Jeudi 2 avril 2020 | Dernière mise à jour 00:54

Sonia Grimm Violée puis censurée par son mari

Elle devait être mercredi au Salon du livre de Genève pour «Insoumise. Autopsie d’un amour destructeur». Son agresseur l’a fait interdire de parole.

Sonia Grimm ne comprend pas la persistance de son futur ex-mari. Il a été condamné, elle ne veut pas l’accabler davantage. Elle souhaite simplement partager son histoire pour aider celles qui se murent dans le silence.

Sonia Grimm ne comprend pas la persistance de son futur ex-mari. Il a été condamné, elle ne veut pas l’accabler davantage. Elle souhaite simplement partager son histoire pour aider celles qui se murent dans le silence. Image: Maxime Schmid

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Depuis novembre dernier, l’auteure, compositrice et interprète de chansons pour enfants multiplie les apparitions dans les médias. Elle ne pose ni en robe de princesse ni sur une scène pour promouvoir ce qui sera sa dernière tournée. L’artiste de 43 ans est aussi, ou d’abord, une femme qui s’est octroyé le droit de libérer sa parole pour elle-même et pour toutes celles qui restent silencieuses.

Alors, dans sa maison de Saint-Cergue (VD), elle a écrit l’envers du décor, loin de toute féerie enfantine. Elle a écrit l’enfer de son couple, l’insoupçonné et l’insoupçonnable. Elle a écrit cette nuit d’août 2014 où tout bascule. Son conjoint la frappe, la menace de mort, armé d’un couteau avec une lame de 25 cm, tente de l’étrangler. Et la viole.

Récemment paru, «Insoumise. Autopsie d’un amour destructeur» raconte les humiliations, les intimidations, la toile qui se tisse, l’emprise, la manipulation, la peur au ventre, les pressions psychologiques, les contrôles, les pensées suicidaires, la prison où seuls ses habits de lumière sont dorés. Sonia Grimm lui dit «Tu», tout au long de son livre témoignage. Pas de nom, pas de prénom. Anonymisé.

Ordonnance brutale

Parce que son producteur de mari a été condamné fin 2015 à 2 ans avec sursis. Pour lésions corporelles simples qualifiées, tentative de contrainte, contrainte, contrainte sexuelle et viol. Une reconnaissance pour cette maman de deux ados, issus d’une union précédente. Si elle désespère de ne pas parvenir à divorcer, elle s’accroche, se reconstruit, mais la tempête n’est jamais loin.

Mercredi, sur l’heure de midi, l’écrivaine était invitée au Salon du livre de Genève pour témoigner de son parcours de combattante. Elle n’a pas pu s’y rendre. Interdite, par décision de justice, d’aller discuter publiquement de son histoire si forte.

La veille au soir, son agresseur, qui vit à Genève, est revenu sur le devant de la scène. Insidieusement. Une ordonnance de jugement est arrivée vers 22 h dans la boîte e-mail de l’avocat de Sonia Grimm, Me Alain-Valéry Poitry: «Je l’ai reçue de la partie adverse qui me signale que ma cliente ne peut pas parler de son livre au Salon du livre. Le Tribunal civil genevois s’est déterminé sur une requête urgente (ndlr: mesures provisionnelles et superprovisionnelles) émanant de son mari et dont je n’ai même pas connaissance. Ma cliente vit un harcèlement continuel.» À noter que cette requête vise également les Éditions Favre.

La décision de l’autorité de jugement est difficilement compréhensible, tant elle est contradictoire. En résumé, la démarche du futur ex-époux de l’auteure tend à censurer dans son intégralité son récit et son témoignage sous quelque forme que ce soit (livre, débats, médias), y compris ce qui est déjà paru ou publié. «Cela démontre la hâte avec laquelle cela a été fait», lance Me Poitry.

Censurer son vécu

Mercredi, l’homme de loi de Nyon a contacté le Tribunal de première instance de Genève pour s’enquérir de ce couac incompréhensible: «Ils m’ont dit que j’allais tout recevoir demain… Techniquement, cette ordonnance ne vaut rien pour nous à ce jour, puisqu’elle ne nous a pas été notifiée par écrit et par recommandé. Malgré cela, ma mandante s’est pliée à la décision de justice. Ce qui est inadmissible et contraire au Code de procédure civil, c’est que seule une des parties, la requérante, l’ait reçue.»

La chanteuse tombe des nues et ne comprend pas cette persistance. «Avant, j’étais muselée par la peur. Maintenant, il muselle ma parole. Ces interdictions, c’est comme s’il avait plus de droit en tant que violeur que moi en tant que victime. Tout cela a déjà été si dur à vivre. Identifier que je n’étais pas coupable, se relever, supporter les atteintes psychiques, les blessures. Il n’avait jamais réagi jusqu’ici depuis que j’en parle à la presse et depuis la sortie de mon livre. Pourquoi maintenant?»

Vendredi après-midi, Sonia Grimm est de nouveau attendue au Salon du livre, notamment pour une table ronde autour de la thématique de la manipulation. Sa présence apparaît bien compromise.

Créé: 26.04.2018, 11h29

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.