Vendredi 15 novembre 2019 | Dernière mise à jour 00:00

Littérature Le prix Goncourt attribué à Jean-Paul Dubois

Le Toulousain Jean-Paul Dubois a été récompensé pour son roman «Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon». La Belge Amélie Nothomb est à nouveau recalée.

L'heureux gagnant était pris d'assaut lundi par les médias.
Vidéo: AFP

Renaudot inattendu

Comme l'an dernier, le jury du prix Renaudot a accordé son prix à un auteur qui ne figurait pas dans sa sélection : Sylvain Tesson a été récompensé pour «La panthère des neiges», publié le 10 octobre chez Gallimard.

L'écrivain l'a emporté au 2e tour par 6 voix contre 2 pour «La part du fils» (Stock) de Jean Luc Coatalem et 2 voix à «Pourquoi tu danses quand tu marches ?» (JC Lattès) de l'écrivain franco-djiboutien Abdourahman A. Waberi. «Je suis sorti du chapeau comme un lapin. Je me sens comme un panthère qui déboule dans un monde en ordre, un éléphant dans un magasin de porcelaine...», a confié l'écrivain.

Le récit de Sylvain Tesson s'est déjà écoulé à 50'000 exemplaires selon l'institut GfK cité par le magazine professionnel Livres Hebdo. «Cher cinéma français» (Albin Michel) d'Eric Neuhoff a été récompensé par le Renaudot essai.

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La tempête Amélie (Nothomb) n'a pas touché l'Académie Goncourt qui a choisi lundi par 6 voix contre 4 d'attribuer le plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone à Jean-Paul Dubois.

L'auteur de «Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon» (L'Olivier) a été choisi au 2e tour par 6 voix contre 4 à Amélie Nothomb, autrice de «Soif», a annoncé le secrétaire général du Goncourt, Didier Decoin.

Le Renaudot, décerné dans la foulée du Goncourt, a été attribué à Sylvain Tesson pour «La panthère des neiges» (Gallimard). Comme l'an dernier, le jury du Renaudot a récompensé un auteur qui ne figurait pas dans sa liste de finalistes.

«Ta vie est foutue»

«Tout arrive! C'est adorable...», a déclaré Jean-Paul Dubois en arrivant chez Drouant, le restaurant où est décerné le Goncourt depuis 1914. «Je ne suis pas fait pour ce genre de choses, ce n'est pas mon univers. C'est assez irréel», a ajouté l'écrivain accompagné de son éditeur Olivier Cohen.

C'est la première fois de son histoire que l'éditeur (groupe Media Participations) remporte le Goncourt. «Maintenant, ta vie est foutue», a lancé avec le sourire Didier Decoin à l'écrivain quand il a rejoint le salon Goncourt, la salle où se réunissent traditionnellement les dix jurés du Goncourt. Didier Decoin faisait allusion à la notoriété qui ne manquera pas de s'abattre sur le discret écrivain toulousain.

Pour exprimer son émotion, l'écrivain a choisi de citer une phrase du footballeur nord-irlandais George Best. «Je suis vraiment heureux, flatté d'être ici devant vous, je suis surtout heureux de me tenir debout». «J'éprouve un étrange bonheur, une joie bizarre», a-t-il dit.

«La chance»

«Si les romans de Jean-Paul Dubois étaient traduits de l'anglais, il aurait en France un statut comparable à ceux de John Irving ou de William Boyd», dit de lui Bernard Pivot, le président de l'académie Goncourt. Modeste, le romancier a estimé que sa récompense était due à «la chance». «On ne mérite jamais le prix Goncourt, on a la chance de l'avoir. Ça tombe sur la personne qui est sur un alignement de planètes cette année-là».

Le 22e titre de Jean-Paul Dubois, publié chez L'Olivier (256 pages, 19 euros) raconte l'histoire d'un homme, Paul Hansen, qui croupit depuis deux ans dans une prison de Bordeaux - qui comme son nom ne l'indique pas se trouve au Québec ! - quand le lecteur le rencontre.

Paul Hansen, le narrateur, va nous raconter comment il en est arrivé à partager une cellule avec un Hells Angel, formidable personnage, effrayant et touchant, qui ne rêve que d'«ouvrir en deux» ceux qui ne lui reviennent pas mais est terrorisé par les souris ou les ciseaux du coiffeur.

Histoire d'un monde en train de disparaître

Paul Hansen est un type bien, doux et bienveillant. Le lecteur apprendra à la fin du roman pourquoi un tel homme est en prison. Entre temps, remonteront à la surface des souvenirs d'un bonheur anéanti. Ce que raconte Jean-Paul Dubois - une constance dans la plupart de ses livres -, c'est l'histoire d'un monde en train de disparaître pour être remplacé par un autre dominé par l'injustice et le mépris.

Le livre s'est écoulé à 46'000 exemplaires depuis sa sortie en août mais le Goncourt devrait accroître ses ventes considérablement.

Jean-Paul Dubois avait reçu le prix Femina et le prix du roman Fnac en 2004 pour «Une vie française». C'est la deuxième fois qu'il figurait dans une sélection du Goncourt: en 2016, le jury avait finalement écarté son roman «La succession» lors du second tour.

Amélie Nothombe en lice

Quatre écrivains, dont la Belge Amélie Nothomb qui enchaîne les succès de librairie depuis une trentaine d'années, étaient en lice pour décrocher le Goncourt. «Je suis au comble de l'excitation, je suis déjà extrêmement joyeuse d'être sur cette short list, c'est un honneur considérable», avait confié lundi matin la romancière à la radio publique belge.

L'auteur de «Stupeur et tremblements» avait cependant estimé que ses chances de décrocher le prix étaient «extrêmement faibles» au regard de la qualité des autres finalistes. «Si je n'ai pas le Goncourt ce n'est pas du tout une humiliation pour moi. Bien sûr cela ne m'empêche pas d'espérer mais je ne suis pas folle non plus», avait-elle dit.

Amélie Nothomb, 53 ans, était en lice pour «Soif» (Albin Michel), un roman déjà best-seller (avec près de 150'000 exemplaires vendus) dans lequel elle se met dans la peau de Jésus avant la crucifixion. C'était la troisième fois (après 1999 et 2007) qu'elle se retrouvait dans la sélection du Goncourt.

Jean-Luc Coatalem, 60 ans, avait été retenu pour «La part du fils» (Stock), un récit dans lequel l'écrivain-voyageur mène une enquête sur la disparition de son grand-père mort dans un camp de concentration. Jean-Luc Coatalem est également en course pour le Renaudot. Enfin, le doyen Olivier Rolin, 72 ans, avait été sélectionné pour «Extérieur monde» (Gallimard), objet inclassable, sorte d'antimémoires ou livre retraçant les innombrables voyages de l'auteur.

«La légende»

Le lauréat du Goncourt touche un chèque symbolique de... 10 euros. Mais l'impact du prix est incommensurable. Il touche en effet 15% sur le prix de vente de son roman.

Le prix Goncourt reste le prix littéraire le plus prescripteur pour les ventes de romans. Selon une étude de l'institut GfK pour le magazine «Livres Hebdo», sur la période 2014-2018, un prix Goncourt s'écoule en moyenne à 367'100 exemplaires, devant le Goncourt des lycéens (314'000 exemplaires) et le Renaudot (219'800 exemplaires).

Derrière, le prix du roman Fnac prend de l'importance (171.300 exemplaires), devançant les quatre autres grands prix d'automne: Académie française (116'300 exemplaires), Femina (85'500), Interallié (46'900) et Médicis (34'600). (afp/nxp)

Créé: 04.11.2019, 14h14

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