Samedi 14 décembre 2019 | Dernière mise à jour 22:53

Moyen-Orient En Irak, négociations sous la pression de la rue

Les difficiles pourparlers ont continué lundi pour former un nouveau gouvernement en Irak.

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Les négociations pour la formation d'un nouveau gouvernement en Irak se sont poursuivies lundi sous la pression des manifestants, qui dénoncent sans relâche le pouvoir et son parrain iranien en réclamant la mise à bas de l'ensemble du système politique.

Signe que Téhéran est décidé à ne pas perdre de son influence chez son voisin, le puissant général Qassem Soleimani, émissaire iranien pour les affaires irakiennes, est de retour à Bagdad, indiquent des responsables à l'AFP.

Un déplacement vu par les États-Unis, autre allié de l'Irak mais ennemi juré de l'Iran, comme la manifestation de la «nervosité» du régime iranien qui vient «s'ingérer dans la politique irakienne», selon les termes du secrétaire d'État américain adjoint pour le Moyen-Orient, David Schenker.

Exercice d'équilibriste

Les rencontres entre partis politiques, qui ont démarré avant même que le Parlement n'accepte formellement dimanche la démission du Premier ministre Adel Abdel Mahdi, se sont poursuivies lundi.

Avec le Parlement le plus hétéroclite de l'histoire récente de l'Irak, la formation d'un gouvernement sera - comme il y a 13 mois à la prise de fonctions d'Adel Abdel Mahdi - un exercice d'équilibriste. Il faudra convaincre encore davantage de parties: en commençant par l'influent voisin iranien «qui ne cèdera pas facilement», selon Harith Hasan, spécialiste de l'Irak.

Puis, le grand ayatollah Ali Sistani, figure tutélaire qui a précipité la chute d'Adel Abdel Mahdi. Et la communauté internationale, qui dénonce la répression et l'absence de réforme face à des manifestations endeuillées par plus de 420 morts.

Washington a ainsi dénoncé l'usage «choquant et odieux» de la force pendant le week-end à Nassiriya, dans le sud du pays, où 40 manifestants ont été tués. «Nous appelons le gouvernement irakien à enquêter et à faire payer ceux qui tentent de museler brutalement des manifestants pacifiques», a lancé David Schenker, exigeant aussi la fin immédiate du «harcèlement» et des «intimidations» contre les journalistes. Surtout, la classe politique devra convaincre la rue qui reste intransigeante.

La rue plus forte

Au bout de deux mois de ce mouvement social spontané et inédit, les exigences n'ont cessé de grossir. Les protestataires, qui occupent les places de Bagdad et du Sud, veulent la refonte du système politique installé par les Etats-Unis après la chute de Saddam Hussein en 2003.

Ils veulent aussi renouveler une classe politique qui, en seize ans, a déjà fait s'envoler dans les vapeurs de la corruption l'équivalent de deux fois le PIB de l'un des pays les plus riches en pétrole au monde. Ils refusent déjà les noms de Premier ministrables ayant fuité.

«On veut arracher le gouvernement par la racine», lance Mohammed al-Machhadani, qui manifeste place Tahrir à Bagdad. Le Parlement et le président aussi, renchérit Abdelmajid al-Joumeili, étudiant en droit, car «s'ils débarquent Abdel Mahdi pour ramener un autre sorti de la même classe politique, rien n'aura changé».

L'opposition - emmenée, séparément, par le turbulent leader chiite Moqtada Sadr et l'ex-Premier ministre Haider al-Abadi - a dit refuser de participer aux négociations. «Ils savent que la barre est très haute et qu'il leur est très difficile de satisfaire la rue», décrypte Harith Hasan. «Ils ne veulent pas se retrouver face à plus de colère et de rejet.»

Transition courte

«Le meilleur scénario serait un gouvernement de transition instaurant un nouveau cadre législatif pour les prochaines élections», affirme-t-il à l'AFP. L'homme à sa tête devra «promettre de ne pas se présenter au scrutin».

Pour «restaurer la confiance», le Parlement travaille déjà à l'élaboration d'une nouvelle loi électorale, a dit lundi son chef Mohammed al-Halboussi, qui a entamé des discussions avec les groupes parlementaires et la représentante de l'ONU en Irak.

Dans la rue, les manifestants sont toujours là, à Bagdad, Diwaniya, al-Hilla, Kout ou Najaf, ville sainte chiite en proie aux violences depuis l'incendie de son consulat iranien mercredi soir. Ils maintiennent leurs campements en dépit d'une large campagne d'intimidation et d'enlèvements face auxquels l'État se dit impuissant.

Human Rights Watch l'a accusé de «laisser des groupes armés enlever des gens», alors qu'au moins quatre familles se disent sans nouvelles depuis deux mois de proches et que des dizaines de militants ont été kidnappés plusieurs heures ou plusieurs jours depuis le 1er octobre.

À Najaf, les chefs tribaux continuent d'intercéder pour faire revenir le calme alors que plusieurs manifestants ont été tués par les tirs d'hommes armés retranchés dans le mausolée d'une figure tutélaire d'un parti chiite. (afp/nxp)

Créé: 02.12.2019, 23h54

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