Mardi 20 novembre 2018 | Dernière mise à jour 18:22

Hommage Ces fans qui n'ont jamais oublié Philippe de Dieuleveult

Trente-quatre ans après la fin de «La chasse aux trésors», les fans se mobilisent encore sur Facebook. Ce qui étonne et émeut la coanimatrice de l'émission, Elsa Manet. Et Erwann de Dieuleveult, un des enfants de Philippe.

L'interview complète d'Elsa Manet

-La ferveur des fans de «La chasse aux trésors» vous surprend-t-elle?

Divine surprise effectivement après toutes ces années de quasi silence de la part des médias, comme si l'émission était tombée aux oubliettes. Le groupe de fans à l'initiative de Jean-Jacques Fauquette est un plaisir sans cesse renouvelé. Non seulement les émissions ont été diffusées sur Youtube, à raison d'une par semaine, le mardi, et attendues et commentées par certains avec tant d'enthousiasme et de connaissance du sujet, que c'en était juste bluffant. Constater que certains fans étaient tellement imprégnés qu'ils en savaient bien plus que moi, qui avais rangé ces souvenirs dans des boîtes en carton et dans les petits tiroirs de ma mémoire rarement ouverts, a été vraiment un choc salutaire qui m'a replongée dans ces années 80 si riches.

- Qu'est-ce qui, selon vous, fait que le public n'a jamais oublié cette émission?

Une seule raison : Son animateur vedette au charisme phénoménal ! Et sa mystérieuse fin a frappé les esprits. De plus l'émission était un ovni télévisuel. Alliant aventure, dépaysement, jeu, culture, dans des conditions rocambolesques. N'oublions pas qu'à l'époque les relais entre le studio et les extérieurs se passaient par relais satellite. Nombreux sont encore ceux qui en visionnant l'émission de nos jours, ne réalisent pas qu'en studio ni les candidats, ni Didier, ni moi, ni même la régie n'avions les images. Tout se passait à la voix par le casque ou l'oreillette. Il fallait beaucoup d'imagination pour se figurer ce qui se passait sur le terrain ! Parfois un stress diabolique quand il fallait trancher... sans savoir vraiment ce qui se passait sur le terrain. Les spectateurs actuels munis de tout le raffinement technique n'ont aucune idée de l'aspect bricolage de toute cette entreprise. Et ce malgré les hélicos, les satellites et les vidéos... On pourrait croire que de nos jours on pourrait faire ce genre d'émission avec un simple smartphone. Mais bon courage pour trouver l'alchimie qui faisait de cette émission un véritable miracle.

- Quelles relations aviez-vous avec Didier Lecat et Philippe de Dieuleveult?

Malheureusement très peu de relations directes. Nous nous sommes très peu vus. Philippe était au bout du monde pendant l'émission. Nous nous sommes bien croisés parfois dans les bureaux de Tele Union, à des réunions de presse ou à quelques soirées organisées quand l'équipe était à Paris. Et je regrette infiniment de ne pas l'avoir connu mieux. Quant à Didier, nous arrivions en studio, lui comme moi, arrivant d'autres activités et repartions de même vers d'autres horizons. Relativement peu d'échanges directs, car happés par toute l'activité liée à l'aspect imminent du direct et du créneau des faisceaux satellite. Relations téléphoniques quand même et quelques rencontres comme avec Philippe (presse, soirées et aussi au MIP TV). Ce qui ne nous a pas empêchés de nous entendre à merveille et d'instaurer au fil des émissions, une sorte de complicité... Nous nous apprécions, je crois, et je garde un souvenir ému de nos relations.

- Participiez-vous à l'élaboration des énigmes?

Les producteurs revenaient des repérages avec des monceaux de doc et des idées bien précises en fonction des lieux choisis pour les trésors On se retrouvait dans les bureaux de tele Union, une pièce pas très grande nous était allouée, une sorte de capharnaum minuscule, et ça fusait, ça phosphorait, ça briefé... J'avais mon mot à dire. Mais il fallait s'accrocher face aux producteurs...


- Quel souvenir gardez-vous plus particulièrement des tournages de «La chasse aux trésors»?

Mes souvenirs sont incertains, importuns et incertains (cf Jeanne Moreau). Je me souviens surtout de ces monceaux de livres, de doc, et de paperasses chez moi, sur la table, les fauteuils, par terre... ces recherches de détails et d'anecdotes, qui parfois, même souvent, n'avaient même pas voix au chapitre, par manque de temps imparti ( le chrono !...). Et puis je me souviens des décalages horaires, quand l'émission avait lieu au bout du monde et qu'il fallait être en studio à pas d'heure, genre minuit ou 2 h du mat, voire 6 h l'heure du laitier. Je me souviens de mes traversées de Paris désert, dans ma petite auto, pour arriver au studio de Boulogne. Ce Studio qui n'existe plus... Les promoteurs immobiliers sont passés par là. L'odeur si particulière du studio... Le maquillage... L'arrivée des candidats, une surprise à chaque fois et qu'il fallait plus ou moins éviter pour ne pas se faire cuisiner sur les énigmes. Certains ont dû me trouver bien distante. Et puis "Top chrono". Et le Gong de fin. Et le soulagement quand tout s'était bien passé. Et allez on passe à autre chose. Je me souviens aussi avec une grande précision de la présence jour de la maman de Philippe (impressionnante de classe et d'allure) qui avait amené les deux petits garçons, Tugdual et Erwann.

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C'est peut-être la plus belle émission de télévision jamais imaginée: de 1981 à 1984, «La chasse aux trésors» a fait les beaux jours, notamment, d'Antenne 2 et de la TSR. Diffusé et coproduit par la Communauté des télévisions francophones, ce jeu d'aventure et de réflexion imaginé par Jacques Antoine emmenait chaque semaine le public dans des pays lointains (ou pas).

«La chasse aux trésors» en Romandie

Sur place, à bord d'un hélicoptère, l'athlétique Philippe de Dieuleveult était guidé depuis Paris, via une liaison radio, par deux candidats chargés de décrypter trois énigmes conduisant à la découverte de trois trésors cachés sur le terrain. Tout ça en 45 minutes chrono. Redoutablement efficace. C'est bien simple, «La chasse aux trésors» pulvérisait les audiences du dimanche soir et battait régulièrement le grand film programmé au même moment sur TF1.

Une émotion intacte

Plus incroyable, l'impact de cette émission a été tel que trente-quatre ans après son arrêt (et trente-trois ans après la disparition de Philippe de Dieuleveult), elle fait toujours vibrer des téléspectateurs passionnés, tel le Français Jean-Jacques Fauquette qui lui a consacré un site internet, un groupe Facebook spécialisé et une chaîne YouTube où les fans peuvent retrouver l'intégralité des émissions!

«L'idée géniale, qu'on n'a, je crois, jamais retrouvée dans un quelconque autre concept, c'est que c'était un jeu avec un «héros», un personnage récurrent qui accomplissait tout un tas d'exploits pour faire gagner des candidats», explique Jean-Jacques Fauquette, les yeux encore brillant lorsqu'il évoque «La chasse aux trésors». Ce quinquagénaire organise chaque année à Paris une réunion très courue de fans de l'émission dont il connait le moindre détail, la moindre anecdote.

«Les fans en savent plus que moi»

A ces réunions et sur Facebook, on peut également croiser des anciens producteurs du jeu, tel Jean-Jacques Pasquier, ou Elsa Manet qui coanimait «La chasse aux trésors» en plateau, aux côtés de Didier Lecat: «Constater que certains fans étaient tellement imprégnés qu'ils en savaient bien plus que moi, qui avais rangé ces souvenirs dans des boîtes en carton et dans les petits tiroirs de ma mémoire rarement ouverts, a été vraiment un choc salutaire qui m'a replongée dans ces années 80 si riches», explique celle qui savait si bien raconter l'histoire des pays lointains aux téléspectateurs.

«La chasse aux trésors» à Saint-Malo, avec le fameux saut en parachute de Philippe

A quoi Elsa Manet attribue-t-elle la ferveur existant autour de «La chasse aux trésors», plus de trente ans après sa fin? «Une seule raison: son animateur vedette au charisme phénoménal! Et sa mystérieuse fin a frappé les esprits. De plus l'émission était un ovni télévisuel. Alliant aventure, dépaysement, jeu, culture, dans des conditions rocambolesques. N'oublions pas qu'à l'époque les relais entre le studio et les extérieurs se passaient par relais satellite. Nombreux sont encore ceux qui en visionnant l'émission de nos jours, ne réalisent pas qu'en studio ni les candidats, ni Didier ni moi ni même la régie n'avions les images. Tout se passait à la voix par le casque ou l'oreillette. Il fallait beaucoup d'imagination pour se figurer ce qui se passait sur le terrain!»

Dieuleveult était parfait pour ce rôle

Même son de cloche du côté de Jean-Jacques Fauquette: «Philippe de Dieuleveult était parfait dans ce rôle de «héros». Il s'était imaginé cette combinaison rouge dont tout le monde se souvient, et il était prêt à tout (ou presque) pour faire gagner les candidats. En plus, il se déplaçait en hélicoptère aux 4 coins de la planète! On avait tous envie d'être à sa place!»

«Je suis agréablement surpris par la ferveur qu’il y a toujours autour de cette émission mythique, confie au «Matin» Erwann de Dieuleveult, un des trois enfants de Philippe. Je me souviens de ma première rencontre avec Jean-Jacques. Sur le moment, j’étais un peu étonné que des gens se soient regroupés en fan club autour de papa. Et à force d’échange, j’ai été subjugué par leurs connaissances très approfondies de l’émission. Je me disais même parfois qu’il en savait plus sur mon père que moi-même. Et c’est plutôt chouette de le savoir qui continue à exister au travers de ces fans.»

«J’entends parler de mon père tous les jours»

Les téléspectateurs parlent-ils encore souvent de Philippe à Erwann? «J’entends parler de mon père tous les jours. Les gens se souviennent de l’émission, de qui il était et c’est un plaisir de continue à partager et échanger à son sujet, il continue à vivre un peu grâce à eux et je partage mes souvenirs avec joie», explique le jeune homme.

Est-il lui-même un fan de «La chasse aux trésors» et regarde-t-il les émissions de son père sur YouTube? «Pour être honnête, peu. Je pense que j’attends que mes enfants soient grands pour leur raconter et leur montrer les exploits de leur grand-père. Pour ma part, je ne suis pas très nostalgique des émissions qu’en réalité j’ai peu suivi à l’époque. J’ai tendance à regarder plutôt devant moi que dans le passé sur ce sujet, mais c’est très personnel.»

Erwann de Dieuleveult a-t-il hérité du goût de l'aventure de son papa? «Est-ce un véritable héritage ou un souhait de lui ressembler un peu? Je suis devenu beaucoup plus casanier depuis que j’ai des enfants, peut-être à l’inverse de mon père, et ne pas «faire subir» à mes enfants une absence que j’ai vécu.»

Pour Jean-Jacques Fauquette, qui a tissé des liens forts avec les acteurs principaux de l'émission, l'émotion reste toujours aussi intense: «Je vois qu'ils réalisent l'amour que les fans avaient pour ce programme, et l'empreinte qu'il a laissée plus de trente ans après. Ils ont participé à un programme vraiment pas comme les autres. C'était l'un de mes objectifs: les remercier pour tous ces merveilleux moments de télévision qu'ils m'ont fait passer.»

«La chasse aux trésors» à la Lorelei, avec sa conclusion spectaculaire

(Le Matin)

Créé: 14.09.2018, 16h33

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