Lundi 16 décembre 2019 | Dernière mise à jour 00:00

France «Gilets jaunes»: premier procès d'un policier

Le CRS avait été filmé en train de lancer un pavé vers des manifestants le 1er mai dernier à Paris. L'audience intervient dans un climat tendu.

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Il a été filmé en train de lancer un pavé vers des manifestants: pour la première fois depuis le début du mouvement des «gilets jaunes», un policier doit être jugé jeudi à Paris pour «violences volontaires».

Depuis un an et le début de ce mouvement inédit de contestation sociale, les plaintes dénonçant des «violences policières» ont afflué notamment dans la capitale mais c'est la première fois que l'une d'entre elles aboutit à un procès. Un deuxième doit suivre avant la fin de l'année à Paris.

Cette audience inédite intervient dans un climat tendu, quelques jours après le premier anniversaire du mouvement marqué par une flambée de violences samedi dans certains quartiers de la capitale.

«Dépositaire de l'autorité publique»

Jeudi, c'est un CRS qui doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris pour «violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique n'ayant pas entraîné d'incapacité».

Sur une vidéo partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux, on le voit entouré d'une dizaine de collègues et de policiers de la BAC prendre de l'élan et lancer un pavé en direction des manifestants. Les images ne montrent pas où a atterri le projectile.

La scène se déroule le 1er mai, en face de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans le 13e arrondissement de Paris, lors d'une journée d'action de nouveau marquée par de violents heurts dans la capitale. Les faits ont eu lieu vers 17h30, selon Laurent Bortolussi, journaliste de l'agence indépendante Line Press, auteur de la vidéo.

Prendre en compte le contexte

«Nous ne devons pas faire l'impasse sur la colère à laquelle les policiers ont été confrontés pendant plusieurs heures ce jour-là», a déclaré l'avocat du fonctionnaire, Me Laurent Boguet, qui souligne que son client était «immergé dans un combat avec des forces actives qui voulaient en découdre avec des policiers».

Quelques minutes auparavant, un policier avait été gravement blessé au visage après un jet de pavé d'un manifestant, non loin de la scène. «On aura le souci de retranscrire le comportement du fonctionnaire dans un contexte plus général», a ajouté le conseil, qui va plaider la relaxe et récuse tout dérapage.

Après les faits, l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), dont l'impartialité est régulièrement mise en cause par les «gilets jaunes», avait été saisie par le parquet de Paris.

Près de 70% des cas investigués

En tout, ce sont au moins 212 enquêtes qui ont été ainsi confiées à la «police des polices» à Paris, selon le parquet, dont certaines ont abouti à des classements sans suite. Des résultats dénoncés avec force par les blessés ou leur famille.

Lundi encore, l'IGPN a été saisie après la diffusion d'une vidéo montrant un manifestant touché à l'oeil par un projectile qui semble être une grenade lacrymogène samedi place d'Italie. Selon la compagne du manifestant de 41 ans, ce dernier a perdu l'usage de son oeil.

Dans près de 70% des cas, les investigations ont été achevées et les conclusions transmises au parquet de Paris pour qu'il décide des suites de la procédure. Les cas les plus graves ont donné lieu à des informations judiciaires confiées à des juges d'instruction.

Trois renvois en correctionnelle

C'est notamment le cas pour Jérôme Rodrigues, «gilet jaune» blessé gravement à l'oeil le 26 janvier, dont la plainte a abouti à l'ouverture d'une information judiciaire pour «violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique avec arme».

Au total, 372 procédures ont été enregistrées en France après des plaintes contre des forces de l'ordre, selon un décompte du ministère de la Justice transmis à l'AFP.

Parmi elles, 109 ont été classées sans suite et 29 ont fait l'objet de l'ouverture d'une information judiciaire. Trois renvois en correctionnelle de fonctionnaires - dont le CRS jugé jeudi - ont été ordonnés. Les autres procédures sont encore en cours de traitement, précise la Chancellerie.

Selon le décompte du journaliste indépendant David Dufresne établi avant la journée d'action de samedi dernier, 24 personnes ont été éborgnées depuis le début du mouvement. (ats/nxp)

Créé: 20.11.2019, 11h02

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