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Beaux-Arts Le «trésor nazi» de Gurlitt est un héritage empoisonné

Le Musée des Beaux-Arts de Berne ne sait pas encore s'il va accepter en héritage la collection Gurlitt qui comporte des œuvres volées aux juifs. Et Berlin doit encore donner son aval.

Matthias Frehner, conservateur du Musée des Beaux-Arts de Berne (Image: Keystone )

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Le conservateur du Musée des Beaux-Arts de Berne, Matthias Frehner, n'en revient toujours pas de l'héritage de la collection Gurlitt, même s'il ne sait toujours pas quelles sont les motivations qui ont poussé Cornelius Gurlitt à choisir son établissement.

«Personne dans notre musée n'a jamais été en contact avec lui», explique-t-il à la Berner Zeitung. Gurlitt avait toutefois certaines habitudes dans la ville fédérale car il avait eu recours à l'hôtel des ventes d'Eberhard W. Kornfeld pour placer des toiles dans les années 80.

Selon la Frankfurter Allgemeiner Zeitung (FAZ), ce sont bel et bien les liens tissés à l'époque avec le galeriste qui serait la raison du legs au Musée des Beaux-Arts de Berne. L'hôtel de ventes n'a pas voulu commenter les affirmations du journal allemand.

Des œuvres volées à des juifs sous le nazisme

Le musée n'hérite pas que de la collection mais aussi de ses problèmes. Parmi les toiles figurent certaines œuvres volées à des juifs sous le nazisme. «Nous recevons également l'obligation d'éclaircir les interrogations sur la provenances de quelques peintures. Ce n'est pas seulement un devoir juridique mais aussi moral et éthique», a ajouté Matthias Frehner.

Le Musée ne sera pas seul dans cette tâche puisque le gouvernement allemand a déjà mis sur pied un groupe de travail et aura son mot à dire. Le rôle de la famille et du père, Hildebrand Gurlitt, devrait également être élucidé.

Six mois pour décider

Le conservateur ne peut pas encore affirmer s'il va accepter l'héritage. Le Conseil de fondation du musée a six mois pour se prononcer.

L'enjeu est crucial car la Suisse a signé en 1946 les accords de Washington sur les avoirs allemands placés en Suisse et elle a souscrit en 1998 à la déclaration de Washington qui stipule la restitution des œuvres d'art volées par les nazis à leurs propriétaires . Le risque est grand de voir le musée englué dans de longues et coûteuses recherches, voire querelles juridiques outre-Atlantique.

«Peut-être pas si heureux que çà»

Cornelius Gurlitt avait également signé quelques semaines avant son décès un accord laissant des experts examiner la provenance de ses toiles et étudier des solutions «justes et équitables» selon la déclaration de Washington. Si le Musée de Berne accepte les toiles, il devra également appliquer l'accord, rappelle la Berner Zeitung.

En outre, l'établissement ne dispose pas de suffisamment de place dans sa forme actuelle pour accueillir les 1300 toiles de la collection. «Nous devrons aller en Allemagne pour nous faire une idée. Et nous devrons aussi réfléchir à faire de la place.» Mais avant cela, il faudra surtout établir si un tableau est «propre» avant de pouvoir l'exposer, prévient le spécialiste d’œuvres spoliées Thomas Buomberger

Toutes les incertitudes et les risques entourant ce legs font dire à l'avocat et expert en droit de l'art Marc Weber que «Matthias Frehner n'est peut-être pas aussi heureux que çà de cet héritage.»

Créé: 08.05.2014, 15h19

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