Dimanche 12 juillet 2020 | Dernière mise à jour 05:17

Japon-Liban Interpol réclame Carlos Ghosn au Liban

Une demande d'arrestation de l'ex-patron de Renault-Nissan est parvenue à la justice libanaise. Le domicile du magnat déchu a été perquisitionné au Japon. La Turquie enquête.

Les télévisions nippones ont montré jeudi des images d'inspecteurs entrant dans la maison de Tokyo habitée par Carlos Ghosn.
Vidéo: Keystone

Carlos Ghosn affirme avoir organisé «seul» son départ

L'ex-patron de Renault-Nissan Carlos Ghosn a affirmé jeudi avoir organisé «seul» son départ du Japon où il est poursuivi pour des malversations financières, vers le Liban, niant toute implication de sa famille.

«Les allégations dans les médias selon lesquelles mon épouse Carole et d'autres membres de ma famille auraient joué un rôle dans mon départ du Japon sont fausses et mensongères. C'est moi seul qui ai organisé mon départ. Ma famille n'a joué aucun rôle», explique M. Ghosn, dans un court communiqué reçu par l'AFP.

Ghosn pas extradé s'il vient en France

Carlos Ghosn ne sera pas extradé s'il vient en France, a affirmé jeudi la secrétaire d'Etat française à l'Economie, Agnès Pannier-Runacher, sur la chaîne BFMTV.

«Si Mr Ghosn venait en France, nous n'extraderons pas Mr Ghosn, parce que la France n'extradie jamais ses nationaux; donc nous appliquons à Mr Ghosn comme à Monsieur tout le monde les mêmes règles du jeu mais cela ne nous empêche pas de penser que Mr Ghosn n'a pas à se soustraire à la justice japonaise», a-t-elle dit.

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Le Liban a reçu une demande d'arrestation d'Interpol pour Carlos Ghosn, le magnat de l'automobile déchu ayant fui le Japon pour Beyrouth, a annoncé jeudi le ministre libanais de la Justice.

«Le Parquet général [...] a reçu une notice rouge d'Interpol concernant le dossier Carlos Ghosn», a indiqué Albert Sarhane, cité par l'agence de presse officielle ANI. Au terme d'une fuite rocambolesque, l'ex-patron de Renault-Nissan est arrivé lundi au Liban, où son lieu de résidence reste inconnu.

Interpol n'émet pas de mandats d'arrêt et ne peut déclencher ni enquêtes ni poursuites, mais les pays membres et les tribunaux internationaux peuvent demander la publication de «notices rouges».

Ces avis de recherche internationaux s'appuient sur des mandats d'arrêt nationaux, dont les informations qu'ils contiennent sont transmises aux autres membres via une base de données sécurisée.

Perquisitions au Japon

Par ailleurs, une perquisition a eu lieu jeudi au domicile provisoire de Carlos Ghosn à Tokyo et plusieurs personnes ont été interpellées en Turquie, où une enquête est ouverte pour comprendre comment l'ex-patron a réussi à s'enfuir au Liban en passant par Istanbul. Carlos Ghosn est soupçonné par les procureurs japonais d'avoir utilisé à son arrivée un deuxième passeport français en sa possession.

Les télévisions nippones ont montré jeudi des images d'inspecteurs entrant dans la maison de Tokyo habitée par l'ancien patron de Renault et Nissan jusqu'à sa mystérieuse fuite.

Arrestations en Turquie

Les autorités turques ont interpellé jeudi sept personnes soupçonnées d'avoir aidé l'ancien patron de Renault-Nissan Carlos Ghosn à se rendre au Liban depuis Istanbul, après sa fuite spectaculaire du Japon où un procès l'attendait.

Selon l'agence de presse DHA, la police a interpellé et placé en garde à vue quatre pilotes, deux personnels au sol et le cadre d'une compagnie aérienne de cargo privée, soupçonnés d'avoir aidé M. Ghosn à se rendre au Liban depuis un aéroport d'Istanbul.

Le ministère de l'Intérieur a ouvert une enquête pour déterminer les conditions dans lesquelles M. Ghosn a pu transiter par la capitale économique turque, et s'intéresse en particulier à deux vols considérés comme suspects, d'après DHA.

Deux passeports français

Par ailleurs, une source proche du dossier a confirmé jeudi que Carlos Ghosn avait non pas un mais deux passeports français, dont un sur lui.

Selon la source contactée par l'AFP, trois passeports (un français, un libanais et un brésilien) sont conservés par ses avocats dans un coffre, mais une autorisation exceptionnelle du tribunal lui permettait d'avoir sur lui ce deuxième passeport français, enfermé dans une sorte d'étui (boîte ou sacoche, le type n'est pas précisé) qui restait en sa possession mais dont la clef (un code secret) était également détenue par ses avocats.

Ce document lui tenait lieu de visa de court séjour dans l'archipel et il devait donc l'avoir à portée de main pour ses déplacements internes, a expliqué la même personne. M. Ghosn n'avait pas le droit d'aller à l'étranger, mais il vivait relativement libre de ses mouvements à l'intérieur du Japon, moyennant quelques restrictions de durée de séjour hors de la capitale. Cette disposition légale est valable aussi pour d'autres personnes étrangères en liberté conditionnelle dans l'archipel, a souligné la source.

En cas de contrôle, il devait contacter l'avocat détenteur du code pour que celui-ci se déplace (il ne pouvait se contenter de donner le code par téléphone à un policier), selon la même source.

Pas de Carlos Ghosn enregistré

Ce passeport, Carlos Ghosn ne l'a pas utilisé pour partir, car les autorités japonaises n'ont pas de données informatiques indiquant qu'il se serait présenté sous sa réelle identité aux contrôles aux frontières du Japon avant son départ, dans aucun des aéroports du pays.

Il est donc soupçonné d'avoir employé un «moyen illégal» de sortie du territoire (sous une autre identité ou en échappant aux contrôles), souligne la chaîne publique de télévision NHK citant des sources proches des enquêteurs.

Par hypothèse, il aurait pu se trouver dans des bagages non passés aux rayons X, ce qui est possible dans le cas d'un avion privé, ou avoir bénéficié d'une aide diplomatique pour éviter les contrôles habituels, expliquent des médias nippons.

Au Japon, les contrôles d'entrée et sortie du territoire sont toutes enregistrées dans un système informatique, avec qui plus est prise de photo et empreintes digitales pour les étrangers. En revanche, ce deuxième passeport français aurait pu être sorti de force de son étui et présenté à son arrivée pour les formalités habituelles.

Selon une source à la présidence libanaise, le patron déchu est entré dans le pays, en provenance de Turquie, avec un passeport français et sa carte d'identité libanaise. En outre, pour sa fuite, Carlos Ghosn est soupçonné d'avoir emprunté un jet privé parti de l'aéroport du Kansai (ouest).

Un petit avion de ce type a décollé le 29 décembre vers 23 h (heure locale) de cette infrastructure cogérée par les groupes français Vinci et japonais Orix, en direction d'Istanbul, ont indiqué les médias locaux.

La fuite de Carlos Ghosn a provoqué la consternation au Japon où il était jusqu'à son arrestation en novembre 2018 qualifié de «patron charismatique sauveur de Nissan» même si son aura avait pâli ces dernières années. Son départ illégal a aussi sidéré son équipe de défense qui juge cette attitude «inexcusable», même si elle dit comprendre les raisons de son mécontentement vis-à-vis de la justice japonaise. (afp/nxp)

Créé: 02.01.2020, 17h06

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