Dimanche 22 juillet 2018 | Dernière mise à jour 14:09

Cinéma Quand les stars américaines jouent au poker clandestin

«Le grand jeu» nous plonge dans le cercle sélect du poker clandestin pour VIP. Rencontre avec son auteur, le prodigieux Aaron Sorkin.

Pour son premier film en tant que réalisateur, l'américain Aaron Sorkin a choisi de raconter l'incroyable histoire de Molly Bloom, organisatrice de parties de poker clandestin où se retrouvaient certaines des plus riches célébrités de Hollywood.

Pour son premier film en tant que réalisateur, l'américain Aaron Sorkin a choisi de raconter l'incroyable histoire de Molly Bloom, organisatrice de parties de poker clandestin où se retrouvaient certaines des plus riches célébrités de Hollywood. Image: Isabelle Vautier/ Visual

«Le grand jeu»

Drame, États-Unis, 2017.
Durée: 133'.
Âge: 14/14

Réalisé par Aaron Sorkin. Avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner.

Note du «Matin»: 3 étoiles (Très bien)

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Avec «Le grand jeu», Aaron Sorkin joue gros. Le scénariste le plus coté de Hollywood, oscarisé pour «The Social Network» et auteur de «Steve Jobs» ou encore de la série culte «À la Maison-Blanche», passe pour la première fois derrière la caméra pour diriger ce drame haletant tiré d’une histoire vraie.

Il nous plonge dans le cercle exclusif des parties de poker clandestin pour VIP, où il faut parfois miser 250 000 dollars d’entrée pour être invité à s’asseoir à la table. Et où l’on peut se mesurer à des stars de cinéma, des sommités ou tout simplement des millionnaires. Un univers 100% masculin, dans lequel Molly Bloom (Jessica Chastain) va réussir à se frayer un chemin en organisant ces soirées très sélectes à Hollywood puis à New York. Jusqu’à ce que la mafia s’en mêle et que le FBI lui tombe dessus. Sommée de balancer ses clients sous peine de prison, elle recourt à un avocat renommé (Idris Elba) pour la sortir du pétrin. Rencontre avec Aaron Sorkin dans un palace londonien.

LM: Comment la vraie Molly Bloom vous a-t-elle convaincu de passer pour la première fois derrière la caméra ?

AS: Son avocat, qui est une connaissance, m’a envoyé ses Mémoires et demandé: «Peux-tu me rendre un service ? Lis ce livre et ensuite rencontre Molly Bloom.» Son bouquin (ndlr: publié en 2014), que j’ai trouvé très fun, m’a plongé dans un univers dont je ne connaissais rien. Je ne savais même pas que ces parties de poker clandestin où l’on mise gros existaient. Et pourtant le premier jeu qu’on voit au début du film s’était en fait déroulé au sous-sol d’un club situé à quelques centaines de mètres de chez moi (le célèbre Viper Room, rebaptisé Cobra Club dans le film) ! Lorsque j’ai rencontré Molly quelques jours plus tard, j’ai vite compris que ce qu’elle avait écrit était juste la pointe de l’iceberg.

Dans «Le grand jeu», Jessica Chastain incarne Molly Bloom, l’organisatrice des soirées, et Idris Elba, son avocat. Photo: Michael Gibson

C’est-à-dire?

Son histoire était bien trop compliquée pour que je me limite à juste raconter comment elle est devenue la plus grande organisatrice de jeu du monde. Au fil de mes questions, quand on a commencé à se sentir à l’aise l’un avec l’autre et qu’elle a dévoilé un peu plus la vérité, j’ai compris qu’elle était une vraie héroïne de cinéma. Qu’elle s’était frayé toute seule un chemin dans un monde d’hommes très puissants, dont certains ne l’avaient pas très bien traitée. Et qu’à la fin il était très important à ses yeux d’agir correctement, c’est-à-dire de protéger les secrets de ces hommes, même ceux qui n’avaient pas toujours été tendres avec elle. Alors que l’instinct humain, moins héroïque, aurait été de se venger. Elle ne l’a pas fait, par souci d’intégrité. C’est de cette étoffe que sont faits les héros de cinéma.

Faut-il que le protagoniste d’une histoire possède un attribut héroïque pour vous donner envie d’écrire un scénario ?

S’il n’en a pas, il doit au moins être un antihéros, comme Steve Jobs ou Mark Zuckerberg. Et je suis beaucoup plus heureux quand j’écris de façon idéaliste ou romantique, ce qui exige un héros ou une héroïne. J’ai donc été très content de rencontrer Molly et d’apprendre à la connaître. Et parfois, surtout à l’époque où l’on vit, se retrouver face à quelqu’un de tout simplement décent peut être vraiment enthousiasmant.

«The Social Network» (2011): pour ce film réalisé par David Fincher, Aaron Sorkin a reçu l’Oscar du meilleur scénario adapté. Photo: Visual Press Agency

Vous n’aviez pas apprécié d’écrire sur Steve Jobs et Mark Zuckerberg ?

Bien sûr que si. Je suis aussi tombé amoureux de ces histoires-là, ce qui est nécessaire quand on parle d’un antihéros parce qu’on ne peut pas le juger. On doit écrire ces personnages comme s’ils défendaient leur cas devant Dieu pour qu’il les laisse entrer au paradis. Tu dois pouvoir trouver chez eux des aspects auxquels tu puisses t’identifier. Dans «Le grand jeu», je n’ai pas eu trop de peine à prendre la défense du père de Molly, incarné par Kevin Costner, même si ce gars a fait des choses que je n’aurais pas faites. Je n’aurais pas été infidèle à la mère de ma fille. OK, je ne suis plus marié mais j’ai une fille. Et je ne pourrais pas la pousser aussi durement que le père de Molly pousse ses enfants ou être aussi froid que lui.

Dans son livre, Molly nomme quelques stars ayant pris part à ces parties. Lors de l’écriture du scénario, avez-vous eu vent d’une inquiétude quelconque émanant des intéressés ?

Aussitôt que j’ai décidé d’écrire ce film et que j’ai su que la nouvelle de cette adaptation allait vite se propager, j’ai pris contact – par l’intermédiaire de leurs agents – avec les quatre stars dont Molly parle dans son livre pour leur dire qu’elles n’avaient aucun souci à se faire (dans ses Mémoires elle nomme Ben Affleck, Tobey Maguire, Leonardo DiCaprio et Matt Damon). Et, quand j’étais plongé dans le scénario, je les ai contactés personnellement pour leur dire: «Je ne vais pas vous envoyer tout le scénario, mais je vous ferai parvenir les scènes en relation avec celui qu’on nomme «Joueur X» dans le film et qui est incarné par Michael Cera. Et vous me direz si vous avez un problème ou un souci quelconque avec ces scènes.» Ils n’ont eu aucun souci avec les scènes. Je n’ai rien eu besoin de réécrire.

Vous auriez pu faire un film explosif en les nommant.

Oui, mais je pense que je ne l’aurais fait en aucune circonstance parce que je n’aime pas les ragots. Et puis, si j’allais faire un film où l’héroïne fait preuve d’héroïsme parce qu’elle refuse justement de nommer ses clients, je ne crois pas que le film pourrait faire l’opposé.

Son chef-d’œuvre: la série «À la Maison-Blanche» (1999-2006), qui met en scène la vie quotidienne du président des États-Unis et de ses collaborateurs. Photo: Rodeo Drive Press/Visual Press Agency

Dans un autre registre, au vu de ce qui se passe aujourd’hui à la Maison-Blanche, pensez-vous que c’est le bon moment d’écrire une nouvelle série ?

Il ne se passe pas un jour sans que je regrette qu’«À la Maison-Blanche» n’existe plus et de ne pas pouvoir écrire un épisode. Pas pour me moquer de Donald Trump, ni même pour le mentionner de près ou de loin. Mais juste pour pouvoir regarder C. J. Cregg (porte-parole de la Maison-Blanche dans la série) donner une conférence de presse où un journaliste pose une question et la réponse sonne véridique et rationnelle. Bref, pour se souvenir de ces choses-là.

Comme je l’ai dit tout à l’heure, se retrouver face à une personne décente peut nous épater. Idem quand on se retrouve face à la vérité et au rationnel. Et chaque jour qui passe on se rapproche toujours plus de la normalisation de l’irrationnel et du mensonge. (Le Matin)

Créé: 03.01.2018, 15h21

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