album. Il ne me reste que trois musiques à faire. Tout est prêt, il se pourrait que je change un morceau, mais tout est presque prêt, même le titre. Mais je ne vous le donnerai pas. (Il rit.) Parce qu’il y a trop de piqueurs!

Vous êtes une légende dans le monde entier. En fait, Monsieur Aznavour, vous êtes un superhéros!

J’accepte aussi facilement la célébrité que je m’en fous! Donc je ne suis pas quelqu’un d’inaccessible, je ne suis pas un superhéros.

Créé: 01.10.2018, 15h44

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters