Vendredi 14 décembre 2018 | Dernière mise à jour 13:22

Humour Chez Philippe Geluck, l'horreur est humaine

Le papa du Chat se lâche dans son nouveau livre. Un humour bête et méchant qu'il peut se permettre, car c'est un vrai gentil. Interview.

Par Geluck
Ed. Casterman
144 pages
Sortie le 31 octobre

Par Geluck
Ed. Casterman
48 pages
Sortie le 31 octobre

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En tournant les pages de «Geluck pète les plombs», on rit aux éclats, évidemment, mais en pensant parfois: il est gonflé, tout de même! Ce dessin, par exemple, où un toubib dit à un autre, face aux restrictions de budget: «Si tu euthanasies une femme enceinte, tu économises un avortement». Ou celui titré «Schumacher, les sponsors gardent espoir», avec l'image du pilote dans son lit, les draps couverts de logos publicitaires. Geluck mord, pique, griffe, appuie où ça fait mal. Mais plus on avance, plus, à la manière du personnage ci-dessous qui, à la 3e page du livre s'émerveille de la qualité de celui-ci, on ne peut que s'exclamer: «Quelle tendresse, mais quelle tendresse!» Car au fond, s'il dénonce la connerie humaine et la haine, c'est que Geluck pense d'abord à ceux qui en sont les victimes.

Geluck/Casterman

Philippe Geluck: «Cela me fait plaisir que vous le ressentiez ainsi. Je ne suis que cela: tendre. Et c'est parce que je ne suis pas une teigne, bien au contraire, que je me sens légitime pour faire de l'humour. Je suis le Robin des Bois du gag. Oui, enfin, la comparaison ne fonctionne qu'à moitié: je vole la connerie des uns, mais je ne sais pas si je dois la redonner, ni à qui.»

Après «Geluck se lâche» et «Geluck enfonce le clou», «Geluck pète les plombs» complète cette trilogie dans laquelle vous pratiquez un humour plus saignant. Ce sont, comme Franquin le faisait à côté de Gaston Lagaffe, vos «Idées noires»?

«Oui, c'est le même principe. Mais j'ai toujours eu cela en moi. A mes débuts, je pratiquais un humour et un dessin plus noirs, à la Topor. Ensuite je l'ai distillé entre les lignes, comme dans les émissions de Michel Drucker. Aujourd'hui, après l'attentat contre «Charlie Hebdo», c'est important d'appuyer davantage le trait. On pensait que tout le monde avait assimilé le deuxième degré dans l'humour. On voit hélas que non, alors il faut faire de la pédagogie, continuer à expliquer. C'est comme l'art conceptuel, on ne peut pas l'appréhender tel quel»

Les albums du «Chat» ne sont d'ailleurs pas si gentils que cela. On y trouve aussi des gags qui pourraient figurer dans ce livre, non?

«Oui, parce qu'aujourd'hui je me lâche davantage, je densifie les pages du «Chat». Je prépare ainsi mon lectorat à de l'humour plus radical.»

Et il vous suit, sans crier au scandale?

«Au contraire, il en redemande. Maintenant, on verra comment il accueillera ce livre. Quelqu'un m'a dit: «Toi tu peux te permettre d'aller si loin, parce que tu es Belge.»

Donc, quand vous écrivez qu'il faut expliquer l'humour aux imbéciles, si vos lecteurs apprécient vos gags, c'est qu'ils n'en sont pas.

«Bien sûr que non. Je n'ai que des lecteurs formidables!»(rire)

En vous attaquant au sexisme, vous prenez la défense des femmes; en faisant fantasmer un curé sur un enfant de Tchernobyl à deux anus, vous compatissez aux victimes de prêtres pédophiles. Mais quand vous vous gaussez de l'écriture inclusive, disant que, si elle rentre dans les mœurs, «les trans à leur tour vont commencer à nous casser les couilles et nous râper le clito parce qu'ils ne se sentent ni romancier ni romancière, ni charcutier, charcutière...», vous êtes loin du politiquement correct, non?

«Oui, parce qu'il est faux de dire que les minorités ont tout le temps raison. Stop, faut pas pousser!»

Vous annoncez que ce volume sera le dernier de la trilogie féroce, pourquoi?

«Parce que j'ai toujours fonctionné par trois. Trois «Encyclopédies universelles», trois «Docteur G». Je trouve qu'un tabouret à trois pieds est plus stable qu'une chaise à quatre.»

Ayant écrit ce livre, vous n'avez pas eu le temps de faire un nouveau Chat, donc vous sortez en parallèle un best of. C'est déjà le sixième pour 22 albums d'inédits: n'est-ce pas un peu resservir la même soupe au lecteur?

«Les best of sont des albums qui marchent très fort. Il y a une partie du public qui n'achète pas l'intégralité du «Chat», qui aime le lire ponctuellement. Mais même celui qui a beaucoup d'albums y trouve son compte, car c'est un peu comme s'il relisait des fragments de ses autres albums. Ce ne sont pas des histoires complètes, donc on s'en souvient moins bien qu'un «Tintin» par exemple et on peut relire les gags plus facilement.»

Le faux autocollant sur la couverture annonce «LE best of». Ceux d'avant n'avaient pas ce «LE». Il est à ce point exceptionnel?

«S'il n'en fallait qu'un, ce serait celui-ci! En fait, je joue toujours avec les codes d'un album. J'aime d'ailleurs m'impliquer dans tout ce qui entoure la sortie d'une nouveauté. Par souci du détail, je fais la maquette du dossier de presse, les affiches. Sur celle ci-dessous, il sera écrit en gros: «Déjà plus de 200 000 exemplaires vendus». Mais, en tout petit avant le dernier mot, on pourra lire «pas encore». Alors pareil pour le faux autocollant de la couverture, le «Le» est un gag.»

Geluck/Casterman

Ce qui est sûr, c'est que Geluck pratique l'humour avec un grand H.

Créé: 31.10.2018, 09h30

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