Dimanche 5 juillet 2020 | Dernière mise à jour 02:55

Prix Sacrilège au pays des crêpes

Sacré meilleur crêpier de Bretagne, Christophe Beuriot est Normand. Et il a appris à faire des crêpes à Zinal, en Valais…

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«Sacrilège: c’est un Normand!» ironisait hier l’Agence France Presse. Qui précise que «le meilleur crêpier de Bretagne (et du monde) n’est donc pas Breton». En fait, la situation est pire encore pour la susceptibilité bretonne. «Le comble, c’est que j’ai commencé à faire des crêpes en Suisse!» a ajouté le lauréat sur France Bleu. L’outrage est double…

Ce n’était pas une blague. Christophe Beuriot a la Suisse dans la peau: il y a vécu dix-huit ans. «Pour gagner un concours, il faut une part de chance. Mais le savoir-faire et surtout la rigueur acquise en Suisse m’ont aussi aidé», commente-t-il.

A la façon «Top chef»

Organisé par la Fédération de la crêperie de Bretagne, le concours du meilleur crêpier de la région s’est tenu mardi à Saint-Jouan-des-Guérets, près de Saint-Malo. Vingt-quatre professionnels s’y sont affrontés façon «Top Chef». Chacun a dû proposer deux crêpes salées et sucrées avec des ingrédients imposés. «On reçoit la liste un mois à l’avance pour réfléchir aux recettes. Et le jour J on a une heure de préparation, puis 30 minutes pour envoyer les assiettes», explique le Normand de 51 ans.

On l’aura compris, on ne parle pas ici de crêpe au sucre ou de jambon-fromage, mais de gastronomie. Christophe Beuriot a gagné grâce à une création sucrée déclinant le citron de multiples manières. Pour la salée, au blé noir, il a travaillé le poireau, agrémenté de betteraves et de filet de lieu. «L’important pour moi, c’est toujours le respect du produit, local, de saison. Mais j’aime les concours car ils forcent à la créativité et permettent ensuite à notre carte d’évoluer.»

Christophe Beuriot était de retour hier dans son antre, derrière les fourneaux de la Frégate, au Faou, dans le Finistère. Un restaurant qui cultive l’excellence et propose plus de 80 crêpes sur sa carte. Et qui n’a pas besoin de publicité – «on refuse jusqu’à 200 personnes par jour en été». Par téléphone, il a pris le temps de nous expliquer sa suissitude.

Jeune boulanger-pâtissier, Christophe Beuriot est tombé sur une offre d’emploi venant de Zinal. Il s’est lancé et a travaillé dans la boulangerie locale. Puis dans une crêperie, toujours dans la station valaisanne. «C’était la Versache. J’y ai fait le service, mais aussi mes premières crêpes. C’est en Valais que j’ai commencé.» Le Français a ensuite œuvré à Grimentz – «j’y ai rencontré ma future femme». Puis comme boulanger de nouveau à Zinal, puis à Colombier (NE). Avec son épouse et sa fille, née à Lausanne, ils ont dégotté la Frégate il y a treize ans.

«Un truc de fous»

Mais il est resté en partie Romand dans l’âme. «J’adore la Suisse et je n’arrête pas de vanter son système démocratique ou ses lois sur le travail, bien plus souples qu’en France.» Chaque 1er août, il sort les drapeaux à croix blanche, les lampions et offre la tresse à ses clients. «La Suisse s’invite ici, au Finistère, la «fin de la terre»: les gens ne comprennent pas, ils hallucinent», rigole-t-il.

Mais, sérieusement, son sacre constitue-t-il réellement un crime de lèse-crêpe en Bretagne? «Un peu quand même, certains Bretons sont chauvins. Il faut comprendre que la crêpe, ici, c’est vraiment un truc de fous, un produit emblématique. Il y a 1500 crêperies en Bretagne. Mais ça passe mieux qu’il y a quelques années. Certains pensaient à l’époque que j’étais vraiment Suisse. Je crois qu’ils préfèrent quand même que le meilleur crêpier soit Normand…»

Créé: 26.01.2018, 16h05

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