Vendredi 16 novembre 2018 | Dernière mise à jour 08:39

Insolite Elle invente le procès musical

La violoniste vaudoise Isabelle Meyer a créé un spectacle en forme de plaidoirie. Elle sera sur scène avec une politicienne et un ténor du barreau.

Isabelle Meyer, Suzette Sandoz  et Me Charles Poncet (de g. à dr.):  un trio improbable pour un spectacle  non moins surprenant.

Isabelle Meyer, Suzette Sandoz et Me Charles Poncet (de g. à dr.): un trio improbable pour un spectacle non moins surprenant. Image: Darrin Vanselow/LMD

A voir

Mis en scène par Benjamin Knobil, le spectacle «Éternel féminin - Le procès» est prévu le 15 juin 2018 au Théâtre de l'Octogone de Pully (VD) et le 16 juin 2018 au Théâtre Les Salons de Genève. Une représentation supplémentaire est d'ores et déjà programmée le 9 septembre à l'Octogone (www.art-en-ciel.ch).

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On connaissait le procès-verbal. Ou encore celui d'intention. Mais pas le procès musical. À travers son label «Art-en-Ciel», qui met en scène depuis douze ans des spectacles pluridisciplinaires où des artistes réputés et d'éminents scientifiques collaborent à des créations inédites, Isabelle Meyer a comblé cette lacune.

La violoniste vaudoise, qui a joué dans des salles prestigieuses aux quatre coins du monde, a imaginé «Éternel féminin - Le procès». Ce concert-spectacle ne manque ni d'audace ni d'originalité, puisqu'il a été conçu et scénarisé comme une plaidoirie, à l'image de ce qui se pratique habituellement dans un tribunal conventionnel.

Sauf qu'ici, le procès s'articule autour d'œuvres musicales qui font référence à de nombreux archétypes – souvent négatifs – de la femme. Carmen, Marguerite, la Vierge Marie, Norma, Salomé, Shéhérazade et d'autres sont interprétées par Isabelle Meyer et ses musiciens, sur des airs notamment de Schubert et de Bizet.

Un casting de rêve

Ces icônes féminines sont accusées tantôt de crime passionnel, tantôt d'infanticide ou encore de crime de guerre. Cette lourde tâche, celle de l'accusation donc, incombe à Suzette Sandoz, professeure éminente de droit, écrivaine et personnalité politique influente du PLR vaudois. Un rôle taillé sur mesure pour la bouillante et polyvalente septuagénaire.

Et comme dans tout procès, à plus forte raison pour la défense du mythe de l'Éternel féminin, il fallait un avocat expérimenté, aux épaules solides. Le choix de Me Charles Poncet, ancien conseiller national et ténor du barreau, s'est imposé spontanément. Joli casting!

Isabelle Meyer à la barre: «Les femmes sont-elles seules coupables?»

Pourquoi ce spectacle?

Le violon chante les humeurs et les passions de l'âme. Mon répertoire est lié au monde des femmes. Le registre extrême de ces personnages et leur vie atypique m'ont donné envie de porter un regard moderne sur ces mythes souvent mêlés à un crime.

Avec votre violon, vous allez être à la barre de ce procès musical, accusée de divers crimes. Vous allez assumer?

J'espère que la voix de mon violon va être suffisamment convaincante pour obtenir l'acquittement de l'Éternel féminin! Ce procès est évidemment absurde, mais l'enjeu du spectacle est de montrer à quel point les femmes ont été accusées à tort…

Les femmes sont-elles, toutes, des criminelles en puissance?

La société a condamné les sorcières, la fille-mère, la femme adultère. Sont-elles seules coupables? Ces criminelles sont souvent une vision masculine, donc unilatérale… Je présente des œuvres de compositrices pour leur donner une voix, une tribune, et se poser la vraie question de ce procès: pourquoi les femmes créatrices sont-elles si peu représentées dans la vie culturelle contemporaine?

Le public devra délibérer. Craignez-vous la vox populi?

Le verdict sera le point culminant du spectacle. Je suis sûre que nous obtiendrons l'acquittement de l'Éternel féminin vu la qualité de l'avocat de la défense incarné par Me Poncet.

Suzette Sandoz à l'accusation: «Le droit s'orientera dans le sens de la société»

Qu'est-ce qui vous a séduite dans ce projet artistique?

L'enthousiasme et la joie de vivre d'Isabelle Meyer et l'originalité de l'idée.

Vous allez incarner le rôle de la procureure. Avec sévérité ou complaisance?

Avec sévérité, beaucoup d'exagération et, parfois – je l'espère – une pointe d'humour.

Accuser des icônes comme Carmen, la Vierge Marie et bien d'autres, c'est loin d'être banal. Il faudra du cran?

Pour ne rien vous cacher, c'est la Vierge Marie qui m'a causé le plus de cheveux blancs! J'espère avoir trouvé une parade.

Plus généralement, le Droit – au sens large du terme – s'oriente-t-il dans le bon sens pour les femmes?

Il n'est jamais que le reflet de la société. Du moins quand le législateur ne se prend pas pour un éducateur infaillible. Le droit s'orientera dans le sens de la société. Si celle-ci prend mieux conscience de la différence entre les hommes et les femmes et en tient compte, il ira dans le bon sens. L'égalitarisme dans le droit est le pire ennemi des femmes. L'égalité exige le respect des différences.

Votre état d'âme quelques jours avant la première?

Ma seule préoccupation est de ne pas nuire au talent d'Isabelle Meyer et de ses musiciens. Sinon, j'avoue que je me réjouis de participer à cette expérience fascinante.

Me Charles Poncet à la défense: «Je suis littéralement mort de trac!»

Maître, on ne vous attend pas forcément à la défense d'une plaidoirie musicale.

Effectivement. J'en suis le premier surpris. D'autant que mes capacités musicales sont en dessous de la nullité! Mais je serai bien entouré, rassurez-vous. Isabelle Meyer et ses merveilleux musiciens gommeront mes carences.

Qu'est-ce qui va se différencier, dans ce spectacle, de la pratique quotidienne de votre métier?

La pratique du temps. Convenez que plaider une cause en trois ou quatre minutes constitue un exercice pour le moins périlleux.

Comment allez-vous défendre l'infanticide, les crimes de guerre et les crimes passionnels? En clair, l'indéfendable…

Je m'efforce d'y réfléchir. Le jury dira si j'y suis parvenu ou non.

Êtes-vous confiant sur le dénouement de ce procès? S'achemine-t-on vers un procès sans fausse note?

Confiant, je ne sais pas… Par contre, je me dois de confesser que je suis littéralement mort de trac!

Votre conclusion, Maître Poncet?

Grâce aux plaidoiries de ce spectacle, mes trois filles adorées me pardonneront sans doute d'avoir été macho pendant 40 ans… (Le Matin)

Créé: 06.06.2018, 07h14

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