Lundi 9 décembre 2019 | Dernière mise à jour 18:44

France Partie en Syrie avec ses enfants: elle va en prison

Une femme radicalisée avait quitté la France avec trois fillettes de 3 à 5 ans et un bébé de trois semaines. Elle a été condamnée à 14 ans de prison.

La cour d'assises spéciale de Paris a condamnée une mère de famille partie en Syrie avec ses quatre jeunes enfants.

La cour d'assises spéciale de Paris a condamnée une mère de famille partie en Syrie avec ses quatre jeunes enfants. Image: archive/photo d'illustration/AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Une «participation en connaissance de cause à une entreprise criminelle (...) sanguinaire»: la cour d'assises spéciale de Paris a condamné vendredi à 14 ans de prison une mère partie en Syrie en 2014 avec son compagnon et quatre jeunes enfants.

Face à des faits «d'une particulière gravité», «seule une peine ferme significative pouvait être prononcée», a estimé le président. Jihane M., 38 ans, était jugée depuis lundi pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, soustraction d'enfant et délaissement de mineur.

Les magistrats professionnels ont suivi les réquisitions de l'avocat général, qui avait décrit plus tôt l'accusée comme une personnalité d'un «égocentrisme effroyable», n'ayant montré «à aucun moment une capacité d'empathie».

Jihane M. est apparue visiblement choquée à l'annonce du verdict. «Nous considérons la peine comme totalement disproportionnée, et nous allons évidemment interjeter appel» ont déclaré ces deux avocats, Me Clémence Witt, et Me Florian Lastelle.

Présumé mort au combat

En août 2014, Jihane M. avait quitté l'Isère avec son compagnon Eddy L., radicalisé comme elle, et aujourd'hui présumé mort au combat en Syrie, en compagnie de trois fillettes nées de leurs précédentes unions - âgées alors de 3 à 5 ans - et de leur bébé de trois semaines. Ils avaient rejoint l'organisation djihadiste Etat islamique (EI) à Raqa.

Elle avait été interpellée le 10 octobre 2016 à l'aéroport de Roissy alors qu'elle rentrait de Syrie avec ses trois enfants, mais sans la fille de son compagnon. Nul n'a de nouvelles de cette fillette, Jana, depuis plus de trois ans.

«Ce départ en Syrie, ce n'est absolument pas un accident de parcours, c'est l'aboutissement d'années de radicalisation», avait martelé l'avocat général, en ajoutant : «La vie de leurs propres enfants n'importe pas tant que ça, en comparaison de leur projet (de départ en Syrie).»

«Je ne discerne aucune réelle volonté de retour avant 2016», avait souligné le magistrat, qui avait évoqué un dossier «bouleversant» en raison de l'émotion autour de la disparition de Jana.

Pour l'avocate de la mère de Jana, partie civile, Me Samia Maktouf, cette peine était «nécessaire pour une prise de conscience», et pour que Jihane M. «serve d'exemple aux autres mamans parties avec des enfants.»

Pas de «haine de la France»

La défense avait de son côté déploré l'absence d'examen psychiatrique approfondi pour Jihane M. «Notre cliente, devant vous, elle a le regard vitreux (...) à cause de tous les médicaments qu'elle prend. Elle est malade et traverse une dépression extrêmement sévère», avait expliqué Me Clémence Witt.

Selon la défense, cette dépression n'était pas récente, et datait même d'avant la radicalisation de leur cliente en 2011. Me Witt avait même indiqué que sa cliente avait développé une «pharmaco-résistance» aux anti-dépresseurs classiques et suivait aujourd'hui «un traitement de cheval».

Sa vulnérabilité, avait-elle ajouté, en a fait «une cible parfaite pour la petite bande de voisines radicalisées», à l'origine de la radicalisation de Jihane M.

Me Lastelle, quant à lui, avait principalement attribué le départ du couple en Syrie aux choix d'Eddy L. Même s'il ne veut pas «rejeter la responsabilité sur un absent, sur un mort», l'avocat estime ainsi que «le poids de son absence ne doit pas être porté par Jihane M».

Profonds regrets

La défense s'était aussi attardée sur l'absence de ressentiment envers la France : «Jamais Jihane M. n'a émis la moindre idée d'une haine de la France» avait affirmé Me Lastelle, en parlant d'un «échec (...) à s'intégrer dans cette société».

Dans ses derniers mots à la cour, l'accusée avait dit: «Je regrette profondément tout ce qu'il s'est passé». Elle avait également demandé pardon à la famille de Jana, à son ex-mari, et à sa famille qu'elle a «profondément blessée».

L'ex-femme d'Eddy L, Zahia B., partie à la même période en Syrie et également recherchée, était, comme lui, jugée par défaut par la cour d'assises spéciale. Trente ans de réclusion ont été prononcés contre Eddy L., et 10 ans contre Zahia B.

(afp/nxp)

Créé: 22.11.2019, 21h42

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.