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Conversion Véronique Lévy raconte son chemin vers le catholicisme

La petite sœur de BHL a été baptisée en 2012, au sortir d’années où elle se jetait dans la vie comme dans une nuit. Et la Lumière fut: l’amour pour le Christ, dont elle témoigne dans un livre étonnant.

Véronique Lévy entend désormais faire rayonner autour d’elle l’amour qu’elle éprouve pour le Christ.

Véronique Lévy entend désormais faire rayonner autour d’elle l’amour qu’elle éprouve pour le Christ. Image: Yann Revol

En dates

1972: Naissance
Elle vient au monde et vivra en banlieue parisienne, fille d’André et de Ginette, petite sœur de Philippe et de Bernard-Henri.

2010: Messe
Elle assiste, pour la première fois de sa vie, à une messe catholique et en ressort émerveillée.

2012: Baptême
Le 7 avril, elle devient catholique, lors d’une cérémonie à Notre-Dame de Paris.

«Montre-moi ton visage», Editions du Cerf, 337 pages. (Image: DR)

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Dans sa voix au téléphone, il y a un mélange de fragilité enfantine et de force. Une sorte de timidité, aussi, elle dit qu’elle n’a pas l’habitude. Dans la famille, celui que l’on entend, c’est Bernard-Henri Lévy, BHL, son grand frère, ce Solal rompu aux batailles des médias. Elle était dans l’ombre, par choix, par destin. Véronique Lévy a vingt ans de moins que BHL, une «toute petite sœur». Et au sortir de l’enfance, quand elle devint femme et se lança, littéralement à corps perdu, dans la vie, il était déjà ailleurs.

Les Lévy, c’est «une des douze tribus d’Israël, mais aussi la seule qui n’a pas de territoire». C’est ce que lui disait son père, André. Elle le rappelle et trouve cela important, aujourd’hui, comme s’il lui avait fallu chercher son propre territoire ailleurs, ou plutôt au-dessus: au Ciel. Les Lévy, c’est aussi, évidemment, une tradition juive, que ses parents vivaient de façon très laïque, se méfiant des rites. Mais tout de même, voilà une histoire qui se compte en dizaines de siècles, une transmission qu’elle brise.

Car, le 7 avril 2012, Véronique Lévy est devenue catholique, sous la nef immense de Notre-Dame de Paris. Elle raconte désormais cette aventure dans un livre rare et étonnant, «Montre-moi ton visage» (Editions du Cerf). Pourquoi a-t-elle voulu l’écrire? «J’avais déjà publié un livre de poésie après la mort de mon père. J’ai souvent écrit dans ma vie, des bribes, des journaux intimes. A partir du moment où je suis entrée au catéchuménat (ndlr: le temps qui permet à des adultes de se convertir au catholicisme), je me suis rendue régulièrement dans la chapelle du Saint Sacrement. J’y notais parfois ce que je ressentais, sous forme de dialogue avec le Christ. Et, vers 2013, j’ai entendu comme un appel, et j’essaie de dire cela sans passer pour une allumée: Dieu me demandait d’écrire.»

Tombée amoureuse du Christ

C’est ce dialogue, ce chemin, que raconte «Montre-moi ton visage», genre d’ovni en nos temps de laïcité, sécularisation ou d’agnosticisme. Elle ne se pose pas de questions: elle raconte sa singularité, comment elle a trouvé la réponse. «C’est une déclaration d’amour», tient-elle à souligner. A Jésus-Christ, dont elle est bel et bien tombée amoureuse. Elle pense que les gens ont souvent une «image fausse de l’Eglise», et que son livre entend passer par-dessus le dogme pour raconter une trajectoire «intimiste, cœur à cœur. Moi qui étais une personne fragile, égarée, le Christ m’a donné la joie, et j’ai voulu en témoigner.»

Véronique Lévy, avant, a eu une drôle de vie. Dès l’adolescence, elle cherche des limites et un absolu. Elle raconte, avec une pudeur qui ne cherche jamais à contourner la vérité crue, cette quête qui la conduisit parfois aux portes de la perdition. La nuit, l’alcool, les bars interlopes, la drogue, l’errance, les infrabasses, la musique forte durant des années. Et surtout les hommes, beaucoup d’hommes, beaucoup et sûrement trop de bras autour de cette légèreté diaphane en talons hauts et guêpière, chasseresse autant que proie.

Elle en fait un cheminement désormais, dans ce volume écrit à la manière des mystiques anciens, comme s’il avait «fallu passer par là pour aller vers Jésus». Une exaltation dans le dialogue avec le Christ, une manière de prière physique, psalmodiée et poétique, ode au Seigneur qui va presque chercher du côté de l’érotisme du Cantique des Cantiques. Elle y exprime aussi l’idée que cette conversion vient de loin et n’a rien d’une toquade: souvenirs d’enfance, songes, deuils, rencontres, illuminations sont convoqués au service de l’appel divin. «Le Christ veut que nous lui montrions notre visage à vif, nu, débarrassé. Il vient nous chercher, même dans le lieu de nos blessures.» Elle voit des signes. Elle se souvient de moments importants, de petits événements quotidiens qu’elle explique aujourd’hui comme autant de mains tendues par le Seigneur. Souvent, elle dit son émotion, les instants «foudroyants», lumineux, dans une rédemption où elle pense que, dans les hommes, elle n’en cherchait toujours qu’Un.

C’est finalement dans l’amour fort de l’un d’eux, dont le physique ressemblait carrément à l’imagerie classique de Jésus, qu’elle trouvera la porte ouverte de l’Eglise Saint-Gervais, à Paris, et se lancera formellement vers le catholicisme. Elle n’a pas l’impression de trahir quoi que ce soit: «Je ne vis pas du tout mon catholicisme comme une rupture avec le judaïsme biblique. Je le vis comme un accomplissement. Pour moi, le catholicisme extrait le cœur du judaïsme, en le débarrassant des projections trop humaines.»

Le silence de BHL

Que vit-elle aujourd’hui, après avoir viré ses minijupes et ses escarpins de jadis dans des sacs poubelles? «Aimer le Christ, ce n’est pas s’enfermer. C’est – comme dit le pape François – aller aux périphéries. Je viens de ces périphéries: les bars, la nuit, les gens perdus. Je ne regrette rien de ce que j’ai vécu. En tant que chrétienne aujourd’hui, je dois faire rayonner mon cœur, aller vers les gens. Alors, oui, je sors, j’ai des amis. Et je prie aussi.»

Véronique Lévy ne veut pas passer pour une bigote illuminée («mais c’est un joli mot, illuminée, non?»). Ou alors elle s’en moque, et dit seulement qu’elle a trouvé ce qu’elle cherchait depuis toujours. Elle ne souhaite pas dire la façon dont elle imagine la suite de son destin catholique, tout en laissant entendre que, pour le moment, il n’y a plus de place dans sa vie pour un autre homme que le Christ.

Et sa famille? Comment a-t-elle pris tout cela? «En 2012, j’ai appelé mes frères pour leur annoncer mon baptême et les inviter. J’étais folle de joie. Mais, quand j’ai atteint Bernard, il y a eu un long silence, des centaines d’anges sont passés. J’ai ressenti son effondrement. Au sortir de ce silence, il a dit: «D’accord, je viendrai.» Le 7 avril 2012, BHL était là, à Notre-Dame. «J’ai tourné la tête, je l’ai vu, un quart de seconde, qui prenait une photo tandis que je recevais l’eau du baptême. Il était ému.» Véronique Lévy croit que la vie est un miracle. (Le Matin)

Créé: 09.04.2015, 11h34

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