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Histoire Quelle est l'origine des «poissons d’avril»?

D’où vient cette surprenante tradition de faire des farces et de se payer la tête de ses proches? Il faut remonter au XVIe siècle pour en découvrir les origines.

Image: MAXPPP/Keystone

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Il est de coutume, le jour du 1er avril, de raconter toutes sortes de bobards. Histoire de se bidonner un bon coup et de se payer gentiment la tête de ses proches. Des canulars aux poissons collés dans le dos, mieux vaut être vigilant ce jour-là… et imaginatif! Ce sera au plus malicieux – et au plus convaincant – que reviendront les honneurs de la journée. Aux plus crédules, les moqueries bon enfant. A vous de jouer alors, en connaissance de cause.

Mais d’où vient cette surprenante tradition, faite de farces et de ces étranges «poissons»? Il faut remonter au XVIe siècle pour en découvrir les origines. En 1564, plus précisément, l’année où le roi Charles IX a décrété le début de l’année le 1er janvier, et non plus le 1er avril, comme cela était le cas auparavant – le mot «avril» nous vient d’ailleurs du verbe latin «aperire», qui signifie ouvrir. Fuyant une épidémie de peste, Catherine de Médicis et son fils Charles IX avaient trouvé refuge au château de Roussillon, près de Lyon. C’est là que le roi signa ce fameux «Edit de Roussillon».

Marre du poisson, on veut de la viande!

Mais voilà, on ne change pas si facilement les habitudes de ses sujets. Au sein de la population du Royaume de France, plusieurs individus jouent les fortes têtes et tiennent à montrer leur résistance face à ce changement de calendrier. Ces irréductibles continueront donc à s’échanger leurs cadeaux pour le premier jour de l’an, les coutumières étrennes, le 1er avril. Avec le temps, ces présents se sont transformés en canulars et autres cadeaux pour rire et piéger ses amis et sa famille.

L’origine du «poisson» est, quant à elle, fort controversée et différentes hypothèses sont prises en considération. La plus convaincante, pour les historiens, serait celle liée à la coutume, à cette époque, d’offrir en cadeau de la nourriture. Le 1er avril se situant vers la fin du Carême, période durant laquelle la consommation de viande est interdite chez les chrétiens, le poisson était alors le présent le plus fréquent. Lorsque les blagues se développèrent, l’un des pièges les plus courants était d’offrir de faux poissons. Ou alors de se débarrasser des poissons que l’on ne pouvait plus voir en peinture, après ces 40 longs jours de privation de viande, en les accrochant aux portes et sur le dos des autres.

Une autre explication concernant le fameux poisson serait à chercher du côté du printemps, période de frai chez les poissons qui produisent une multitude d’œufs, symbole de la fécondité. Ce serait pour cette raison que, du début du XXe siècle jusqu’à l’entre-deux-guerres, on vit apparaître une autre coutume de 1er avril. Il s’agissait pour les amoureux transis d’envoyer ce jour-là une déclaration d’amour à l’élue de leur cœur, le plus souvent de manière anonyme. La destinataire était invitée à en deviner l’auteur. Et si elle n’était pas intéressée, elle pouvait toujours feindre de n’avoir pas trouvé. Une façon des plus courtoise de se refuser, mais aussi de prendre un râteau…

Une autre interprétation remonterait à la Grèce antique. Le 1er avril tombant douze jours après l’équinoxe de printemps, il se pourrait aussi que cette fête provienne de la journée qui était, à cette époque, consacrée au dieu du rire. Et comme, selon la mythologie, c’est la déesse Aphrodite, protectrice des poissons, qui prit la place de ce dieu, ce serait tout à fait imaginable… Une explication d’autant plus probable que le 1er avril n’est pas fêté seulement en France, de nombreuses fêtes équivalentes existant dans le reste de l’Europe et du monde.

L’Angleterre connaît son «April’s fool day», soit la journée du «fou d’avril». Les farces ne s’y font que le matin et, si vous vous faites piéger, vous êtes «une nouille». En Ecosse, les festivités s’appellent «Cuckoo d’avril» et s’étirent sur?48 heures, les farceurs pouvant encore sévir le 2 avril. Au Québec, on s’amuse à «courir le poisson d’avril» à la même date que chez nous. En Espagne, le jour des farces tombe le 28 décembre, soit le jour des Innocents – ça ne s’invente pas. Au Portugal, on reste au 1er avril, mais sans poisson et avec de la farine que l’on jette sur ses victimes. Au Mexique, la seule plaisanterie permise consiste à s’emparer du bien d’un ami, le piégé recevant en échange des bonbons et un petit mot lui disant qu’il s’est fait avoir. En Inde, on connaît la fête d’«Huli», qui a lieu le 31 mars et qui est l’exact équivalent de ce que nous connaissons chez nous.

Si l’on ne peut certifier de manière formelle l’origine du 1er avril, nul ne conteste que la fête continue d’avoir ses joyeux adeptes, et pour longtemps encore. (Le Matin)

Créé: 01.04.2012, 09h25

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