Dimanche 26 mai 2019 | Dernière mise à jour 10:51

Nyon Robert Charlebois: «Les Québécois sont les plus colorés!»

Six artistes parlent de leur Belle Province, mise à l'honneur cette année au Village du Monde du Paléo. On commence cette série de six épisodes avec Garou le fou!

Robert Charlebois présentera son nouveau show «Robert en Charleboisscope» le samedi 27 juillet.

Robert Charlebois présentera son nouveau show «Robert en Charleboisscope» le samedi 27 juillet. Image: Getty

Robert Charlebois en concert le samedi 27 juillet au Paléo. Infos et billetterie: www.paleo.ch (il reste des billets!)

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Cette année, le Paléo consacre son Village du monde au Québec. En musique, en gastronomie, en paysages, en accent chantant, la Belle Province promet tant de choses fascinantes que «Le Matin» avait envie d'y consacrer une série d'articles avant le début des festivités, le mardi 23 juillet. Et qui d'autre que six artistes du cru pouvaient en parler le mieux? Alors, prends ton chum ou ta blonde par le bras, c'est ici que l'aventure commence.

Impossible de ne pas inaugurer cette série avec Robert Charlebois (à l'affiche le samedi 27), tant il représente à lui seul tous les bons côtés de son pays. Actif sur scène depuis plus de cinquante ans, le sympathique frisé de 75 ans continue de nous captiver avec «Lindberg» ou «Je reviendrai à Montréal», plaisante sans cesse et est même derrière la brasserie québécoise Unibroue, à qui l'on doit l'incomparable bière (forte) Fin du monde.

On compose l'indicatif canadien et on appelle Robert Charlebois chez lui, dans son chalet en banlieue de Montréal, au bord d'un petit lac.

Comment ça va par chez vous, Robert?

Ça y est la glace est calée, les embarcations sont à l'eau, enfin on a un vrai printemps qui arrive ici.

L'hiver était rude?

C'est-à-dire que, depuis quelques années, je passe les mois de janvier, février et mars en Guadeloupe. Il n'y a rien qui peut me faire changer d'idée. De mai à octobre, je suis à Montréal et le reste de l'année je voyage un petit peu. Dans le passé, j'ai beaucoup skié et j'ai beaucoup joué au hockey. Mais ce n'est plus le cas depuis cinq ans et ça ne me manque pas trop. (Rires.) J'admets que les cocotiers et la pêche au gros, c'est pas mal non plus!

Vous êtes né et vous avez grandi à Montréal. Est-ce que ça vous a procuré un avantage du point de vue musical?

Oui, absolument. Un cerveau ne peut émettre que dans la mesure où il est bien nourri. Quand j'étais petit, mon papa écoutait beaucoup les big bands, Glen Miller, Bing Crosby, Frank Sinatra, et ma maman de la chanson française. J'ai eu le bonheur d'être nourri dans les deux langues, ce qui fait que je suis devenu un bon compromis entre Elvis Presley et Maurice Chevalier. (Rires.) Au Québec, on était directement influencés par ce qui se passait aux Etats-Unis: les années Kennedy, les hippies, les pop groupes, les Birds, Jefferson Airplane et bien sûr, avant, les années 1950 et Chuck Berry qui ont inspiré mes premiers orchestres.

Vous aimez rire de vous. C'est également quelque chose qui vous a aidé à faire carrière, non?

J'adore rire de moi mais je préfère rire des autres! (Rires.) J'aime bien me mettre en déconfiture et je crois que quand on fait soixante ans de carrière comme moi, c'est parce qu'on a beaucoup d'humour. Être musicien est un métier extrêmement cruel, il faut savoir perdre. Moi, j'en ai perdu des concours au début de ma carrière dans les années 1960. Mais après je remerciais le ciel, car la chance, quand elle arrive trop tôt, peut apporter la malchance. La synchronicité a toujours été bonne dans ma vie. Sauf une fois.

Quand ça?

En 1990, au Paléo. C'était une année catastrophique au niveau de la météo. Dans la petite camionnette qui m'amenait au festival, on entendait à la radio qu'il ne fallait pas sortir de chez soi. Tous les camions étaient embourbés, on pataugeait dans la boue jusqu'aux chevilles. Finalement, je n'ai pas pu jouer sur la Grande Scène, on s'était replié sous une petite tente (ndlr.: le Chapiteau). Ce n'est pas mon meilleur souvenir de tournée. J'espère de tout mon cœur qu'il fera beau cet été parce que le grand secret d'un concert en plein air c'est la météo pas le talent de l'artiste!

Qu'avez-vous prévu sur scène au Paléo?

J'ai un show qui est plus près du cinéma que du théâtre, comme j'ai eu l'habitude de faire ces dernières années: ça s'appelle «Robert en Charleboisscope», ça dure une heure trente et il n'y a pas la place pour faire des sketches. Il y a un mur d'écrans LED gros comme la cathédrale Notre-Dame et un orchestre en acier, avec trompette, saxophone, violons, trombone mais aussi un numéro à quatre batteries auquel je participe. Je m'y suis remis, j'ai commencé à m'entraîner. C'est un show rock, rock, rock. C'est le même que je m'apprête à faire dans les plus grandes salles du Québec. Je n'avais plus fait de visuel depuis quarante ans et mon spectacle en patins à glace au Palais des congrès.

On l'a dit: le Paléo met en évidence le Québec, cette année. C'est quoi le Québec de Robert Charlebois?

En 1971, un homme politique aurait promis le réchauffement climatique, ça aurait été plus vite que l'indépendance! (Rires.) C'est un pays assez froid et c'est pire qu'avant. Cet hiver, les gens portaient des crampons et les enfants avaient interdiction de se lever durant les récréations parce qu'il y a eu trop de commotions! C'est un pays où il faut être très fort. Et si on traverse ça, ça fait des personnalités fortes.

La musique est-elle la meilleure carte de visite du Québec?

Il y a la musique, oui, mais aussi le cirque, le jazz, l'humour, le théâtre, la danse...

Quelle est votre expression québécoise préférée?

(Il réfléchit.) J'en ai sorti une à ma femme la semaine dernière. (Rires.) J'avoue que j'ai un trou. Les Québécois se sont assez anglicisés. Avant, on disait «c'est cool» mais c'est démodé. Maintenant, c'est «chill as fuck», ça veut dire «il n'y aucun problème». Je l'ai beaucoup entendue à Brooklyn, où j'ai enregistré mon dernier album. Sinon, il y a toujours ma vraie expression: «What the fuck!» Quand je la disais à des Français, ils pensaient que je parlais anglais. Mais ce n'est pas ça. Au Québec, quand il tombe de la neige, on dit qu'il tombe de la ouate de phoque (Rires.) Si je me mets sur la pointe des pieds, j'en vois un petit peu dans mon entrée de garage.

Votre boisson préférée?

Je boirais toujours une bonne bière plutôt qu'un mauvais vin mais je préfère boire n'importe quoi!

Vous avez toujours des parts dans la brasserie Unibroue?

Non, mais j'aimerais bien aller rejouer avec ça un jour. Ça me manque énormément. Il n'est pas impossible que j'y retourne très bientôt. D'ailleurs, la chanson «La fin du monde», que j'ai écrite un 1972, fera partie du nouveau show

Si vous deviez citer un artiste québécois?

Moi, j'ai perdu cette année mon auteur naturel de ma vie qui s'appelait Réjean Ducharme, avec qui j'ai fait beaucoup de grandes chansons comme «Mon pays (c'est pas pays c'est un job)», «J'veux de l'amour». On peut citer évidemment l'immense Gilles Vigneault, qui ne chante plus mais qui continue d'écrire à 90 ans. Et je m'inspire des morts, comme Félix Leclerc qu'on entend plus à la radio mais à qui on doit tout.

Votre dernier album s'appelle Et voilà. Vous y faites un bilan, en disant notamment: «J'ai perdu tellement d'amis cette année». Ça ne vous a pas décourager de continuer?

J'ai fait une chanson sur Johnny Hallyday. Même si j'ai passé beaucoup de temps avec lui en Guadeloupe, je ne le connaissais pas mieux que Jacques Higelin, Maurane ou France Gall. Mais j'étais bouleversé par ses funérailles. Ça a été une très grosse perte. Moi, j'ai toujours aimé taquiner la mort. À 30 ans, j'ai écrit «Quand je serai mort / Enterrez-moi dans un piano» (ndlr.: «Le piano noir»). Après j'ai mis en musique le «Blues funèbre» de W. H. Auden, le poème dans «Quatre mariages et un enterrement», puis celui de Saint Augustin «Ne pleure pas si tu m'aimes». Mais c'est la fatalité, c'est comme ça pour tout le monde.

Quand se refermeront les portes du Village du Monde, qu'aimeriez-vous que les festivaliers retiennent du Québec?

Que les Québécois sont les gens les plus colorés du monde. Il y a un éventail du plus sensible au plus délirant en passant par le plus intime, le plus festif, le plus rock'n'roll. (Le Matin)

Créé: 16.05.2019, 11h50

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