Dimanche 23 février 2020 | Dernière mise à jour 01:39

Décodage Il faut trouver un nom au coronavirus, et vite

Le nouveau coronavirus a besoin d’être baptisé, selon les standards de l’OMS. Mais la démarche ressemble à un vrai casse-tête.

Un chercheur livrant à une entreprise un kit pour le dépistage du coronavirus, à Tianjin.

Un chercheur livrant à une entreprise un kit pour le dépistage du coronavirus, à Tianjin. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le nouveau coronavirus a tué 106 personnes en Chine, en a infecté plus de 4500 et inquiète toute la planète. Mais il n’a toujours pas de nom. Les autorités sanitaires vont certainement prochainement le baptiser officiellement mais la démarche est délicate et compliquée. Explications en sept questions.

N’est-il pas nommé «2019-nCoV»?

Le nouveau virus est parfois nommé le «coronavirus de Wuhan» voire, en anglais, le «virus de la pneumonie du marché aux fruits de mer de Wuhan». Mais ça n’a rien d’officiel. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) le désigne sous le terme «2019-nCoV». Mais précise que c’est une appellation temporaire. Et pour cause, ce n’est en fait pas un nom. 2019 désigne l’année durant laquelle il a été détecté. CoV est une abréviation de coronavirus – une famille de virus qui, observés au microscope, semblent avoir une sorte de couronne. Et le «n» dit simplement qu’il est nouveau.

Va-t-il être baptisé?

Certainement. Par le passé, les «cousins» du virus actuellement responsable d’une épidémie de pneumonie virale ont été baptisés. MERS pour le syndrome respiratoire du Moyen-Orient. Et SRAS pour le syndrome respiratoire aigu sévère. Tous deux étaient des coronavirus.

Qui peut lui donner un nom?

Habituellement, les premiers scientifiques qui isolent un virus peuvent lui trouver un nom, qui doit ensuite être avalisé par le Comité international de taxonomie des virus. Mais pour les épidémies, l’OMS «s’en mêle». Ainsi, l’Organisation mondiale de la santé avait choisi le terme SRAS et avait participé aux négociations débouchant sur le MERS. Pour le 2019-nCoV, un comité devrait être constitué par l’OMS pour baptiser le virus, selon le site d’information spécialisé américain Stat. Mais on ne sait pas quand ni si ces experts baptiseront seulement le virus ou aussi la maladie qu’il provoque.

Pourquoi est-ce «urgent»?

Ce ne serait pas forcément gravissime mais si les autorités sanitaires ne nomment pas le nouvel agent pathogène, un nom va s’imposer de lui-même, dans la population et les médias généralistes. Et il ne plaira pas forcément à tout le monde. Or il sera ensuite compliqué voire impossible de le substituer par un autre.

Pourquoi est-ce délicat?

Un nom de virus peut heurter des sensibilités. L’exemple le plus connu est celui de l’épidémie de grippe A (H1N1), en 2009. On l’a d’abord appelée grippe porcine ou grippe mexicaine. Mais des éleveurs de porcs s’étaient insurgés qu’on stigmatise leur métier. Et des instances officielles mexicaines étaient outrées qu’on stigmatise leur pays... L’OMS avait finalement tranché pour A (H1N1).

Est-ce vraiment important?

Nommer le virus n’est pas primordial par rapport aux urgences sanitaires mais l’OMS estime que c’est important. «Certains pourraient penser qu’il s’agit là d’une question anecdotique, mais la dénomination des maladies a une importance réelle pour les personnes directement touchées», avait plaidé en 2015 Dr Keiji Fukuda, sous-directeur général en charge de la sécurité sanitaire à l’OMS. «On a déjà vu des noms de maladies déclencher des réactions brutales à l’encontre des membres de certaines communautés ethniques ou religieuses, créer des obstacles injustifiés aux déplacements, au commerce et aux échanges, et provoquer l’abattage inutile d’animaux destinés à la consommation. Cela peut avoir de graves conséquences sur la vie des gens et sur leurs moyens d’existence.»

Alors quelle est la recette pour nommer un virus?

Pas de terme qui renvoie à une ville, région ou pays. Pas de terme renvoyant à une filiale économique ou une espèce animale. Mais ça va plus loin: en 2015, l’OMS a publié un guide des «meilleures pratiques de dénomination des nouvelles maladies infectieuses humaines». Il s’agit d’un document de trois pages, en anglais. On y lit qu’il ne faut pas non plus utiliser un nom – la maladie de Creutzfeldt-Jakob est citée comme exemple à ne pas suivre. Ni une population, une occupation ou un métier: pas de «légionnaires, mineurs, bouchers, cuisiniers, infirmières». Par contre, le nom peut contenir des termes sur le groupe touché, «maternel, pédiatrique», une notion temporelle, «hivernal, saisonnier», une référence à l’environnement, «océanique, côtier» ou une année de découverte. Ce sera tout? Non: le nom du virus doit aussi être «court et facile à prononcer»…

Renaud Michiels

Créé: 28.01.2020, 14h28

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.