Lundi 24 février 2020 | Dernière mise à jour 13:05

High-tech Avec Quibi, le streaming voit grand... même en mini format

Pensé uniquement pour les smartphones, ce nouveau concurrent de Netflix se veut plus interactif et entend bien révolutionner la manière de regarder des vidéos.

Le réalisateur Steven Spielberg fera partie des principaux acteurs des premiers programmes lancés dès le 6 avril sur Quibi, aux Etats-Unis.

Le réalisateur Steven Spielberg fera partie des principaux acteurs des premiers programmes lancés dès le 6 avril sur Quibi, aux Etats-Unis. Image: AP

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«Comme Netflix mais 100% destiné aux smartphones…» Voilà comment on pourrait sommairement décrire Quibi, nouvelle plateforme de streaming qui s’apprête à débarquer (en avril aux Etats-Unis) au cœur d’un paysage audiovisuel pourtant déjà surchargé. Entre la récente apparition d’Apple TV+ et de Disney+, et dans l’attente, ces prochains mois, de HBO Max et Peacock, la plateforme de NBC, le nouveau venu va clairement devoir jouer des coudes pour se faire une place de choix. Mais l’application possède quelques sérieux atouts dans sa manche qui devraient lui permettre de se distinguer. Là où ses concurrents se contentent de concevoir de simples nouvelles plateformes, Quibi (pour «Quick bites», «bouchées rapides») propose en effet un tout nouveau concept de visionnage et entend bien révolutionner le milieu.

Sa carte maîtresse? Une nouvelle technologie, «Turnstyle», permettant de regarder une émission sur son téléphone aussi bien en mode portrait qu’en mode paysage, et de passer de l’un à l’autre au cours du même programme. Alors l’idée n’est évidemment pas de procéder à un simple zoom lorsqu’on pivote verticalement son smartphone, mais d’offrir un point de vue différent puisque chaque programme sera filmé par deux caméras offrant des perspectives distinctes. Soit l’invention d’un nouveau langage de cinéma, si l’on en croit les deux instigateurs du projet, Jeffrey Katzenberg (l’homme qui a relancé Disney dans les années 90, avant de fonder DreamWorks Pictures avec Steven Spielberg) et Meg Whitman (ex PDG de eBay et de HP). Un langage s’adressant avant tout aux jeunes sans cesse en mouvement, cette génération Z adepte de Snapchat et TikTok, puisque les vidéos n’excéderont pas les 10mn (chaque programme étant donc tronçonné en plusieurs parties) à regarder en faisant la queue ou dans les transports en commun. «Nous voulons vous présenter de grandes histoires en petits morceaux», a résumé Jeffrey Katzenberg sur la scène du CES de Las Vegas, où il était venu annoncer le lancement de son bébé, courant janvier.

125 000 dollars la minute

Sur le papier, l’idée est intrigante. D’autant plus qu’elle a déjà séduit du beau monde. Non seulement des investisseurs, puisque la compagnie annonce avoir levé 1,4 milliard de dollars et engrangé 150 millions de revenus publicitaires avant même son lancement, mais surtout des stars: Steven Spielberg, Guillermo Del Toro, Ridley Scott, Sam Raimi, Zac Efron, Sophie Turner ou encore Reese Witherspoon seront ainsi les principaux acteurs des premiers programmes lancés dès le 6 avril aux Etats-Unis (pas encore de date évoquée pour le reste du monde) avec une formule d’abonnement à deux niveaux: 4,99 dollars si l’on tolère les coupures publicitaires, 7,99 dollars dans le cas contraire. En tout, 175 films, séries ou émissions diverses (sont aussi annoncés des documentaires et des news), répartis en plus de 7000 épisodes, sont déjà annoncés la première année. Avec trois heures de nouveau contenu tous les jours, histoire de fidéliser les utilisateurs pour un usage quotidien. Le tout avec des budgets de «125 000 dollars par minute», annonce The Verge, soit comparables aux premiers épisodes de «Game of Thrones» ou à ceux de «Stranger Things».

Les premiers projets annoncés semblent d’ailleurs excitants. Les frères Russo («Avengers: Infinity War» et «Avengers: Endgame») ont par exemple produit un documentaire, «Slugfest», explorant les décennies de rivalité entre les deux maisons d’édition DC Comics et Marvel. Guillermo Del Toro, de son côté, prépare une histoire de zombies moderne, et connaissant l’inventivité du cinéaste, on est curieux de voir comment il compte s’approprier le système «Turnstyle». Quant à Steven Soderbergh, toujours à l’affut du moindre gimmick de réalisation (après deux films tourné à l’iPhone et une série interactive), il va produire un thriller dans lequel un étudiant se retrouve coincé dans les montagnes du Colorado avec son seul smartphone comme moyen de survivre. Avec ici une petite finesse sur le principe de visionnage puisque l’action principale sera à suivre en mode paysage et le fait de basculer en portrait permettra d’afficher sur notre téléphone ce que le héros est censé voir sur le sien. Comme dans cette démo... Problème: celle-ci semble en fait d’emblée définir les limites de l’exercice, avec ses longs plans destinés à laisser le temps à l’utilisateur de switcher d’un mode à l’autre, évidemment au détriment du rythme. En gros, avec un spectateur dorénavant chargé d’effectuer lui-même son propre montage, on va forcément y perdre au change en termes d’efficacité et de mise en scène.

Steven Spielberg innove

Mais Quibi a néanmoins de la suite dans les idées puisqu’il se distinguera aussi des autres plateformes avec un contenu réagissant aux données transmises par le smartphone de l’utilisateur, selon différents critères. Ainsi, «After Dark», production Spielberg, ne sera disponible qu’après la tombée du jour, des algorithmes débloquant le visionnage en fonction de l’heure et de notre localisation. «On peut même imaginer des contenus spécifiques en relation avec la météo, ou les conditions d’éclairages», annonçait au CES Tom Conrad, directeur des produits du groupe. Mais à l’heure où l’on est déjà de plus en plus fichés par les GAFAM, on est curieux de voir comment cette innovation sera perçue par les internautes…

Reste la question à 100 balles: les utilisateurs auront-ils vraiment envie de s’amuser à tourner leur téléphone dans tous les sens au milieu de ces programmes? On même de les regarder une première fois en mode paysage et une seconde en portrait, pour s’amuser au jeu des 7 différences?

Force est de constater, dans tous les cas, que la plateforme s’est donnée les moyens de séduire en associant la créativité de certaines des applications les plus populaires (on a déjà cité TikTok mais on pense aussi à cet épisode interactif de la série «Black Mirror», «Bandersnatch») à des moyens hollywoodiens. Attention: d’autres s’y sont déjà cassés les dents.

L’an dernier, Google avait annoncé la fermeture, après 7 ans d’activité, de sa plateforme destinée aux films à 360° pour smartphones, Spotlight Stories. Elle aussi avait réussi à rameuter ses stars, notamment Justin Lin, réalisateur de la plupart des «Fast & Furious», et Glen Keane, l’un des animateurs les plus talentueux de l’écurie Disney. Sans compter que contrairement à cette dernière, Quibi va maintenant devoir convaincre les ados de mettre la main au porte-monnaie… Et ça, ce n’est pas gagné.

Christophe Pinol

Créé: 23.01.2020, 13h06

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