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Médias «L’Élysée était plus enquiquinant»

Darius Rochebin a interviewé le président russe. Il raconte les coulisses de cette rencontre qui déplaît à certains.

Darius Rochebin a-t-il eu raison de donner la parole à Poutine?

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Cela faisait environ cinq ans que Darius Rochebin tentait d’approcher Vladimir Poutine. Après quelques échecs lors de grands sommets, le journaliste de la RTS envoie une énième demande à l’équipe du Kremlin, profitant du tirage au sort de la Coupe du monde 2018 à Saint-Pétersbourg.

«Honnêtement, j’avais perdu espoir», reconnaît-il, contacté à son retour en Suisse. C’est donc cette cérémonie, samedi, qui a récompensé sa détermination et a donné naissance à l’interview diffusée hier soir au «19:30».

Non sans suspense

Quelques jours avant le jour J, Darius Rochebin n’obtient qu’un «peut-être». «Nous avons eu la confirmation ferme le jour même», raconte-t-il. L’interview se déroule dans une petite salle du palais Constantin, juste à côté de la soirée officielle. Vladimir Poutine est accompagné de son interprète – celui de la RTS a été refusé! – de son chargé de presse et d’un garde du corps «très costaud et très armé».

«La sécurité n’était pas si impressionnante», fait remarquer le journaliste, qui a dû communiquer ses thèmes à l’avance, mais qui n’a eu aucun interdit. «L’Elysée avait été plus enquiquinant.»

Darius Rochebin doit s’installer rapidement. Dans ces circonstances, il n’a pas tellement le temps d’appréhender ou de se laisser impressionner. Il est tout de même dans une position peu confortable en raison de ce oui tardif. D’autant plus qu’il n’a aucune idée du nombre de minutes à sa disposition. «Je suis parti sur des questions générales sur la course à l’armement, la FIFA, les Etats-Unis… pour ne pas entrer dans des détails.»

Finalement, le journaliste obtient 30 minutes. «Il s’est montré très courtois, ponctuel et souriant, alors que l’on dit qu’il fait attendre longtemps ses interlocuteurs et qu’il est glaçant.» Les chants russes traditionnels filtrent de la pièce d’à côté pendant que Vladimir Poutine parle de la défense de la Russie. «Ce regard bleu et ce fond sonore… Vous êtes dans l’ambiance!» commente-t-il.

Alors mission accomplie? «Les chefs d’Etat constituent une catégorie à part. Leur parole est tellement contrôlée! Mais, au milieu de la langue de bois, il y a toujours des moments de vérité qui apparaissent. On le sent ici à travers sa sympathie envers les partis antieuropéens, comme l’UDC ou certaines formations en Angleterre.»

Poutine a droit à la parole

Quant aux critiques qui l’accusent de faire de la publicité à une personnalité infréquentable, il répond: «C'est dans la logique même du journalisme que de poser des questions aussi pertinentes que possible à des personnes aussi bien d’extrême gauche que d’extrême droite. La semaine dernière, nous avions Charles Adams, représentant de Barack Obama, qui exprimait une opinion contraire.»

Y a-t-il des personnes «ininterviewables» à ses yeux? «La limite, c’est quelqu’un, comme un membre de l’Etat islamique par exemple, qui formule des appels à la haine ou des incitations au meurtre.» Et Bachar el-Assad? «Oui, ce serait possible car il commet des atrocités, mais cela ne transparaît pas dans son discours.» En revanche, dans ce cas, le journaliste ferait très attention à contrebalancer les propos du dictateur syrien.

Créé: 28.07.2015, 06h30

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