Lundi 17 décembre 2018 | Dernière mise à jour 15:06

Eglise Catholique La commission sur la pédophilie met le doute

L'annonce d'une commission «indépendante» sur la pédophilie dans l'Eglise ne fait pas que des heureux. Certaines personnes émettent des doutes sur le recrutement de ses membres.

Les évêques français ont annoncé jeudi une commission «indépendante» sur la pédophilie dans l'Eglise.

Les évêques français ont annoncé jeudi une commission «indépendante» sur la pédophilie dans l'Eglise. Image: Pascal Pavani/AFP

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Les évêques français ont annoncé jeudi une commission «indépendante» sur la pédophilie dans l'Eglise. Celle-ci a été prudemment saluée mais des précisions sur ses modalités d'action sont attendues.

A ce stade, cette instance doit «faire la lumière» sur les abus sexuels sur mineurs dans l'Eglise depuis 1950 et «évaluer les mesures prises depuis les années 2000», selon l'annonce faite par la Conférence des évêques de France, mercredi à Lourdes. Avec, à la clé, un rapport, rendu «d'ici 18 mois à 2 ans».

La personnalité qui la présidera - sa nomination pourrait intervenir à la mi-novembre - sera chargée de «la mettre en place, d'en nommer les membres et d'en préciser le périmètre».

«Nous attendons (...) de savoir quelles seront les modalités et le cadre pour l'action de cette commission, et quels moyens humains et financiers vont être alloués», ont déclaré les sept victimes reçues le week-end dernier à Lourdes, dans une déclaration commune transmise à l'AFP. Satisfaites de la démarche, elles restent «prudentes sur la suite», résume l'une d'entre-elles, Olivier Savignac.

«Quel recrutement des membres ? Quelles compétences ? Y aura-t-il une ouverture sans restriction aux archives diocésaines ? C'est encore flou à ce stade», observe Jean-Louis Schlegel, sociologue des religions, qui salue «une bonne intention», mais souligne également, au sujet de la question des moyens, que «l'Eglise de France n'est pas considérée comme riche, ce n'est pas l'Eglise allemande ou américaine».

Interdisciplinarité essentielle

«Pour assurer son indépendance, la nomination de ses membres doit être déléguée à une autorité indépendante, et la présidence assurée par une personnalité laïque sans lien d'obéissance ou de subordination avec l'Eglise ou une organisation qui lui serait liée», a estimé Témoignage Chrétien, qui avait été à l'origine d'un appel de personnalités en faveur d'une commission d'enquête parlementaire sur les actes de pédophilie dans l'Eglise, rejetée mi-octobre au Sénat.

«L'interdisciplinarité de ses membres sera essentielle», juge Olivier Bobineau, sociologue et auteur du livre «Le sacré incestueux, les prêtres pédophiles» publié en 2017 (avec deux autres auteurs). Il faudra une approche «à la fois juridique, ecclésiologique [sur la structuration et l'organisation de l'Eglise], psychologique, sociologique, historique et enfin politique» pour traiter du sujet.

Intégrer les victimes

A cela s'ajoute la nécessité selon lui «d'associer les victimes, comme membres de la commission, car elles mettront au cœur des échanges les dimensions affective ou émotionnelle et spirituelle, dimensions fondamentales pour elles et l'institution catholique».

L'avocat Jean-Pierre Mignard, qui faisait partie de l'appel de Témoignage Chrétien, plaide lui pour que les associations de victimes aient aussi leur mot à dire dans la composition de cette instance.

Réparation financière

La semaine dernière, le porte-parole de la CEF, Mgr Ribadeau Dumas, avait cité la présence possible d'historiens, magistrats, spécialistes de l'enfance, de sociologues et d'un «canoniste». Il avait dressé le parallèle avec une instance confiée en 1989 à l'historien René Rémond par l'archevêque de Lyon, le cardinal Decourtray, pour faire la lumière sur le soutien apporté par les milieux de l'Eglise au milicien Paul Touvier, collaborateur du régime de Vichy.

Au-delà de la commission, les personnes abusées s'interrogent sur l'annonce, faite mercredi également par les évêques, d'un «geste financier». Un terme «vague et réducteur», disent les victimes de Lourdes dans leur déclaration, même si elles se félicitent que la question soit évoquée. Elles «demandent explicitement une juste réparation financière des préjudices et frais subis, avec reconnaissance du statut de victime».

«Face à l'ampleur du fléau et au traumatisme subi», «le mot 'geste financier' ne sonne pas très bien», a aussi déploré François Devaux, président de l'association La parole libérée. (ats/nxp)

Créé: 10.11.2018, 08h38

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