Lundi 19 novembre 2018 | Dernière mise à jour 05:49

Chant du Gros The Inspector Cluzo: «On est tous déconnectés de la terre»

Ils sont rockeurs et éleveurs d'oies et joueront ce samedi au Noirmont (JU) avant la sortie d'un nouvel album en octobre. Interview.

De g. à dr.: Laurent Lacrouts, Mathieu Jourdain et Miguel dans leur ferme des Landes.

De g. à dr.: Laurent Lacrouts, Mathieu Jourdain et Miguel dans leur ferme des Landes. Image: DR

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On est très fans de ces rockfarmers qui occupent leur temps entre la musique et le travail à la ferme. The Inspector Cluzo, c'est le barbu Laurent Lacrouts et Mathieu Jourdain, qui n'est jamais sans son béret. Ils emmènent leur (bon) blues rock aux quatre coins du monde et produisent leur (bon) foie gras au sud de Mont-de-Marsan dans les Landes.

Avant qu'ils viennent chatouiller les sens des spectateurs du Chant du Gros, ce samedi 8 septembre au Noirmont (JU), nous avons croisé la route des deux Français qui sortent un nouvel album, «We, People of the Soil», le 26 octobre.

Comment se présente la nouvelle production de foie gras?

Mathieu Jourdain: Les oies grandissent, elles sont belles. Elles sont dans les champs et attendent leur tour. Le gavage se fera en janvier. On ne pourra pas commencer avant à cause de la tournée.

C'est la première année que vous ne faites pratiquement pas de pause dans votre métier de musicien. Laurent Lacrouts: Oui, en général, on s'arrêtait de fin septembre à janvier. On fait une exception, on a du stock. Le groupe Clutch voulait absolument tourner avec nous et on ne pouvait pas louper cette opportunité. Des gens sont intervenus pour nous dire qu'il y avait un gros potentiel avec The Inspector Cluzo et que ça serait dommage de rater le coche. On s'est approché d'autres gaveurs et ce n'est pas simple puisqu'on gave en traditionnel, c'est un métier en voie de disparition. On a trouvé un couple qui a 70 et 71 ans pour nous aider en octobre et en novembre.

Qui jouera de la guitare aux oies?

L.: C'est sûr que ça va être moins funky mais ce sont des gens cool.

La ferme ne va pas vous manquer?

M.: C'est surtout la nourriture qui va nous manquer. En tournée, le moindre truc qu'on mange est industriel et on a mal a ventre. À la ferme, tout ce qu'on consomme ne contient aucun produit. Il n'y a que le pain et le vin qu'on achète.

Cette image de rockfarmers que vous mettez en avant, est-elle 100% bénéfique?

L.: Oui et non. On se fait attaquer par des véganes. Pour l'instant, c'est gentil, ils ont compris que ce n'était pas nous leurs ennemis, vu que notre démarche est contre l'agro-industrie. Mais on ne cautionne pas leur façon de faire. Elle veut réorganiser la nature, c'est une forme de prétention. C'est un mouvement qui est déconnecté de la terre.

Vous n’avez encore jamais eu d’antispécistes qui sont venus manifester à l’un de vos concerts?

L.: Non. Au Cabaret Vert, le festival de Charleville-Mézières, deux associations pro-animales ont fermé le rideau pour protester contre notre présence. Mais c'est tout.

Le nom de l'album, «We, people of the Soil» (en français: «Nous, les gens de la terre»), ce n'est pas seulement vous, c'est nous tous.

L.: Oui, on est tous déconnectés. Même nous qui sommes des ruraux nous nous sommes aperçus que nous sommes déconnectés de nos grands-parents. À partir du moment où tu ne te fais plus à manger tu es déconnecté. Mais on est sur le chemin. On pense que cette phrase, «Nous, les gens de la terre», devrait être inscrite en premier dans la constitution. On n'est plus citoyen d'un pays, mais de la nature. Nicolas Hulot l'a très bien dit dans sa déclaration, l'autre jour. Mais il a mis trente ans à apprendre quelque chose que nos grands-parents avaient appliqué de base par bon sens pour survivre.

Vous dédicacez un titre à votre voisin, «A Man Outstanding in his Field».

M.: À notre ami Alain Laborde, qui ne la ramène pas, qui a un humour très fin. Il n'est pas sorti plus loin qu'un rayon de 15 km autour de sa ferme et pourtant il a une grande ouverture d'esprit. Quand les gens lui demandent: «Alain, vous n'avez pas de téléphone portable?» Il répond: «Ah non! Alain, il est libre.»

Vous êtes partis enregistrer à Nashville. Qu’est-ce que vous êtes allés chercher dans le Tennessee?

M.: Une personne: le producteur Vance Powell (ndlr.: Seasick Steve, Jack White). Pour le son, qui sied très bien à notre musique, et parce qu'il baigne dans la culture américaine, contrairement à nous. En plus, c'est la référence dans le style analogique.

L.: C'est à l'ancienne. Il met les micros et il dit: «Jouez!» Souvent il refuse des groupes hyper bons techniquement parce qu'il leur manque le truc. Mais, entre les chansons de l'album que tu entends et les maquettes qu'on lui a amenées, ce sont les mêmes structures, les mêmes harmonies. Le premier jour il te dit: «Si vous êtes là, les gars, c'est parce que je suis votre fan numéro un.»

Ça met en confiance.

L.: Oui, et il le pense réellement, il est très pointilleux dans sa sélection. Par contre, comme je le disais, c'est à l'ancienne, c'est: guitare, voix, piano, voix. Tu t'aperçois vitre si ta chanson est nulle. Mais on était préparés, on avait écrit toutes les chansons à la guitare acoustique. Au final, on a un album équilibré, pensé comme un vinyle, avec une face A et une face B.

Samedi, vous jouez au Chant du Gros. Le Jura, les Franches-Montagnes, ça vous inspire quoi?

L.: On s'attend à découvrir un terroir, une culture. Et comme toujours on est assez excités, après le Pérou, la Colombie, c'est génial!

The Inspector Cluzo, «We, people of the Soil», sortie le 26 octobre 2018. En concert: samedi 8 septembre au Chant du Gros, Le Noirmont (JU), vendredi 7 décembre aux Docks, à Lausanne.

(Le Matin)

Créé: 08.09.2018, 10h23

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