Samedi 6 juin 2020 | Dernière mise à jour 17:59

Témoignage «Mohamed était un garçon sensible»

Dans les banlieues toulousaines, Me Christian Etelin est surnommé «Robin des beurs». Il évoque son défunt client et sa dérive.

Me Christian Etelin

Me Christian Etelin Image: AFP

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Dès 2006, cet avocat a défendu Mohamed Merah devant la justice comme d’autres délinquants issus de l’immigration avant lui. Il parle de son client, de ses dérives et de sa fin sanglante.

Votre réaction à la mort de votre client Mohamed Merah?

C’est une tragédie dans la tragédie qu’il avait lui-même initiée. Les policiers auraient pu utiliser d’autres méthodes pour amener Mohammed à une reddition paisible. Pour moi, il n’y a pas eu de véritable dialogue susceptible de le sortir du jusqueboutisme et de la réalité autistique dans lequel il s’était enfermé. Les policiers auraient pu trouver d’autres intermédiaires qui l’auraient amené à se rendre. J’aurai pu être l’un d’entre eux.

Vous aviez rencontré Mohamed Merah il y a trois semaines. Quelle impression vous avait-il fait?

C’était le 24 février dernier. Il comparaissait pour une vieille histoire de conduite sans permis et avait écopé d’un mois de prison ferme. Son attitude donnait l’impression qu’il avait mûri. Il comprenait parfaitement qu’il devait rendre des comptes à la société pour ses délits. Il venait de célébrer des fiançailles et était plein de projets. Il parlait de retrouver un emploi dans la carrosserie, de vivre sa vie de couple et de fonder une famille. Rien ne laissait présager ce qui s’est passé. D’autant que sa peine devait finalement prendre la forme d’un travail d’intérêt général.

Rien n’annonçait donc ce qui a suivi?

Rien. Jamais il n’a semblé particulièrement intéressé par la religion ou la politique. Il était de plein-pied dans la modernité. Sa vie était celle d’une certaine jeunesse d’aujourd’hui, fascinée par la société de consommation qui est la nôtre, aimant la fête, les sorties avec les copains ou avoir de beaux habits. Il était jovial, assez transparent et ne semblait pas dominé par le désir de garder un quelconque secret. Je comprends désormais qu’il était aussi un jeune homme tout autre que celui qu’on a connu. Le mythe du Docteur Jekyll et Mister Hyde est terriblement présent dans sa trajectoire. Quand j’ai appris par ses amis qu’il avait fait un séjour en Afghanistan, ça m’a étonné car ça ne collait pas avec l’image qu’il me renvoyait.

Se sentait-il Français?

Complètement. En sortant de prison en 2010, il avait même sincèrement un temps cru pouvoir donner un sens à sa vie en s’engageant dans l’armée. Il a été logiquement refusé à cause de son casier. Pour lui, c’était un échec de plus. Il a alors eu l’impression qu’il ne parviendrait pas à être reconnu et à trouver une place dans la société française.

Avez-vous constaté sa violence?

Un peu. Notamment car l’affaire qui lui avait valu la prison était un vol en réunion avec violence. Lui et un ami avaient volé le sac d’une dame sortant de la banque et l’avait secoué pour cela. De plus, certains copains craignaient ses réactions. En bref, c’était un jeune de cité qui savait se défendre et luttait pour la reconnaissance. Par la violence s’il le fallait. violent mais sans plus. Compte tenu de ses failles, il nourrissait un certain mal-être.

Que dire de ses proches?

Devant moi, sa maman déplorait effectivement de n’avoir aucune influence sur lui. Tout comme sa sœur ainée qui se démenait pour l’influencer dans le bon sens. Sans succès. Le père, lui, était absent y compris avant le divorce. Il était un peu marginal, avait tâté d’un peu de prison et ne représentait pas un pôle clair et sécurisant pour Mohamed. Son frère aujourd’hui en garde à vue? Je l’ai très peu connu.

Vous semblez plein d’empathie pour ce jeune malgré ce qu’il a fait…

Pas particulièrement. Je m’intéresse beaucoup à ce que vivent ces jeunes un peu ghettoïsé des cités et à comment ils entrent en délinquance. Mon rapport avec lui était teinté de bienveillance. Le même que celui que j’entretiens avec d’autres clients du même profil. Ce garçon était sensible, intelligent, complètement opposé à ce qu’il a aussi révélé être ces derniers jours. Il aimait bien parler et j’avais plaisir à partager avec lui.

Créé: 22.03.2012, 16h53