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Fictions / séries Dix jours dans les (petits) bras d'Apple TV+

De la qualité mais pas de quantité pour le Netflix de la firme de Cupertino. Faut-il pour autant négliger cette toute nouvelle offre de séries made in America?

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Lancé en Suisse (et dans de nombreux autres pays) le premier novembre dernier, Apple TV+ est le dernier en date à se risquer dans un bassin largement occupé par Netflix mais de plus en plus disputé par d'autres acteurs, pour la plupart nord-américains. Contre un abonnement modeste (6 francs par mois), le service propose un accès illimité à des séries originales et exclusives et à quelques rares films tout aussi exclusifs. Est-il à la hauteur de ses ambitions?


Ou l'avoir?

Apple TV+ est disponible sur pratiquement tous les écrans. Via une app dédiée sur iPhone et iPad, bien sûr, mais pas que. On y accède aussi via les navigateurs internet (en passant par www.apple.ch), donc sur Mac et PC. On le trouve encore via des applications «Apple TV» proposée sur quelques téléviseurs connectés. Et si votre téléviseur ne propose pas d'application dans son «store», on peut encore passer par le boitier Apple TV qui se branche sur l'écran noir de nos nuits blanches. Pour notre part, nous avons testé le service sur un Mac, sur un PC, très brièvement sur iPad/iPhone et surtout via un boîtier Apple TV 4K, tantôt relié à un téléviseur tantôt à un projecteur de home cinéma.


Ergonomie

Compte tenu de la réputation d'Apple en ce domaine, on s'attendait à du cousu main tendance irréprochable. Et comme ce n'est pas tout à fait ça, on a déchanté la moindre. Les meilleures expériences nous les avons eues sur iPhone/iPad et aussi avec le boîtier Apple TV. Sur navigateur (Chrome, sur PC par exemple), on a du se battre avec l'agaçante tendance du service à vouloir nous transporter par défaut dans sa zone suisse alémanique, nous forçant à chaque fois à rétablir manuellement l'interface, les langues audio et les sous-titres. Et à chaque fois, nous avons perdu. Quant aux canaux que nous n'avons pas pu encore tester, on ne ne peut que leur laisser le bénéfice du doute.

Avec le boîtier Apple TV c'est beaucoup mieux, mais le problème est ailleurs: on a constaté un effet «poupée russe» un tantinet déconcertant. On allume le boîtier, on entre dans l'application Apple TV et on accède à l'ensemble des contenus, présentés les plus souvent sous forme de vignettes rectangulaires. C'est assez joli mais mais tout est mélangé sur ce premier niveau: les séries vedettes comprises dans l'abonnement Apple TV+ mais aussi les films de la vidéo à la demande (loués ou achetés à l'unité) qui ne sont pas compris dans la souscription de base. Tout cela rend l'expérience un peu confuse voire trompeuse. Il faut se rendre dans la zone basse de l'application pour découvrir un icône Apple TV+ qui conduit enfin – et à satisfaction – dans la zone dédiée sans le parasitage d'autre activités.

Satisfaction d'autant plus que tous les critères qui comptent sont respectés: le choix entre la version originale ou un doublage français est accessible très facilement, tout comme la sélection des sous-titres. Et, comme avec Netflix, nos choix restent mémorisés jusqu'à ce qu'on change d'avis. Et pas de mélange perturbant avec des contenus exclusivement destiné à un public germanique (absence de doublage français et/ou de sous-titres), comme c'est trop souvent la cas dans la partie VoD de l'application. Pourvu que ça dure.


Quantité

Apple ne l'a pas caché, faute d'un catalogue de base, Apple TV+ part de zéro et ne propose à ce stade que des contenus originaux et exclusifs. Huit séries pour l'instant dont trois-quatre porteuses, une à venir en novembre et un long-métrage en décembre. Il n'y a pas trente six mille manières de le dire: c'est maigre.


Qualité

Pour compenser cette offre comptée, Apple a beaucoup communiqué sur la qualité de ses contenus et mentionnant de grands noms issus du cinéma (Steven Spielberg, Francis Lawrence, M. Night Shyamalan) et de la télévision (Oprah Winfrey). La série phare du lancement, «The Morning Show », satire dans l'univers impitoyable des matinales de la télévision américaine, convoque Jenifer Aniston, Reese Witherspoon, Steve Carrel et Billy Crudup – excusez du peu. Une distribution qui explique en partie le budget pharaonique de chacun de ses dix épisodes. En tout subjectivité, on reconnaît que ce pari de qualité se remarque, en particulier pour «The Morning Show» et dans une moindre mesure avec «See» dans le registre de la science-fiction post-apocalyptique (malgré un concept qui demande une immense suspension de l'incrédulité) et avec «For all Mankind» (une uchronie qui imagine que l'Union soviétique a gagné la course à la Lune). On ne peut cependant s'empêcher de remarquer un côté terriblement americano-centré de ces productions et qu'aucune d'entre elles ne se hisse encore au niveau des plus prestigieuses séries HBO (qui triomphe actuellement avec «Watchmen»). Mais pour 6 francs mensuel, on ne s'est pas senti floué.


Qualité technique

L'immense majorité des contenus est proposée avec tous les bénéfices de la technologie moderne qui consiste à faire passer dans des petits tuyaux des vidéos de qualité optimale. Ici c'est 4K et son multicanal à tous les étages avec du HDR en guise de cerise sur le gâteau. Autant de prestations que Netflix ne propose qu'avec son abonnement le plus cher (21 francs 90) et qui se révèlent d'une redoutable efficacité sur les écrans compatibles. Et comme qui peut le plus peut le moins, la qualité visuelle reste optimale sur un écran standard.


Au final

Quantité non, mais qualité suffisante pour y risquer un pied, Apple TV+ mérite de se laisser tenter, ne serait-ce que pour un essai. Sur ce point, on ne peut s'empêcher de penser que sept jours de gratuité (au lieu du mois habituel pour ce genre de service), c'est un tantinet mesquin. Pour notre part, on appréhende Apple TV+ comme un complément à Netflix qui ne met pas en péril notre budget divertissement et qui a l'avantage de pouvoir être annulé du jour au lendemain. Mais en prenant en compte de ce qui existe déjà en Suisse (Netflix, Amazon Prime, My Canal et – on vient de le découvrir – Starz, autre service complémentaire à 7 francs par mois bien caché dans le menu de l'application «Apple TV» ) et de ce qui se trame pour 2020, avec l'arrivée probable de Disney+ au printemps, on craint que la situation devienne très vite ingérable.

Jean-Charles Canet

Créé: 15.11.2019, 08h02

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