Dimanche 8 décembre 2019 | Dernière mise à jour 21:50

Interview «Freysinger trouve que je ne suis pas assez radicale contre l’islam»

Expulsion des étrangers criminels, maîtrise des frontières… Avec un programme largement inspiré du système suisse, Marine Le Pen, candidate à la présidentielle française, compte séduire un électorat déçu par Nicolas Sarkozy et par l’Union européenne.

Image: Laurent Crottet

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Votre arrière-grand-mère était de nationalité suisse. Quels rapports entretenez-vous avec notre pays?

J’y ai souvent rejoint mon père au bord du lac ou pour faire du ski dans des stations comme Crans-Montana, et j’en garde d’excellents souvenirs. Mais si j’aime la Suisse, cela n’a rien à voir avec mon arrière-grand-mère: je trouve simplement que c’est un pays splendide. Et bien sûr, c’est son système référendaire qui m’attire.

Voulez-vous copier le modèle suisse?

Le Front national (FN) défend la votation populaire depuis trente?ans, avec une belle persévérance. Et nous faisons même des émules, puisqu’elle est devenue un vrai thème de campagne… Le FN réclame un système d’initiative populaire qui, compte tenu de la population, devrait être demandé par 500?000 personnes. Je crois que c’est à peu près ce qui se fait en Italie et cela me semble correct. Entre la Suisse qui a une tradition systématique du recours au référendum et la France qui n’en a pas, il y a un juste milieu à trouver – encore faut-il respecter l’avis de ceux à qui on demande leur opinion.

En Suisse, certaines votations sont difficiles à appliquer car elles sont contraires au droit international. Ce pourrait aussi être le cas de la peine de mort, que vous voulez proposer aux Français. N’est-ce pas un problème?

Rien n’est supérieur au peuple. Dans ce cas, il n’y a qu’à sortir de la convention qui nous contraint. Les traités internationaux n’ont aucune légitimité par rapport au peuple.

Est-ce une position défendable auprès des autres pays?

Bien sûr. Ou alors, on décide que les peuples ne sont plus souverains chez eux et on entre dans une sorte de phase post-démocratique, oligarchique, où quelques-uns décident à la place des autres. Ce n’est pas ma vision. La démocratie est pleine de défauts, mais c’est encore le système le plus performant que je connaisse.

Expulsion des étrangers criminels, retrait de Schengen… Beaucoup de vos propositions sont communes à l’UDC. La Suisse vous inspire-t-elle?

Le Front national a fait beaucoup de propositions depuis trente?ans, à l’époque où l’UDC n’existait pas. C’est à se demander si le FN n’a pas été la source de toutes une série d’idées qui sont appliquées aujourd’hui en Suisse… Cela dit, il n’y a pas de honte à regarder ce qui fonctionne dans d’autres pays et à s’en inspirer.

Votre sympathie à l’égard de l’UDC embarrasse pourtant certains membres du parti, dont Yvan Perrin, qui a déclaré ne pas partager votre «antisémitisme»…

Il se trompe. En se faisant le relais d’accusations diffamatoires et calomnieuses à notre égard, il ne fait pas avancer la cause des nations et celle de la souveraineté. Aujourd’hui, beaucoup de gens luttent contre la dérive totalitaire de l’Union européenne et se réunissent, comme on le fait au sein de l’Alliance européenne des libertés avec le UKIP anglais, avec le FPÖ autrichien, avec le Vlaams Belang belge. Dans ce contexte, je regrette qu’un certain nombre de dirigeants de l’UDC continuent à jouer le jeu des adversaires de notre civilisation, en perdurant dans une diabolisation absurde et en répétant comme des perroquets ce que raconte l’extrême gauche.

Vous avez déclaré votre admiration pour l’action d’Oskar Freysinger. Allez-vous le rencontrer?

Je l’espère, mais d’après ce que l’on m’a rapporté, Oskar Freysinger trouve que je ne suis pas assez radicale contre l’islam .

Etes-vous opposée à son combat contre les minarets?

Pas du tout. Mais ce que je veux surtout, c’est que les fondamentalistes islamistes soient bloqués dans leurs revendications permanentes, eux qui cherchent à imposer leurs lois, leurs codes, leurs mœurs. Il faut donc leur expliquer qu’à Rome, on fait comme les Romains. Je pense qu’il peut y avoir des mosquées, mais sous certaines conditions. Elles ne doivent pas être obligatoirement ostentatoires – et on sait que le minaret est manifestement une volonté de visibilité politique plus que religieuse.

Vous pensez donc proposer un référendum sur les minarets en France?

Pourquoi pas? Si c’est la volonté du peuple, il faut la suivre.

Le référendum est une idée commune avec Nicolas Sarkozy, qui a annoncé sa candidature mercredi dernier…

Enfin! J’attends qu’il réitère, dans le cadre d’une récidive politique, les promesses qu’il a faites en 2007, pour que les Français puissent juger des résultats qui ont été les siens en matière d’immigration, d’insécurité, de pouvoir d’achat, de République irréprochable. Par exemple, il a été élu pour réguler l’immigration, alors qu’il n’y en a jamais eu autant dans notre pays. On en est à 203?000 entrées par an!

Mais 100?000 immigrés quittent la France chaque année.

Il en reste encore beaucoup. Or, on a 5 millions de chômeurs, 1,2 million de foyers qui attendent un logement social. Continuer à faire entrer une immigration massive, c’est une folie économique et politique.

Mais concrètement, comment feriez-vous?

En maîtrisant les frontières.

C’est coûteux, non?

Il faut couper les pompes aspirantes de l’immigration, pour que les immigrés n’aient plus intérêt à venir en France. Aujourd’hui, la France est le pays le plus attractif d’Europe à cause des aides sociales, médicales, de la scolarité gratuite pour les enfants – y compris ceux des clandestins, du fait de l’acquisition automatique de la nationalité. Cela ne sert à rien de vider la mer avec une petite cuillère.

En quoi consiste la «priorité nationale», que vous défendez?

A compétences égales et à diplôme égal, l’employeur doit montrer qu’il n’a pas pu trouver un salarié français pour avoir l’autorisation d’embaucher un salarié étranger.

Les hôpitaux de Genève veulent d’ailleurs appliquer le même principe, mais pour les Suisses. Qu’en pensez-vous?

Ils ont tout à fait le droit de le faire. Après tout, les Suisses n’ont qu’un pays et il est normal que, chez eux, ils aient une priorité d’accès à l’emploi et aux aides sociales. Même chose pour les Français en France ou pour les Béninois au Bénin. C’est d’ailleurs déjà appliqué en France, dans la principauté de Monaco, et cela ne suscite pas de critiques de la part de la classe politique française. Cela s’appelle le patriotisme économique et social.

En Suisse, une initiative de l’UDC propose de ne plus rembourser les avortements. Vous tenez le même discours en France. Pourquoi?

Si demain je suis obligée de faire un choix budgétaire, je préfère dérembourser quelque chose d’évitable plutôt que de dérembourser les médicaments pour des personnes âgées qui ne peuvent plus se soigner. Les femmes doivent avoir le choix de ne pas avorter, c’est pourquoi je propose aussi l’adoption prénatale. Une femme enceinte pourra confier son bébé à l’adoption plutôt que de le laisser traîner dans des orphelinats.

Avec votre idée de rémunérer les femmes au foyer, voulez-vous les inciter à rester à la maison?

Pas du tout, j’ai moi-même toujours travaillé en élevant mes enfants. Mais j’estime qu’elles ont le droit de choisir, de rester chez elles en gagnant leur vie. Je trouve ça légitime qu’elles puissent toucher 85% du SMIC pendant un certain nombre d’années à compter du deuxième enfant, encore une fois, si c’est leur choix.

Combien coûte cette mesure?

20 milliards, je crois.

Des milliers de personnes ont la double nationalité franco-suisse. Allez-vous les obliger à choisir?

Je suis contre la binationalité, mais je peux parfaitement accepter une exception à la règle, c’est-à-dire une double nationalité de pays européens: franco portugaise, franco-suisse, ou encore franco-polonaise.

D’autres Français vivent en France, mais ont des comptes en Suisse. Pensez-vous que la France doit accepter l’accord Rubik, qui prévoit de compenser les pertes fiscales ?

Nous n’avons pas la capacité de lutter comme il le faudrait contre la fraude fiscale, donc cette possibilité n’est pas complètement absurde car elle permettrait au peuple français de récupérer une partie de l’argent dont ils sont privés.

Beaucoup de Français sont au titre du forfait fiscal, comme Johnny Hallyday. Cela vous choque-t-il?

Evidemment que cela me choque. Ils ont fait fortune grâce aux Français et il est regrettable qu’ils quittent le pays pour des raisons financières. On devrait aussi les obliger à un peu plus de modestie et à ne pas intervenir à tort et à travers dans la politique française.

Et quel est votre avis sur les banques françaises installées en Suisse, dont les noms apparaissent régulièrement dans des affaires politico-financières?

C’est inadmissible. Je suis pour la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires. Je pense ainsi que nous serons amenés à nationaliser, à titre temporaire et partiel, les banques de dépôt.

Vous voulez donc leur interdire d’ouvrir des filiales en Suisse?

Je veux leur interdire de violer la loi. Après, je ne vais pas empêcher les Français de travailler en Suisse. Chacun a le droit de faire ce qu’il veut. La Suisse, par exemple, a choisi de maîtriser sa monnaie, et pas la France. C’est ce que je veux, moi, c’est retrouver la maîtrise de ma monnaie.

Mais la sortie de l’Europe ne serait-elle pas coûteuse à la France?

Et l’euro, il n’est pas coûteux pour notre pays? La zone euro a eu la croissance la plus faible depuis dix?ans et la balance commerciale de la France affiche 70 milliards de déficit. Pour retrouver notre compétitivité, on peut dévaluer notre monnaie. L’autre possibilité est de baisser les salaires et le système de protection sociale. C’est un choix. Moi je ne fais pas ce choix-là. D’ailleurs je ne suis pas inquiète, car tous les peuples vont se rendre compte qu’on leur demande des milliards, à perte, pour sauver cette monnaie.

Vous parlez de la Grèce?

Je prends les paris: ils vont jeter la Grèce hors de l’euro et ce sera catastrophique. Je défends une sortie progressive de l’euro. Pour la France, cela pourrait prendre six à huit?mois, en concertation avec nos partenaires.

Comment pouvez-vous convaincre l’Allemagne de mettre fin à l’UE?

Je n’ai pas à les convaincre, puisque le peuple allemand est pour la sortie de l’Union selon les sondages.

Et Angela Merkel?

Elle a un peuple derrière elle, qui sait qu’au fur et à mesure que les pays font faillite, le seul qui va rester pour payer est celui qui se porte le mieux – l’Allemagne. D’ailleurs un certain nombre de pays sont prévoyants et réimpriment déjà leur monnaie nationale, l’Allemagne y compris, qui est en train d’en fabriquer en Angleterre.

Des Deutsche Mark, vraiment?

Oui, regardez sur Internet.

N’est-ce pas paradoxal d’appeler à sortir de l’UE alors que vous en vivez depuis 2004?

Pas du tout, car je lutte contre l’UE tous les jours au sein du Parlement. Si on n’est pas là pour prévenir les Français de ce qu’on leur déclare dans le dos, comment le sauront-ils? Je n’attends qu’une seule chose de ce système, c’est qu’il implose.

Créé: 21.02.2012, 12h57

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