Dimanche 22 juillet 2018 | Dernière mise à jour 18:06

Musique et opéra Les cheffes enfin sur le podium

Une riche saison d’orchestres va marquer l’année musicale romande. Avec l’apparition de quelques femmes à la baguette, conquérantes d’un des bastions masculins les plus inexpugnables.

Les femmes ne sont plus tout à fait des exceptions à la tête des orchestres. Marin Aslop (à g.) dirigera deux fois l’Orchestre de la Suisse romande, Simone Young deux fois l’Orchestre de chambre de Lausanne dont elle est la principale cheffe invitée, alors que Nathalie Stutzmann (à dr.) dirige son propre ensemble Orfeo 55 à La Chaux-de-Fonds.

Les femmes ne sont plus tout à fait des exceptions à la tête des orchestres. Marin Aslop (à g.) dirigera deux fois l’Orchestre de la Suisse romande, Simone Young deux fois l’Orchestre de chambre de Lausanne dont elle est la principale cheffe invitée, alors que Nathalie Stutzmann (à dr.) dirige son propre ensemble Orfeo 55 à La Chaux-de-Fonds. Image: Grant Leighton, DR, Brill/ullstein bild/Getty Images

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Oh, c’est peu de chose. Mais les cheffes d’orchestre sont encore si rares, et la domination masculine sur les podiums si ancienne, que la poignée de concerts dirigés par des femmes, en ce début 2018, a des allures d’événement. Il y a une quinzaine d’années, les musiciens du Philharmonique de Vienne refusèrent, même pendant les répétitions, de jouer sous la baguette de la Française Claire Gibault…

Saluons donc l’Orchestre de chambre de Lausanne qui non seulement a nommé l’Australienne Simone Young principale cheffe invitée (elle dirige deux concerts en février et en juin à Lausanne), mais qui prépare la relève. La moitié des «Dominicales», ces concerts d’une heure réservés aux jeunes talents, sont en effet dirigés par des femmes: Joanna Mallwitz (14 janvier), Marzena Diakun (6 mai) et Gemma New (17 juin). Une initiative de plus à mettre à l’actif du directeur musical Joshua Weilerstein, qui dirigera par ailleurs l’œuvre de prestige de la saison, la Neuvième symphonie de Beethoven, avec chœur et solistes (Lausanne, 30 avril et 1er mai, Genève le 3 mai).

Mais ce n’est pas tout: Marin Aslop, qui fut la première femme à diriger, en 2013, la «Last Night of the Proms» du célèbre festival londonien, est l’invitée de l’Orchestre de la Suisse romande pour deux programmes dominés par une autre fameuse Neuvième symphonie, celle «du nouveau monde» de Dvorák (Genève, les 11 et 12 avril).

Femme toujours, enfin: Nathalie Stutzmann, magnifique contralto, a désormais pris la baguette à la tête de son ensemble baroque Orfeo 55. Elle sera l’une des hôtes de la saison fêtant les 125 ans de la Société de musique de La Chaux-de-Fonds (20 mars). Cela dit, la saison orchestrale particulièrement relevée est évidemment constellée de grands chefs, aussi.

Difficile de choisir entre tant d’étoiles: Daniele Gatti avec le Mahler Chamber Orchestra dans un programme ultraclassique (Beethoven, Schumann, Genève, 25 janvier) ou son grand aîné lui aussi transalpin, Riccardo Muti, qui vient avec les jeunes talents de l’orchestre Luigi Cherubini (Genève, 27 mai)?

Si on aime Tchaïkovski, autre embarras du choix: Emmanuel Krivine et l’Orchestre National de France qui en donnent la magnifique 4e Symphonie (Genève et le Rosey Concert Hall de Rolle, les 13 et 14 avril), ou le tsar Valery Gergiev, qui dirige son orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, dans les 2e et 5e Symphonies, concert événement pour lequel on s’arrachera les places (Genève, 7 mai)?

Dilemme encore, viennois celui-ci: le flamboiement orchestral de Richard Strauss est servi par l’Orchestre symphonique de Vienne et son directeur musical, le Suisse Philippe Jordan, dans «Don Quichotte» et «Une vie de héros» (Genève, 10 juin), alors que la Cinquième symphonie de Mahler, monument romantique s’il en est, devrait être sublimée par une association de légendes, le Philharmonique de Vienne et le chef Zubin Mehta (Genève, 26 avril).

Les formations d’ici ont aussi des atouts à faire valoir. Mahler, justement, est le compositeur fétiche du directeur musical de l’Orchestre de la Suisse romande, Jonathan Nott, qui en dirigera la 3e Symphonie (Genève et Lausanne, les 24 et 25 mai).

Avant cela, on l’aura entendu diriger le violoncelliste Xavier Phillips dans le magnifique concerto pour violoncelle de Dvorák (Genève, le 18 janvier), le violoniste Valeriy Sokolov dans l’ultra-virtuose 1er concerto de Paganini (Genève, le 8 février, Lausanne le 15) ou encore le pianiste Nelson Goerner dans le concerto de Ravel (Genève le 17 janvier, Lausanne le 30 avril).

Plus aventureux, le meilleur flûtiste du monde, le franco-suisse Emmanuel Pahud, présente le concerto de Sofia Gubaïdulina, l’une des compositrices contemporaines les plus jouées, avec l’OCL et son chef Joshua Weilerstein (Lausanne, 8 et 9 janvier).

Une pluie de solistes

Les solistes de grand format ne manquent pas à l’appel. Toujours avec les orchestres d’ici, ne pas manquer trois violonistes parmi les plus cotés de leur génération: Christian Tetzlaff pour le sublime concerto de Brahms avec l’OCL (26 et 27 février), Patricia Kopatchinskaya, toujours inattendue, dans un autre chef-d’œuvre, le «Concerto à la mémoire d’un ange» d’Alban Berg, avec la Camerata Geneva et son chef David Greilsammer, décidément en grande forme (Genève, 20 mars), puis Leonidas Kavakos, qui joue Mozart avant de diriger Stravinski et Moussorgski avec l’OSR (Genève, 25 avril, Lausanne le 26).

Un autre violon incomparable, celui de Maxim Vengerov, revenu au sommet après quelques années de doute, fait un tandem stellaire avec une voix d’or, celle de la mezzo-soprano Cecilia Bartoli (Rosey Concert Hall de Rolle, le 27 janvier). Quant au violoniste Renaud Capuçon, toujours sur tous les fronts, on l’entendra à Gstaad dans le festival qu’il dirige (Sommets musicaux, du 26 janvier au 3 février) en compagnie d’une pléiade de grands noms (Lozakovich, Ottensamer, Moreau, Lupu, Freire), mais aussi à La Chaux-de-Fonds avec la Camerata de Salzbourg (28 janvier) et avec l’OSR à Lausanne pour le magnifique concerto de Lalo (8 mars).

Côté piano, on ira les yeux fermés écouter en récital Andras Schiff, sa hauteur de vue, son intériorité bouleversante (Genève, 7 février) ou le non moins classique Murray Perahia, lui aussi entré dans le club fermé des grands maîtres (Martigny, Fondation Gianadda, 27 février).

Côté lyrique, quelques grandes voix se présentent en récital, notamment la soprano d’origine bulgare et de formation genevoise Sonia Yoncheva, le miel et la crème réunis: elle est à Genève (4 février) puis à Rolle au Rosey (4 mai). À l’Opéra des Nations de Genève, on retrouvera un classique du répertoire, «Faust» de Gounod, dans une mise en scène de Georges Lavaudant, figure du théâtre français qu’on avait un peu perdu de vue (1er-18 février). En parallèle, Peter Schneider donnera les rares mais magnifiques «Scènes de Faust» de Schumann avec chœur et solistes (25 février-1er mars).

On remonte plus loin dans le temps avec Purcell et son opéra «King Arthur», longue férie dont «L’air du froid» est devenu célèbre grâce à Klaus Nomi. C’est ici Leonardo Garcia Alarcon, champion de ce répertoire, qui dirige (26 avril-9 mai). Puis on revient au feu par Mozart et «Don Giovanni», son opéra le plus fameux sans doute, auquel l’Opéra genevois réserve une belle distribution (1er-17 juin).

Alors que Fribourg fête les dernières représentations des «Contes d’Hoffmann» d’Offenbach (Équilibre, jusqu’au 14 janvier), Lausanne est plus italien, et toujours porté sur des voix remarquables: la virtuose «Somnambula» de Bellini est servie par la merveilleuse Olga Peretyatko (9-11 février), Mozart et sa «Clémence de Titus» brilleront sous la baguette alerte de Diego Fasolis, avec le phénoménal contre-ténor Yuriy Mynenko en Sesto (18-28 mars), puis ce sera son confrère Max-Emmanuel Cencic qui fera sensation en mettant en scène «La Donna del lago» de Rossini, dont il chantera le rôle de Malcolm (22-29 avril).

Toujours sur le versant italien, deux rendez-vous pour terminer en beauté: la soirée qui panache «Cavalleria Rusticana» et «Pagliacci», deux opéras véristes en un acte de Mascagni et Leoncavallo, avec en particulier la soprano Nino Machaidze (Genève, 17-29 mars); et à Lausanne, en fin de saison, le noble «Simon Boccanegra» de Verdi (3-10 juin). Mais en ouverture de ces fêtes musicales, ne manquer sous aucun prétexte la soprano Diana Damrau qui, associée au harpiste Xavier de Maistre, est l’invitée de grand luxe du concert du Nouvel-An de l’OSR. Champagne! (Genève, le 10). (Le Matin)

Créé: 09.01.2018, 14h03

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