Samedi 30 mai 2020 | Dernière mise à jour 16:39

TV «Bulle», la série RTS rattrapée par le cancer

Jeudi 12 mars à 21h10 sera diffusé le dernier et beau projet de la réalisatrice romande Anne Deluz, décédée en novembre. Rencontre avec Suzanne Clément, l'une des actrices principales.

Suzanne Clément (au centre) avec Claudia Cardinale, qui joue sa mère, et Elodie Bordas, qui joue sa fille.

Suzanne Clément (au centre) avec Claudia Cardinale, qui joue sa mère, et Elodie Bordas, qui joue sa fille.

À l'affiche de «Vampires» sur Netflix le 20 mars

Les téléspectateurs retrouveront aussi Suzanne Clément ce mois sur Netflix. Dans la série française «Vampires», elle joue la mère de Doïna (Oulaya Amamra, «Le sel des larmes»), mi-humaine mi-vampire. «Ce sont de jeunes réalisateurs, qui ont donné une touche très cinéma d'auteur à cette fiction», décrit l'actrice.

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Sale temps pour la culture: le coronavirus s'immisce jusque dans les entretiens avec celles et ceux qui la font vivre. Lundi matin, à la tour RTS à Genève, recommandations sanitaires obligent, c'est d'un petit signe de la main et à distance réglementaire que l'actrice québécoise Suzanne Clément nous salue. Un contraste avec ce qu'on voit dans sa série «Bulle», où les quatre générations du clan Aubert s'embrassent, se pleurent dans le gilet, se crient dessus durant six épisodes. Comme de nombreuses familles, sans doute. Mais pour celle-ci, c'est lorsqu'une leucémie est diagnostiquée à Alice (la révélation Elodie Bordas), 35 ans, que l'équilibre se rompt.

«Bulle», c'est une bulle qui éclate. C'est aussi le chef-lieu de la Gruyère, où se déroule la série, et une bulle immobilière dans cette ville dont la campagne est grignotée par le béton à une vitesse folle. Décrite comme une saga familiale, la série offre plusieurs grilles de lecture et un découpage original: chaque épisode est centré sur un personnage. Bulle, c'est enfin la dernière œuvre et l'une des plus personnelles de la réalisatrice Anne Deluz, décédée en novembre dernier d'un cancer.

«J'ai senti qu'elle portait son projet», confie à son sujet Suzanne Clément. Celle qui est l'une des muses de Xavier Dolan («J'ai tué ma mère», «Laurence Anyways», «Mommy»), joue Jeanne, la mère d'Alice, une femme qui mène sa vie de son côté. La comédienne nous parle de son personnage, de Claudia Cardinale, qui incarne la grand-mère Marthe, de l'authenticité du tournage en Suisse et de la dernière image qu'elle garde d'Anne Deluz.

Comment une Québécoise, actrice de Xavier Dolan, a-t-elle été convaincue de venir jouer dans une série à Bulle?

Par ma lecture du scénario et ma rencontre avec Anne, surtout. J'ai eu un coup de foudre pour cette femme, elle avait une telle curiosité pour l'être humain. Son authenticité m'a fait du bien. Dans ce milieu, ce n'est pas tout le temps comme ça. Et je pense que j'ai dû sentir qu'elle portait le projet. Bizarrement, quand elle a commencé à l'écrire (ndlr.: en 2013), elle n'avait pas de cancer.

Elle vous a parlé de son cancer dès votre première rencontre?

Bien sûr. Elle ne le cachait pas. Mais elle ne m'a pas présenté la série comme un projet qui avait une résonance avec sa maladie. C'est plutôt son histoire d'amour qu'elle a mis en avant ou le fait qu'elle a vécu en Espagne. Je pense que mon personnage est celui qui lui ressemble le plus. Jeanne est celle qui est partie de Bulle et quand elle revient chez elle c'est l'étrangère.

Jeanne a sa liberté, elle est actrice. A-t-elle un peu de vous aussi?

Oui, c'est peut-être pour ça qu'Anne m'a choisie. Après vingt ans de carrière au Québec, je vis désormais à Paris. J'ai d'abord fait une année sabbatique. Je venais de me séparer et j'ai décidé de partir chez un ami durant deux semaines. Finalement, je suis restée, j'ai pris du temps pour moi, pour lire les journaux, faire du Vélib', je ne voulais pas qu'on me parle de boulot. Quand je suis rentrée, c'est Xavier Dolan qui m'a remise le pied à l'étrier avec «Laurence Anyways». Dans «Bulle», Jeanne a fait ses choix et les assume. Comme moi. En ce qui concerne le personnage d'Alice, c'est sa maladie qui va faire qu'elle reconsidère ses choix et ses non-choix.

Suzanne Clément dans «Bulle»

Quelles ont été vos impressions en découvrant la ville de Bulle?

On dormait dans un petit hôtel sympa avec une vue sur ce décor de carte postale, et j'avais l'impression que les montagnes autour étaient fausses! (Rires.) Dans la série, l'histoire de Bulle tient une part importante. L'urbanité a une influence sur la vie des personnages.

Claudia Cardinale incarne votre mère, Marthe, immigrée italienne. Qu'avez-vous ressenti en jouant à ses côtés?

C'était super. Je me disais: toute cette vie de glamour qu'elle a eue! Ce sont des carrières et des icônes qui n'existent plus. Son histoire est touchante, aussi: elle a été violée quand elle était jeune. Elle en parle tout le temps, elle ne s'en cache pas. C'est quelqu'un de simple dans son rapport aux gens, et je pense que c'est pour ça qu'elle a toujours été entourée et très aimée.

Anne Deluz est décédée du cancer en novembre dernier, peu après avoir terminé la série. Comment sa maladie a-t-elle marqué le tournage?

C'est incroyable de penser qu'elle était alors en traitement, alors que ça ne se voyait pas. Elle avait une énergie assez folle. Des mois plus tard, alors que le montage était presque terminé, je voulais venir lui rendre visite à l'hôpital quand j'ai senti que tout foutait le camp. Son mari était d'accord. Mais elle est décédée avant. J'ai quand même fait le voyage et on a fait un repas avec sa famille et les producteurs.

La réalisatrice Anne Deluz

Qu'est-ce que vous retiendrez d'elle?

Anne m'a donné beaucoup d'amour. Je me sentais tellement valorisée par cette femme. Elle avait un don pour ça. J'ai fait une vidéo d'Anne en Espagne, à Sanlúcar, où elle a vécu et où on a tourné les dernières scènes de «Bulle». J'ai payé le champagne et Anne a proposé de nous ramener en voiture, Nathalie (Durand), qui est la directrice photo, et moi. Je l'ai filmée elle au volant tenant sa coupe avec sa main qui avait une sorte de bandage. Elle parlait sans arrêt. C'est l'image on ne peut plus vivante qui me reste d'Anne.

Laurent Flückiger

Créé: 12.03.2020, 09h40

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