Lundi 6 juillet 2020 | Dernière mise à jour 21:13

Coronavirus Le Jazz et le Paléo essaient de garder le moral

En Suisse romande, ce sont les deux seuls grands festivals de l'été à ne pas avoir encore dévoilé leur programmation. Mais le feront-ils? Leurs directeurs, Mathieu Jaton et Daniel Rossellat, nous confient leur quotidien en ces temps incertains.

«L'an dernier, je disais que je travaillais sur deux festivals en même temps. Maintenant, c'est dix», dit Mathieu Jaton (à g.). Alors que Daniel Rossellat promet de pas annuler le Paléo mais de le reporter.

«L'an dernier, je disais que je travaillais sur deux festivals en même temps. Maintenant, c'est dix», dit Mathieu Jaton (à g.). Alors que Daniel Rossellat promet de pas annuler le Paléo mais de le reporter. Image: Keystone

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Le 24 mars et le 26 mars auraient dû être une fête pour le Paléo et le Montreux Jazz Festival. C'est à ces dates-là que les deux festivals devaient, respectivement, révéler leur programmation. Face à la pandémie de Covid-19 et l'incertitude de la tenue ou non des événements, les annonces ont été repoussées.

Dans un article de «24 heures» publié mercredi, ils disent attendre une décision du Conseiller fédéral. «Une interdiction simplifiera l'aspect juridique des choses, car si le cas de force majeur est prononcé, tous les contrats avec les artistes seront annulés sans contre-partie de part et d'autres», explique Daniel Rossellat, le patron du Paléo.

Mais ce n'est pas pour autant que lui comme Mathieu Jaton, le boss du Montreux Jazz Festival, attendent cette décision les bras croisés. Contactés par nos soins, ils nous confient passer leurs journées en contact avec leurs collaborateurs, les sponsors, les partenaires, les agents des artistes et les autres festivals européens.

Comment va le moral?

Daniel Rossellat: Je vais bien. Cela fait des semaines que l’on se prépare à tous les scénarios possibles. Il n’y en a plus que deux: organiser le festival, mais avec des chances qui s’amenuisent de jour en jour, ou le reporter. Je fais partie d’un groupe de travail qui élabore les scénarios alternatifs. Et tout le reste de l’organisation travaille assidûment pour la préparation du festival. Je me suis préparé à toutes les éventualités, y compris les pires. On est prêt à tout!

Mathieu Jaton: C'est un ascenseur émotionnel. L'an dernier, je disais que je travaillais sur deux festivals en même temps. Maintenant, c'est dix. On monte des hypothèses et on travaille dessus. Cela motive d'avoir des objectifs.

Et celui des troupes?

D. R.: Moralement, c’est vrai que c’est un peu éprouvant de devoir travailler pour un festival sans savoir s’il va avoir lieu. C’est un peu plus difficile.

M. J.: On fait le point tous les jours avec le comité de direction et tous les deux jours avec les responsables des équipes. On est les champions du monde de la visioconférence! C'est important de se voir très très souvent, quitte à ne pas se dire grand-chose. Car l'espoir a tendance à faire le yoyo.

Qui attend sur qui pour prendre une décision? Les artistes sur les festivals ou les festivals sur les artistes?

D. R.: On a des contacts avec l’ensemble des principaux festivals européens ainsi qu’avec les autres organisateurs de concerts en Suisse et aussi avec les artistes. Actuellement, les organisateurs aimeraient bien qu’il y ait une décision claire des gouvernements. Si il y a une interdiction de rassemblements pour les festivals, et c’est très probable, on pourra appliquer les clauses des cas de force majeure. C’est-à-dire que les contrats sont annulés de plein droit. Et sans contrepartie. Cela signifie que s’il y a un tremblement de terre, une grève générale, une guerre ou une pandémie chacun gardera sa part de frais. On ne devra donc pas payer le cachet de l’artiste.

M. J.: C'est l’œuf ou la poule. J'ai pris le pari de l'ultradialogue avec les agents, les partenaires, les sponsors. Il s'agit avant tout de prendre les dispositions appropriées dans le bon timing. Nous sommes dépendants de multiples facteurs, alors ne nous précipitons pas.

Que vous disent les artistes? Certains ont déjà annulé?

D. R.: Non, personne. Tout le monde est en attente et en discussions. Mais Glastonbury en Angleterre et, dernièrement, Roskilde au Danemark ont déjà annulé leur édition. Évidemment, ce genre de décision peut mettre en danger l’équilibre financier des tournées.

M. J.: Il y a plusieurs cas de figure. Il y a l'artiste indépendant qui se retrouve sans rien. Mais aussi les grosses agences de management qui annulent des milliers de concerts. Il peut très bien y avoir un black-out total sur 2020. En tout cas, nous n'avons pas d'artistes qui nous ont annoncé qu'ils renonçaient pour raisons de santé ou parce qu'ils ont peur.

Quels messages recevez-vous des festivaliers?

D. R.: On a beaucoup de questions. Mais, en général, les gens sont positifs. Ils nous disent: «Il faut y croire! On se réjouit de se retrouver à l’Asse.» On a plein de messages d’encouragement. Forcément, il y a aussi toujours une ou deux personnes qui trouvent que ce serait dommage de devoir annuler.

M. J.: C'est important de le souligner: depuis notre communication du 26 mars, où nous déclarions que nous repoussions l'annonce de la programmation, nous avons reçu une avalanche de messages de soutien. Cela fait chaud au cœur à toute l'équipe.

Si le festival est annulé, ce sera le soulagement ou la déception qui primera?

D. R.: Ce serait une monstre déception! Et on ne va pas l’annuler, on va le reporter. On l’a préparé avec beaucoup de cœur, on se réjouissait beaucoup. Le terrain a un nouvel aménagement. Il y a un nouvel urbanisme. On avait prévu quelques surprises... En même temps, j’ai toujours pensé qu’il y a moyen de transformer un échec en une opportunité.

M. J.: L'incertitude est horrible, et je prends beaucoup sur moi. Je vais être entre les deux sentiments. Mais d'abord, je pense que j'irais pleurer un bon coup, car le Montreux Jazz Festival régule toute ma vie en permanence.

Est-ce possible de faire une édition 2021 avec le même programme et en gardant le secret un an de plus ?

D. R.: Pour le moment, on est en négociation avec les principaux artistes pour un copié-collé du festival l’an prochain. Les chanteurs oublieraient leur tournée en 2020 et la même se mettrait en place en 2021. Ainsi, on pourrait proposer la même programmation, dans les grandes lignes, qu’on avait prévue cette année. L’objectif, par exemple, est de retrouver Céline Dion.

M. J.: Serait-ce bien nécessaire? Les agents de Lionel Richie et Lenny Kravitz, par exemple, nous ont déjà demandé s'ils pouvaient revenir l'an prochain. Mais faire la même édition, pour Montreux, ça serait très peu probable.

Fabio Dell'Anna et Laurent Flückiger

Créé: 08.04.2020, 15h47

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