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Fraude fiscale L'heure des réquisitions au procès Cahuzac

Après dix jours de procès, le parquet va demander des sanctions contre l'ancien ministre du Budget français.

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Des comptes en Suisse, à Singapour ou sur l'île de Man. Des montages toujours plus sophistiqués. Le parquet va demander mercredi 14 septembre des sanctions contre Jérôme Cahuzac, l'ex-ministre du Budget poursuivi pour avoir menti des années au fisc français.

L'ancien héraut de la lutte contre l'évasion fiscale est jugé depuis le 5 septembre pour fraude fiscale et blanchiment, ainsi que pour avoir minoré sa déclaration de patrimoine en entrant au gouvernement en 2012. Celui qui est à l'origine du plus retentissant scandale politico-financier du quinquennat encourt une peine de sept ans de prison et un million d'euros d'amende.

C'est aussi le procès d'un couple dans la tourmente, «conscient de l'illégalité» de montages toujours plus sophistiqués. Patricia et Jérôme Cahuzac ont reconnu une fraude «familiale», une plongée dans l'opacité offshore comme une fuite en avant, mais nié avoir construit «un système organisé».

Cahuzac a ménagé ses effets

Jusqu'au bout, Jérôme Cahuzac a ménagé ses effets. Prenant la parole mardi après-midi, il a affirmé n'avoir «pas menti au président les yeux dans les yeux» car François Hollande ne lui avait «jamais demandé» s'il avait «oui ou non un compte à l'étranger». L'Elysée a démenti.

Le premier jour du procès, l'ancien ministre avait fixé une nouvelle ligne de défense. A la surprise générale, il avait déclaré avoir ouvert un premier compte à l'Union des banques suisses (UBS) de Genève en 1992 par l'intermédiaire d'un ami pour «financer les activités politiques» de feu Michel Rocard.

Une affirmation inédite et une piste écartée par les juges d'instruction mais qui explique, pour le prévenu Cahuzac, toute son aventure «folle».

Stratégie risquée

Une stratégie risquée au procès du mensonge, celui d'un homme enferré dans ses secrets et dont la «vérité» sera jugée «sur pièces», comme l'a prévenu le président de la 32e chambre correctionnelle Peimane Ghaleh-Marzban.

Au fil des jours, l'ex-ministre devenu le fraudeur se faisant livrer du cash à Paris a livré ses secrets bancaires: l'ouverture dès 1993 d'un compte en son nom propre chez UBS, nom de code «Birdie». Compte très vite géré par la banque genevoise Reyl, qui organise en 2009 le transfert de tous les avoirs -- quelque 600'000 euros -- à Singapour, via des sociétés offshore enregistrées au Panama et aux Seychelles.

La banque Reyl a nié toute «volonté d'opacité», assurant n'avoir répondu qu'au désir de «confidentialité accrue» de son client.

Fraude familiale bien rodée

Patricia Cahuzac a décrit une fraude familiale bien rodée: «De même que je savais qu'il y avait un compte en Suisse - sur lequel j'avais procuration -, le compte à Man était pour nous deux, à nos deux noms», a dit l'ex-épouse. «On était très conscient de l'illégalité de tout cela.»

Le couple de médecins versera aussi, de 2003 à 2010, des chèques de patients de leur clinique d'implants capillaires sur les comptes de la mère du chirurgien gagné par le virus de la politique.

Cet argent a servi à acheter des appartements aux enfants, à Londres et à Paris, des tableaux, à payer de luxueuses vacances à l'île Maurice ou à La Baule. A eux deux, les Cahuzac ont subi un redressement majoré de plus de 2,5 millions d'euros.

Quand l'affaire éclate en décembre 2012, Jérôme Cahuzac, qui a «peur de tout perdre», nie. Il dira à la barre, la voix brisée, avoir «renoncé au suicide» pour «dire la vérité et en payer le prix».

Le ministre démissionne le 19 mars 2013, avoue le 2 avril. Trois ans et demi plus tard, il assume «une faute impardonnable». Et constatait mardi: «J'ai 64 ans, ma vie politique est terminée.» (afp/nxp)

Créé: 14.09.2016, 07h02

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