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Débat «J’ai offert la mort à mon fils», le livre qui fait polémique

Il y a plus de trente ans, une Française a tué son fils de 3 ans, lourdement handicapé. Pour qu’il ne souffre plus, «par amour».

Anne Ratier a expliqué sur Konbini son terrible geste commis il y a 32 ans. Depuis, les critiques pleuvent.

Anne Ratier a expliqué sur Konbini son terrible geste commis il y a 32 ans. Depuis, les critiques pleuvent. Image: Konbini

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Le cas est terrible. Les réactions qu’il suscite violentes. C’est l’histoire d’un meurtre avec préméditation, un assassinat au sens de la loi française, un infanticide commis il y a trente-deux ans. Mais «par amour», jure Anne Ratier, qui révèle son lourd secret dans le livre: «J’ai offert la mort à mon fils».

Anne Ratier a donné une de ses premières interviews à Konbini. Son enfant Frédéric, raconte-t-elle, est né avec un cerveau «en grande partie détruit» à cause du manque d’oxygène. Elle décrit un bébé tétraplégique, pris de régulières crises d’épilepsie, incapable de parler comme de «comprendre d’où vient le bruit». Avec lequel elle estime qu’il n’était pas possible de communiquer.

«J’ai écrasé tout un tube de neuroleptiques»

Durant près trois ans, témoigne-t-elle, malgré une relation décrite comme «fusionnelle» avec Frédéric, elle a vécu une vie qui n’en était pas une. «Je devais déclarer forfait», note-t-elle sur Konbini. «J’ai écrasé tout un tube de neuroleptiques. Mis un peu de lait. Je lui ai fait prendre, petite cuillère par petite cuillère».

Son fils est alors tombé dans le coma. Et trois jours durant Anne Ratier et son mari ont vécu avec lui, le massant, le baignant. «C’était très contradictoire. Par moment je souhaitais qu’il se réveille. Je n’envisageais pas ma vie sans lui non plus. Il ne pouvait pas continuer. Mais je ne pouvais pas le laisser», se souvient-elle. Et de lâcher: «le 2 novembre 1987, le jour de ses 3 ans, il est mort».

«La vie doit avoir une dignité»

Depuis, plus de trente ans durant, Anne Ratier et ses proches ont gardé le secret. Qu’elle a aujourd’hui décidé de partager. Elle assure n’avoir jamais regretté ce qu’elle a fait. «La vie doit avoir une dignité. Si on m’aime, si on tient à moi, c’est ce que je voudrais que l’on fasse pour moi», glisse-t-elle encore. «Il ne souffre plus.»

Voilà le drame et une décision vertigineuse sur la place publique. Mais les critiques ont rapidement fusé. D’abord pas à l’encontre du choix de cette mère mais du journaliste de Konbini qui l’a interviewée. Interrogé par «L’Express» Régis Aubry, professeur de médecine à Besançon, a ouvert les feux. «Votre confrère joue un mauvais rôle dans cette affaire. Il faut analyser, tenter de relier un acte avec un environnement. Là, on est dans l’excès émotionnel, le choc. Il y a quelque chose qui me semble presque malsain.»

Où était l'encadrement?

Secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel a également regretté le manque de recul de l’interview. «On l’a laissée seule avec un enfant polyhandicapé, sans accompagnement. C’était il y a plus de 30 ans mais nous devons encore avancer sur la question du polyhandicap. Il faut agir tôt», a-t-elle commenté.

Juriste et militante pour les droits des personnes handicapées Elisa Rojas a été plus sévère encore. Pour elle, Konbini a permis à Anne Ratier de se «vanter de son acte» et même de «le rentabiliser».

L'enfant n'agonisait pas

Les critiques se sont ensuite portées sur Anne Ratier. Revenant sur le sujet ce vendredi sur France Info, Sophie Cluzel a tenu à souligner: «C’est une situation atrocement douloureuse, mais rien évidemment ne justifie qu’on puisse donner la mort à un enfant». Et de préciser qu’on n’est pas ici dans un débat sur l’euthanasie: «l’enfant n’était pas agonisant. Il était tout simplement lourdement handicapé».

Le portail handicap.fr se fait l’écho de réactions encore plus outrées. Comme celle d’Adrien Taquet, secrétaire d’État en charge de la protection de l’enfance: «Quand plus d’un enfant meurt tous les cinq jours sous les coups d’un membre de sa famille, on ne banalise pas ces crimes. Rien ne justifie de tuer un enfant.»

Prescrit ou pas?

Des parents d’enfants handicapés, expliquent les médias français, dénoncent aussi désormais une «apologie du meurtre, totalement handiphobe». Et la formulation «d’offrir la mort» passe également particulièrement mal.

Anne Ratier va-t-elle regretter ses aveux? Le débat n’en est qu’à ses débuts. Et l’affaire pourrait même prendre un tour judiciaire. La prescription pour le «crime» de la Française est de trente ans, a-t-on d’abord lu. Elle ne risque donc pénalement plus rien. Sauf que des spécialistes du droit estiment maintenant que la prescription intervient dix ans «à compter de la majorité de la victime» et qu’Anne Ratier pourrait donc être poursuivie pour assassinat.

Créé: 08.03.2019, 18h01


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