Mercredi 18 octobre 2017 | Dernière mise à jour 06:30

Référendum L'Espagne chauffée à blanc

Arrestations, manifs: c’est l’escalade dans le conflit entre Madrid et les indépendantistes catalans. Comment en est-on arrivé là?

Les Espagnols de Suisse nous donnent leur avis. Propos recueillis par Laura Juliano

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Descentes de police pour saisir des bulletins de vote, arrestations de membres du gouvernement catalan: Madrid a décidé d’employer la manière forte pour empêcher la tenue, le 1er octobre, d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne, qu’elle juge illégal. Conséquence: les Catalans descendent par milliers dans les rues pour dénoncer la «répression» d’un État espagnol «totalitaire». Décryptage d’une crise qui pourrait encore s’aggraver.

De quand date l'envie d'autonomie?

Province, principauté ou unie avec le royaume d’Aragon, la Catalogne a, sans jamais être un État souverain, connu au fil des siècles un degré variable d’autonomie. L’un des plus élevés date de 2006, lorsque le Parlement national l’a définie comme une nation à l’intérieur de l’Espagne, où le catalan serait la langue préférentielle. Une question centrale dans l’identité régionale. Mais en 2010, le Parti populaire espagnol de Mariano Rajoy (conservateur) met le feu aux poudres en demandant au Tribunal constitutionnel de se pencher sur la légalité de ce statut. Résultat: la Catalogne n’est plus une nation, ni langue catalane préférentielle. Rien de tel pour réveiller les ardeurs séparatistes. Un million de Catalans descendent alors dans les rues. Devenu président du gouvernement espagnol en 2011, Mariano Rajoy refuse l’année suivante à la Catalogne un même statut fiscal que la communauté de Navarre et le Pays basque, qui gèrent eux-mêmes leurs impôts. Or la Catalogne estime que si elle croule sous les dettes, c’est en raison d’un système de redistribution des richesses injuste. Si elle contribue pour 21% aux recettes fiscales nationales, elle ne reçoit que 11% des investissements publics. Un sentiment d’inégalité qui est aussi au cœur de la revendication autonomiste.

Qu'est-ce qui a provoqué la crise actuelle?

Devenus pour la première fois majoritaires (en sièges mais pas en voix) au Parlement catalan en 2015, les partis indépendantistes lancent le processus pour devenir une république indépendante d’ici à 2017. Décision annulée par la Cour constitutionnelle, saisie une nouvelle fois par le Parti populaire. En juin 2017, le président régional catalan annonce l’organisation le 1er octobre d’un référendum pour savoir si la Catalogne doit devenir une république indépendante. Décision avalisée par le Parlement catalan à une courte majorité. Mais toujours jugée anticonstitutionnelle par Madrid. La confrontation se durcit alors.

Quelle est la stratégie des deux camps?

Madrid tente d’empêcher par tous les moyens la tenue de ce référendum. Elle a commencé par mettre la Catalogne sous tutelle financière en ne lui payant pas le 1,4 milliard mensuel qu’elle lui doit, empêchant ainsi que l’argent public finance la votation. Mercredi, 10 millions de bulletins de vote ont été saisis par la police lors de perquisitions et 14 membres du gouvernement régional arrêtés. Une répression jamais vue depuis Franco et qui a fait descendre les Catalans par milliers dans la rue. Un sentiment anti-Madrid que les indépendantistes vont tenter d’exalter encore.

Que souhaitent les Catalans?

En juin dernier, un sondage indiquait que 41,1% d’entre eux étaient pour que la Catalogne devienne un État indépendant, 49,9% contre. En revanche, 70% des Catalans veulent pouvoir voter sur la question, mais avec l’accord du gouvernement de Madrid. Sur les 948 maires de Catalogne, 750 ont accepté d’organiser le vote dans leur commune (79%). Le gouvernement central les menace de poursuites judiciaires, tandis que les élus qui ont dit non (surtout socialistes) se font injurier par les séparatistes.

Le référendum aura-t-il lieu?

La saisie de matériel de vote et les arrestations de politiciens vont «altérer son organisation», a reconnu hier le vice-président catalan, Oriol Junqueras. Qui a toutefois promis de tout faire pour qu’il ait lieu. Plusieurs quotidiens espagnols estimaient au contraire que l’opération de police avait porté un coup décisif à la tenue du scrutin. Mariano Rajoy, lui, persiste dans son attitude de refus absolu du référendum, une stratégie jugée de plus en plus contre-productive puisqu’elle attise le mouvement indépendantiste. Beaucoup de politiciens, dont les socialistes espagnols, estiment qu’il aurait été plus constructif de négocier une autonomie plus large à la Catalogne, évitant ainsi une telle fracture.

Que se passera-t-il en cas de oui?

Les séparatistes disent qu’ils déclareront aussitôt l’indépendance mais qu’une transition sera nécessaire pour devenir un État indépendant. Le gouvernement espagnol lui prédit un avenir économique sombre, avec un PIB qui chuterait de 30%. Le gouvernement catalan estime au contraire que pouvoir décider de sa politique fiscale et de ses investissements profitera à son économie. Restera encore à savoir si une Catalogne indépendante pourra toujours faire partie de l’Union européenne. Les traités en vigueur avec l’Espagne ne seront alors plus valides. Autre conséquence, le FC Barcelone ne ferait plus partie du championnat d’Espagne de football. Le club catalan a d’ailleurs apporté mercredi son soutien au référendum, arguant que l’empêcher serait une entrave au droit de décider. Enfin, si le peuple dit non, le degré d’autonomie de la Catalogne devra de toute façon être rediscuté. (Le Matin)

Créé: 22.09.2017, 10h00


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