Lundi 19 novembre 2018 | Dernière mise à jour 05:22

Photo Une terrifiante «meute de bâtards» s’est installée à Vevey

Images Vevey expose les saisissants portraits des membres du pire gang néo-zélandais. Le photographe a suivi ces terreurs durant huit ans.

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Ils sont terrifiants. Mais beaux, aussi, d’une certaine manière. Fascinants et obsédants, en tout cas. «Ils», ce sont les membres du Mongrel Mob, le principal gang de Nouvelle-Zélande, dont dix portraits saisissants sont actuellement exposés dans le cadre du festival Images Vevey.

Le Mongrel Mob? Né dans les années soixante, ce gang signifiant littéralement «bande de bâtards» ou «meute de bâtards» est devenu le plus puissant et redouté de Nouvelle-Zélande. Ses quelque 1000 membres ne circulent habituellement pas à moto. Mais le gang est organisé comme un club de bikers, très hiérarchisé, avec ses prospects ou ses chapitres – il existe une trentaine de branches locales dans le pays.

Bulldog et symboles nazis

Trafic de drogue, violence, kidnappings, meurtres: le Mongrel Mob est considéré comme une organisation criminelle. Il est aussi célèbre pour sa guerre ultraviolente contre le gang rival, le Black Power, ou ses rituels initiatiques particulièrement brutaux.

Comme les gangs de motards, la bande de «bâtards» a son enseigne, un bulldog anglais agressif, souvent coiffé d’un casque allemand orné d’une croix gammée. Marquée par la prédominance du rouge et du noir, l’iconographie du Mongrel Mob charrie de nombreux symboles nazis, alors que le groupe n’est pas connu pour avoir une idéologie particulière. Ses membres, enfin, majoritairement d’origine maorie, se reconnaissent par leurs nombreux tatouages, y compris sur le visage.

«Des portraits de guerre»

Les images exposées à la Grenette, à Vevey, sont l’œuvre du photographe néo-zélandais Jono Rotman, qui a réussi à côtoyer les terreurs durant huit ans, effectuant quelque 200 portraits. Comment diable s’y est-il pris? «Je leur ai expliqué que je n’essayais pas de «raconter leur histoire», de les exposer ou des conneries comme ça. Au lieu de ça, je leur ai dit que je voulais faire des portraits de guerre. En gros, ils ont compris que je voulais faire un truc honnête et plus complexe qu’une carte postale culturelle», expliquait-il dans Vice en 2015.

Son travail est réuni dans un bouquin intitulé «Mongrelism». Images Vevey lui a attribué son «Prix du Livre 2017/2018». Mais il avait aussi suscité la polémique en Nouvelle-Zélande, certains accusant le photographe de rendre le mal esthétique. L’exposition, en 2014 à Auckland, du portrait d’un Mongrel Mob accusé de meurtre était particulièrement mal passée…

«Ils pouvaient me tuer si je déconnais»

Jono Rotman, lui, explique avoir voulu documenter un mouvement qui est aussi devenu une sous-culture. Quoi qu’il en soit, son travail est captivant. Et son courage à saluer. «Par le biais d’un accord tacite, je savais qu’ils pouvaient me tuer si je déconnais avec eux», lâchait-il encore dans Vice… Heureusement, il n’a manifestement pas «déconné»…

La présentation de Mongrelism, récompensé par Images Vevey est par là.

Quant au programme complet de biennale d’arts veveysanne, visible jusqu’au 30 septembre, c’est par ici. (Le Matin)

Créé: 13.09.2018, 15h10

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