Samedi 20 avril 2019 | Dernière mise à jour 16:25

Diplomatie Genève abrite une réunion sur le Sahara occidental

Les parties au différend sur le Sahara occidental ont retrouvé, mercredi à Genève, la voie du dialogue, rompu il y a six ans.

Le Sahara occidental, une étendue désertique, est le seul territoire de l'Afrique au statut post-colonial non réglé. Le Maroc rejette toute solution autre qu'une autonomie sous sa souveraineté.

Le Sahara occidental, une étendue désertique, est le seul territoire de l'Afrique au statut post-colonial non réglé. Le Maroc rejette toute solution autre qu'une autonomie sous sa souveraineté. Image: Keystone

Les grandes dates de l'ancienne colonie espagnole

Les dates-clés du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole contrôlée en grande majorité par le Maroc mais revendiquée par le Front Polisario, au centre de nouvelles discussions prévues mercredi et jeudi à Genève.

La «Marche verte»
Le 16 octobre 1975, la Cour internationale de justice (CIJ) de la Haye reconnaît l'existence de liens pendant la colonisation entre le Sahara occidental, le Maroc et la Mauritanie. Mais, les jugeant insuffisants, elle se prononce pour l'autodétermination de la population du territoire.
Le 6 novembre, 350'000 Marocains entreprennent, à l'appel du roi Hassan II, une «Marche verte» vers le territoire désertique pour marquer son «appartenance» au royaume. Le 14, un accord signé à Madrid met fin à la colonisation espagnole du Sahara: l'Espagne cède au Maroc le nord et le centre du territoire. Le sud revient à la Mauritanie.


Guerre
Le 27 février 1976, au lendemain du départ des derniers soldats espagnols, le Front Polisario («Front populaire pour la libération de Saguia el-Hamra et Rio del Oro»), créé trois ans plus tôt et soutenu par l'Algérie, proclame la «République arabe sahraouie démocratique» (RASD).
Le 5 août 1979, la Mauritanie signe un accord de paix avec le Polisario, renonçant au sud du Sahara. Les forces marocaines s'y déploient. A partir de 1980, la guerre tourne à l'avantage du Maroc, grâce à sa stratégie des «murs» de défense édifiés contre les incursions du Polisario, soutenu par la Libye et l'Algérie. Le 12 novembre 1984, le Maroc quitte l'Organisation de l'unité africaine (OUA, devenue Union africaine), après l'admission de la RASD.


Plans rejetés
Le 6 septembre 1991, après 16 ans de guerre, un cessez-le-feu entre en vigueur sous la surveillance d'une Mission de l'ONU (Minurso) chargée de l'organisation d'un référendum. En 2002, le roi Mohammed VI juge «obsolète» et «inapplicable» tout projet de référendum d'autodétermination.
En juillet 2003, l'ONU appuie le plan de l'ex-secrétaire d'Etat américain James Baker prévoyant un référendum après cinq ans d'autonomie. Accepté par Alger et le Polisario, il est rejeté par Rabat qui évoque un statut d'autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine déclarée «non négociable».
Le 11 avril 2007, Rabat présente à l'ONU un plan de «large autonomie» sous souveraineté marocaine. Rejet du Polisario qui réaffirme «le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination».
En mars 2012, la neuvième réunion informelle entre le Maroc et le Polisario à Manhasset (Etats-Unis) s'achève sur une impasse. Les négociations directes menées sous l'égide de l'ONU sont depuis en suspens, chacun campant sur ses positions.


Tensions ONU-Maroc
Le 8 mars 2016, Rabat accuse le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon de «dérapages» après un déplacement dans un camp de réfugiés sahraouis en Algérie. Le ministère des Affaires étrangères dénonce l'utilisation du mot «occupation» par M. Ban pour décrire le statut du Sahara occidental.
Le 13 mars, des centaines de milliers de manifestants se rassemblent pour protester contre «le manque de neutralité» de M. Ban. Celui-ci se plaint d'un «manque de respect» du Maroc envers sa personne et l'ONU.


Le Maroc réintègre l'UA
Le 30 janvier 2017, l'Union africaine (UA) accepte de réintégrer le Maroc à sa demande, après plus de 30 ans d'absence. Le retour du Maroc au sein de l'organisation panafricaine a donné lieu à une sourde lutte d'influence dans les couloirs de l'UA autour de la question du Sahara occidental.


Discussions sous l'égide de l'ONU
Le 6 mars 2017, l'émissaire de l'ONU Christopher Ross, présente sa démission après huit années à tenter en vain de régler le conflit. Les relations entre M. Ross et Rabat ont souvent été houleuses. L'ancien ambassadeur américain à Alger et Damas a été durement critiqué par le Maroc qui l'accusait de partialité.
Le 16 août 2017, l'ancien président allemand Horst Kohler est nommé nouvel émissaire. Il se rend en octobre à Rabat et à Alger, ainsi qu'à Tindouf, localité de l'ouest de l'Algérie abritant le siège de la RASD, ainsi que plusieurs camps de réfugiés.
Le 27 avril 2018, le Conseil de sécurité renouvelle la mission de la Minurso pour une durée de six mois seulement sous pression des Etats-Unis, pour lesquelles un mandat court poussera les parties à revenir à la table de négociations.
Le 29 septembre, Horst Kohler, qui a effectué en juin une seconde tournée régionale, invite le Maroc, l'Algérie, le Polisario et la Mauritanie à des discussions les 5 et 6 décembre à Genève pour une «table ronde» destinée à relancer les négociations.

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Les Etats acteurs dans le différend sur le Sahara occidental et le Front Polisario sont réunis à Genève. L'ONU souhaite que cette première discussion depuis six ans, entamée mercredi pour deux jours, aboutisse à la reprise de négociations formelles.

Autour de la table se sont retrouvés les ministres des Affaires étrangères marocain Nasser Bourita, algérien Abdelkader Messahel et mauritanien Ismaïl Ould Cheikh Ahmed de même que le président du parlement sahraoui Khattri Adouh. Aucune délégation n'a fait de déclarations à son arrivée.

De son côté, l'émissaire de l'ONU, l'ancien président allemand Horst Köhler, s'était dit récemment «encouragé» par sa tournée cet été dans la région. Il souhaite atteindre une solution «durable» et «mutuellement acceptée» pour l'autodétermination du Sahara occidental.

Les dernières négociations directes se sont achevées en 2012 sur des divisions liées au statut du territoire et au corps électoral pour un référendum. Mardi, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait appelé les parties à dialoguer «sans précondition».

Toutefois, les acteurs campent sur leurs positions. L'approche est de ne pas mettre «trop de pression et d'attentes» sur cette première rencontre, a affirmé une source diplomatique proche du dossier, cité par l'AFP, en soulignant les mauvaises relations entre Alger et Rabat.

Soutien algérien au Polisario

Soutenu par l'Algérie, le Front Polisario indépendantiste réclame un référendum d'autodétermination pour le Sahara occidental, une étendue désertique, seul territoire de l'Afrique au statut post-colonial non réglé. Le Maroc rejette toute solution autre qu'une autonomie sous sa souveraineté.

Cette année, l'Algérie avait fait savoir qu'elle refusait des négociations directes avec lui comme ce pays le souhaite depuis longtemps. Le conflit doit être réglé par les Sahraouis et le Maroc, estime Alger qui n'excluait toutefois pas d'«accompagner» les deux parties dans leurs discussions.

Rabat avait pris dès 1975 le contrôle de la majeure partie du Sahara occidental au départ de la puissance coloniale espagnole. Le Polisario, qui luttait contre la domination espagnole, y a proclamé en 1976 une République arabe sahraouie démocratique et combattu les troupes marocaines, jusqu'à un cessez-le-feu conclu en 1991 sous l'égide de l'ONU. L'émissaire de l'ONU, le Suisse Johannes Manz, avait ensuite démissionné pour protester contre les nouveaux critères pour le corps électoral.

Il y a quelques semaines, une membre du Comité suisse de soutien au peuple sahraoui avait souhaité à Genève que le droit international soit honoré. «Nous devrions repartir de cette situation qui est claire», a-t-elle dit. Un groupe de Genève de près de 180 ONG pour la protection des droits de l'homme au Sahara occidental s'est lui dit dans une lettre ouverte «inquiet» sur la volonté marocaine de discuter. (ats/nxp)

Créé: 05.12.2018, 21h29

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