Jeudi 2 juillet 2020 | Dernière mise à jour 15:51

Interview Loïc Nottet: «J'ai enfin réussi à lâcher prise»

Le Belge de 24 ans a sorti son deuxième album, «Sillygomania». Un disque beaucoup plus «solaire» et dans lequel il chante sur de nouveaux styles ainsi qu'en français.

Loïc Nottet sera en concert le 14 novembre 2020 à l'Alhambra de Genève.

Loïc Nottet sera en concert le 14 novembre 2020 à l'Alhambra de Genève. Image: Sony

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Si le deuxième album est souvent signe de pression pour un artiste, il s'agit du contraire pour Loïc Nottet. Le Belge de 24 ans se sent plus serein et libre que jamais. Avec «Sillygomania», sorti le 29 mai, il propose une nouvelle facette de sa personnalité qui est loin du garçon triste et torturé que l'on a connu il y a trois ans avec son premier album «Selfocracy».

On retrouve un artiste rempli d'espoir, solaire et qui ose. Celui qui sera en concert le 14 novembre prochain à l'Alhambra de Genève s'aventure vers de nouveaux styles musicaux et s'essaie même au français, avec succès. Durant notre entretien Skype, il semble moins timide qu'à ses débuts. Les années d'expérience lui ont permis de prendre de l'assurance et de la maturité, mais il nous confie que le succès n'a pas que du bon.

Vous sortez votre deuxième disque en période de déconfinement. Comment se sont déroulés ces deux derniers mois?

J'étais chez moi. J'ai colorié, j'ai regardé beaucoup de documentaires sur Disney+ et j'ai beaucoup mangé. (Rires.) Au début du confinement, j'étais assez motivé et j'ai voulu offrir du contenu inédit à ma communauté en sortant quelques reprises, comme «You're The One That I Want» de Grease. J'avais aussi pas mal de promotion à faire.

Avec votre deuxième album, vous vous détachez un peu de ce côté sombre et torturé que vous aviez, non?

Exactement. Je considère ce disque plus solaire, plus lumineux par rapport au premier. C'est voulu, j'avais envie d'un Ying et d'un Yang. Déjà par le visuel. Tout est blanc, alors que pour «Selfocracy» tout était noir. Pour les sons, il y a toujours une touche de mélancolie, car j'adore les chansons tristes, mais en général c'est beaucoup plus positif. C'est un album très éclectique. C'est toujours de la pop, mais je me suis aventuré dans pas mal d'univers musicaux comme la funk, l'urbain et même le français. J'ai enfin réussi à lâcher prise.

Pour «Selfocracy» vous aviez cité comme influences Sia, Lana del Rey, Florence and the Machine, Imagine Dragons. Qu'en est-il pour «Sillygomania»?

Je dirais que ce sont les mêmes, simplement que je les ai écoutées différemment. Avant, j'avais une oreille un peu plus sombre et mélancolique. Cette fois-ci, je me suis focalisé sur l'espoir. Cela m'a permis de découvrir une autre facette de ces artistes ainsi que de ma personnalité.

C'est pour cela que l'on retrouve le titre «Rosa Maria» aux sonorités latino et R&B, un style où l'on ne vous imaginait pas forcément?

Oui. J'avais envie de surprendre et de chercher un public que je n'avais pas forcément au départ. Je n'ai que 24 ans et on est dans une société où l'on nous met très vite dans des cases. J'avais très peur que Loïc Nottet soit résumé au garçon qui s'habille en noir, qui danse et qui chante des chansons tristes. Cela me correspond, mais c'est juste une partie de ma personnalité. Dans le privé, je suis quelqu'un qui adore rire. Je voulais aussi exprimer ce côté-là.

Le titre d'introduction de «Sillygomania» parlent des souvenirs qui nous hantent en permanence. Vous en avez beaucoup?

Je suis quelqu'un qui ressasse en permanence le passé. Si je ne pensais qu'aux bons moments, ce serait incroyable. Malheureusement, je suis plus de nature pessimiste, donc forcément je me souviens plus facilement des idées noires. Mais j'ai envie de dire aux personnes qu'il faut savoir aller de l'avant et grandir. Parfois, j'y pense tellement que ça m'empêche d'être heureux. Je me prends la tête sans raison et ça peut durer des heures.

En résumé, vous analysez beaucoup.

Oui. Je suis quelqu'un qui fait attention à chaque détail. C'est vraiment dû à mon métier et ça déteint sur ma vie privée.

Votre scolarité n'a pas été facile, vous disiez vouloir être un basketteur américain de 2 mètres pour entrer dans la norme. Aujourd'hui, vous rêvez toujours d'être quelqu'un d'autre?

Je commence à me construire en tant que jeune adulte et à prendre mon indépendance petit à petit. Je reçois beaucoup d'amour du public. J'ai appris à être content de ce que la nature m'avait donné. Mais c'est vrai qu'à un moment donné, j'avais envie d'être ce basketteur américain de 2 mètres. Aujourd'hui... (il réfléchit) J'ai peut-être toujours envie d'être Américain. Ils n'ont peur de rien et j'adore cette mentalité. Mais ils ont des points négatifs aussi, on ne va pas se mentir.

Cela fait six ans que vous êtes sous le feu des projecteurs. Est-ce qu'il y a un moment de votre carrière dont vous êtes particulièrement fier?

La sortie du premier album. C'était l'accomplissement de deux ans de travail. C'était aussi beaucoup de pression. J'avais fait «The Voice» Belgique, ensuite l'Eurovision puis «Danse avec les stars». J'ai eu une grosse couverture médiatique et je disais: «Je ne veux pas être danseur, mais chanteur.» Je n'avais pourtant encore rien composé et les gens m'attendaient au tournant. J'ai eu une grosse pression quand j'ai sorti «Millions Eyes». Finalement, les gens ont kiffé. Cela a été un énorme soulagement, car ça m'a permis de tourner la page. Tenir dans les mains ce disque a été comme une naissance.

On dit souvent que pour le deuxième album, on a une pression encore plus grosse. C'est vrai?

Je vous avoue que ça fait deux ans qu'il est prêt. J'ai eu le temps de l'écouter, de le digérer, de me prendre la tête. Au niveau du stress, ça va mieux. Les personnes qui l'ont entendu m'ont donné des avis positifs. J'y ai mis autant d'âme que dans le premier. On verra comment il va être accueilli. C'est surtout la période qui me fait peur, cette atmosphère étrange. Je ne sais pas si les gens auront vraiment en tête de vouloir écouter le disque d'un tel ou un tel.

Le premier single, «On Fire», est sorti fin 2018. Ce morceau parle de votre revanche sur les personnes qui ne croyaient pas en vous.

Je parle surtout du fait de s'être relevé. On est dans une société où les jeunes manquent de plus en plus confiance en eux et c'est important de leur répéter qu'ils peuvent réussir. J'ai mordu la poussière, mais j'ai serré les dents pour y arriver. Et j'ai réussi à faire de mes faiblesses une force. C'est un sujet évident, mais il faut continuer à en parler. C'est comme ça que les choses finiront par changer.

C'est ainsi pour beaucoup d'injustices...

Je regardais ce matin les archives de l'Ina (ndlr.: Institut national de l'audiovisuel). Je suis tombé sur une émission sur l'homosexualité. C'était en 1984 et j'étais choqué et mal à l'aise d'entendre la manière dont le sujet était abordé. Les intervenants parlaient des gays un peu comme d'une espèce animale. C'est à ce moment-là que l'on remarque qu'il y a eu une amélioration en presque trente ans. C'est à force d'en avoir parlé, d'avoir montré des images et des témoignages que les gens ont fini par comprendre qu'être homosexuel n'est pas quelque chose de grave.

Vous avez souffert d'être différent durant votre enfance. Quel a été votre déclic pour ne plus vous positionner en tant que victime?

J'ai, dans la tête, une espèce de liste de choses que j'aimerais accomplir avant de mourir. Je peux très bien sortir demain et me faire écraser. La vie ne tient qu'à un fil et je n'ai pas envie d'avoir de regrets.

Qu'y a-t-il sur cette liste?

Déjà le premier album. Ensuite des voyages. J'aimerais beaucoup aller au Japon ou en Chine. Chez l'habitant, comme on voit dans «Pékin Express». (Rires.) En Australie aussi. J'ai un projet autour de la danse qui me vient en tête. J'aimerais aussi publier un livre. Je suis d'ailleurs en train d'en écrire un...

Pour la première fois, vous avez aussi écrit un morceau en français intitulé «Mr/Mme». C'était dur de trouver les mots?

Non, car à la base ce n'était pas une chanson. J'étais juste très tourmenté un soir et j'ai pris un bic (ndlr.: un stylo), une feuille de papier et j'ai écrit tout ce que je ressentais. En relisant, je me suis étonné à la chanter et je me suis mis à m'enregistrer. Une fois le titre terminé, je me suis dit que j'étais obligé de la mettre sur le disque.

Vous y parlez de choses assez violentes, comme la solitude, les injures, le suicide...

Non, non, c'est une chanson très joyeuse. (Rires.) Comme tout le monde, j'ai des jours avec et des jours sans. Parfois mes down sont très forts. Cela m'arrive rarement, mais j'en ai encore eu un il y a moins d'un an. Mon humeur était lourde et pesante et je n'arrivais pas à en sortir. C'était une période où je ne savais plus trop ce que je voulais. Être sur scène et entouré de gens c'est super, mais une fois que tu rentres, tu te sens vite très seul.

Cela rejoint l'une des phrases que vous chantez: «Le succès rend seul». Non?

Il y a une part de vérité. Mais je me suis aussi isolé volontairement. Personne ne m'oblige à rester chez moi. Je m'isole, car je ne peux plus aller au cinéma un mercredi après-midi. C'est compliqué de passer un bon moment avec mes amis, sans être mis en avant d'une quelconque façon. On m'a déjà abordé alors que j'étais au restaurant, une cuillère dans la bouche pour avoir un autographe. Je n'ai jamais refusé, mais les gens ne comprennent pas pourquoi certains artistes vont dire non. Pour éviter ce genre de situation, on s'isole et on sort à des créneaux où il n'y a personne.

Fabio Dell'Anna

Créé: 04.06.2020, 06h45

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