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Attentats Les dessinateurs minés par l'actu

Le caricaturiste de «Nice-Matin» est tellement écœuré qu'il refuse de dessiner sur le drame. Un ras-le-bol partagé par ses confrères.

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«A un moment, il faut savoir s’arrêter.» Christophe Faraut, alias Faro, qui tient le crayon pour le quotidien Nice-Matin, a choisi d’utiliser les mots pour expliquer sa décision sur son blog du Huffington Post. Les dessins d’hommage larmoyants, ces «jérémiades sur papier», il en a marre. Il ne voit pas la pertinence. «Ça n’apporte plus grand-chose, c’est un peu grotesque.»

Le règne du cliché

Même constat de la part de Patrick Chappatte, qui dessine pour Le Temps et pour «International New York Times». Il critique leur ton «pleurnicheur, sans aucun second degré». Corinne Rey, dite Coco, régulière de Charlie Hebdo et contributrice à Blick, partage ce sentiment: «Les drapeaux qui pleurent, les colombes qui chialent des larmes de sang… J’ai mal à ma profession quand je vois ça. Les gens ont suffisamment de larmes et de douleur dans des drames pareils sans que de mauvais dessinateurs n’en rajoutent en plus dans leurs dessins.»

Faro dénonce aussi ceux qui se risquent à l’humour dans ces circonstances. Ben Marchesini, qui dessine sous le nom de Ben pour «Le Matin», approuve: «Le reste du temps, on essaie d’être drôle, mais, là, ça atteint un tel niveau d’atrocité que ce n’est pas possible de rire.» Pour d’autres, comme le Belge Pierre Kroll, le rôle des caricaturistes dans ces moments-là est justement de «venger par l’humour», de se moquer des terroristes et du discours des politiciens qui cherchent à récupérer les événements à leur avantage. Coco va même plus loin que la simple dérision et plaide pour un dessin engagé, politique, qui permet de faire naître «une vraie réflexion».

Un dessin dans l’urgence

Fournir une incitation à la réflexion plutôt que du «prêt-à-porter émotionnel» à partager. Pour Chappatte, c’est un nouveau rôle qui a été attribué au dessinateur de presse avec ces drames: il faut livrer dans l’immédiat du matériel pour remplir les galeries de dessins, que les gens vont s’échanger intensivement sur les réseaux sociaux. Un rôle qui le laisse perplexe. «Il faudrait au contraire attendre pour prendre de la distance et avoir un regard décalé. A chaud, dans les premières 24 heures, il n’y a pas de bons dessins.»

Igor Paratte, alias Pigr, de l’hebdomadaire satirique Vigousse, désapprouve également cette course contre la montre. «Certains dessinateurs sont dans les starting-blocks pour être les plus rapides. Il faut trouver le truc que les autres n’ont pas fait, sans tomber dans les raccourcis faciles et alimenter les discours de bistrot…» Kroll redoute aussi cette pression, qui, pour lui, ne mène pas à des dessins réussis. «C’est peut-être cynique, mais, dès qu’un événement survient, le premier truc qu’on se dit, c’est: «Merde, il va falloir que je fasse un dessin!»

Ils ne diraient pas non à quelques jours de répit pour laisser passer le pic émotionnel, mûrir les idées et avoir un peu plus d’informations sur l’événement… pour enfin sortir le bon dessin. Même Faro n’exclut pas de reprendre le crayon pour Nice-Matin plus tard, quand l’envie reviendra. «Et qu’il y aura réellement quelque chose à dire.»

Créé: 25.07.2016, 13h10

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