Mardi 26 septembre 2017 | Dernière mise à jour 21:34

Prévention L’alcool diminue rapidement les réflexes au volant

Une fois ingurgité, l’éthanol contenu dans l’alcool passe très vite dans le sang et perturbe le fonctionnement du cerveau. Mais les effets néfastes sont très différents d’un individu à l’autre.

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De quoi on parle

Les faits

Dans le cadre du programme fédéral Via sicura, le Parlement a modifié la loi concernant les contrôles de l’alcool sur la route. Le contrôle de l’air expiré pourra remplacer l’actuelle prise de sang exigée lorsque le conducteur présentera une concentration l’alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,8‰.

La suite

Dès le 1er octobre prochain, l’automobiliste en infraction n’ira plus à l’hôpital se faire piquer mais au poste de police, où il devra souffler dans un éthylomètre.

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Le nombre d’accidents de la route baisse en Suisse. D’après les statistiques de l’Office fédéral des routes (OFROU), en 2014, ils ont néanmoins entraîné la mort de 243 personnes et blessé grièvement 4043 autres. Dans un cas sur dix, les conducteurs fautifs étaient vraisemblablement sous l’emprise de l’alcool.

Le fameux slogan, imaginé en 1984 pour une campagne de prévention française, proclamant «un verre, ça va, trois verres… bonjour les dégâts!» n’est pas une formule vaine. L’alcool se répand en effet rapidement dans l’organisme et, lorsqu’il atteint le cerveau, il modifie profondément les réactions et le comportement.

Une fois ingéré, l’alcool passe dans l’estomac puis dans les intestins et de là, il pénètre dans le sang. Il fait une première étape dans le foie où il est, en partie, transformé en une substance sans effet néfaste. Mais le reste est distribué par la circulation sanguine dans l’ensemble du corps – il est «résorbé», comme disent les spécialistes – et atteint l’une de ses cibles privilégiées, le système nerveux central.

L’éthanol ingurgité met peu de temps pour arriver au cerveau, surtout si l’on est à jeun. Dans ce cas, «en une vingtaine de minutes, il n’y a plus rien dans le tractus digestif (l’ensemble des organes du système digestif, ndlr) et tout est passé dans le reste de l’organisme», précise Marc Augsburger, responsable de l’unité de toxicologie et médecine forensique au Centre universitaire romand de médecine légale (CURML). Ce qui lui fait dire «qu’il n’y a rien de pire que l’apéritif de 17 heures». La consommation de nourriture, tout particulièrement les matières grasses, ralentit en effet le processus. En revanche, les boissons alcoolisées chaudes, ou contenant du gaz carbonique (champagne et bière) ou sucrées l’accélèrent.

Inégalité entre les sexes

A consommation égale, tous les individus n’auront toutefois pas la même alcoolémie, c’est-à-dire la même quantité d’alcool dans le sang. Cela dépend de leur corpulence, mais aussi de leur sexe – les femmes n’assimilent pas l’alcool de la même manière que les hommes et sont plus vulnérables à ses effets. D’ailleurs, note Marc Augsburger, «il existe une équation, dite «formule de Widmark», qui permet de prédire, en fonction du poids et du sexe, la concentration maximale dans le sang pour une dose consommée» et d’en calculer la diminution dans le temps. A titre d’exemple, un homme de 70 kilos qui boit un verre de vin (soit 10 grammes d’alcool) aura un pic de 0,2 gramme d’alcool par litre de sang (0,2‰), alors qu’il montera à 0,3‰ pour une femme de 55 kilos.

Les heures passant, l’alcool est peu à peu éliminé de l’organisme (de 0,1 à 0,2 gramme par litre de sang et par heure). Avec un taux de 0,5‰ (limite à partir de laquelle on ne peut plus prendre le volant), il faut donc cinq heures pour remettre le compteur à zéro. Et il est inutile de boire du café, prendre une douche froide ou sortir prendre l’air, car «il est impossible d’accélérer ce processus», souligne le spécialiste du CURML, dont le seul conseil pour diminuer la charge de l’alcool est «d’alterner un verre de vin et un verre d’eau».

Du bien-être à la désinhibition

Si l’alcool est dangereux, c’est parce qu’il agit sur le cerveau où il «perturbe la propagation de l’influx nerveux et rend les neurones moins excitables», explique Marc Augsburger. Avec un verre ou deux, nous avons une sensation de relâchement et de bien-être, appréciée lors des soirées entre amis. Mais à mesure que l’on boit, l’éthanol diminue peu à peu la capacité de concentration, la coordination des mouvements et les réflexes, il restreint le champ visuel et affecte la perception des distances. Il désinhibe à tel point qu’il diminue la perception du danger, ce qui augmente la prise risques. Autant de facteurs qui modifient le comportement sur la route.

C’est pour cette raison que la loi a fixé à 0,5‰ la limite de la «conduite en état d’ébriété» et à 0,8‰ la «conduite avec alcoolémie qualifiée». Ces seuils sont «purement juridiques», constate le toxicologue, car il n’est scientifiquement pas possible de dire à partir de quel taux d’alcool dans le sang un individu donné est dans l’incapacité de conduire. Il reste que, statistiquement, «à 0,8‰, on a de quatre à six fois plus de risque d’avoir un accident que si l’on n’a pas bu».

A partir du 1er octobre, les automobilistes contrôlés sur la route et suspectés d’avoir trop bu devront souffler dans un éthylomètre, plutôt que de subir une prise de sang. Mais quelle que soit la méthode utilisée pour connaître l’état d’ébriété d’un conducteur, le constat est le même: prendre le volant quand on a bu reste dangereux. (Le Matin)

Créé: 03.04.2016, 09h12

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