Lundi 18 mars 2019 | Dernière mise à jour 20:56

Japon Verdict vendredi pour le baron déchu du bitcoin

Le français Mark Karpelès a dirigé au Japon la plateforme d'échange MtGox. Il est accusé d'avoir « floué l'entreprise » qu'il contrôlait.

Mark Karpelès,avec ses avocats. Il espère une condamnation pour «éviter de retourner en détention et de faire des travaux forcés».
Vidéo: AFP

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Mark Karpelès a plaidé à Tokyo son innocence dans l'utilisation frauduleuse de fonds de la plateforme d'échange de monnaie virtuelle MtGox, tombée en faillite, mais sera-t-il entendu? C'est vendredi qu'il connaîtra le verdict du tribunal.

Ce petit génie français de l'informatique, qui avait racheté MtGox en 2011 pour en faire un temps la plus importante Bourse de bitcoins, est accusé d'avoir utilisé son pouvoir de patron à son propre profit.

Pour «couvrir des frais personnels»

Il comparaît ainsi pour abus de confiance découlant de manipulation de données informatiques et de détournement de fonds commerciaux «dans le but de couvrir des frais personnels, avec manquement aux obligations découlant de sa charge», selon l'acte d'accusation.

La somme en question est de 341 millions de yens (2,7 millions d'euros actuels). Il est accusé de les avoir dépensés dans l'achat de droits de logiciels, mais aussi pour s'offrir un lit de luxe dans son appartement loué 1,4 million de yens (11.200 euros) par mois. «Je jure devant Dieu que je ne suis pas coupable», avait plaidé l'intéressé à la première audience, en juillet 2017.

Le parquet dit détenir les preuves d'un usage illicite d'argent via un jeu complexe de virements bancaires. Il a requis dix ans de prison contre ce jeune loup de l'internet, aujourd'hui âgé de 33 ans.

«La façon dont M. Karpelès a procédé est extrêmement vicieuse et il a totalement anéanti la confiance dans la Bourse d'échanges», a argué le procureur au tribunal en présentant ses réquisitions.

«Il faut que ses défenseurs aient présenté des preuves irréfutables pour obtenir un acquittement», prévient Satoshi Mihira, avocat du cabinet Mizuho Chuo. L'intéressé doute d'avoir totalement convaincu ses juges. «Ce que je peux espérer, c'est une condamnation légère qui m'évitera de retourner en détention et de faire des travaux forcés», confie M. Karpelès dans un entretien au quotidien français Les Echos paru mercredi.

- Mystérieux piratage -

Le verdict devrait être connu dans les toutes premières minutes de l'audience prévue vendredi à 10heures à Tokyo (2 heures du matin en Suisse). S'il est jugé coupable, il pourra faire appel et rester libre en attendant une nouvelle décision.

Mark Karpelès avait été arrêté par la police japonaise devant les caméras le 1er août 2015. Placé en garde à vue durant plusieurs périodes successives d'une vingtaine de jours, puis mis en détention provisoire, il a été libéré sous caution un peu moins d'un an plus tard. Son procès n'a débuté que mi-2017. Il a interdiction de quitter le territoire japonais.

Les faits reprochés à M. Karpelès avaient été découverts en marge d'une enquête qui visait à faire la lumière sur la disparition soudaine de quelque 850'000 bitcoins d'une valeur de 48 milliards de yens (350 millions d'euros à l'époque).

Le jeune entrepreneur avait ultérieurement dit avoir retrouvé quelque 200'000 bitcoins dans un lieu de stockage numérique déconnecté des autres ordinateurs.

Fin des transactions en 2014

MtGox avait selon son patron été victime d'une attaque informatique, ce que l'enquête japonaise n'a ni confirmé ni infirmé. Toujours est-il que la plateforme avait dû stopper ses transactions en février 2014. Elle constituait l'une des Bourses d'échange «historiques» du bitcoin, une monnaie créée sur ordinateur en 2009 par un mystérieux inconnu se faisant appeler Satoshi Nakamoto.

Depuis, des enquêtes distinctes menées à l'étranger font porter les soupçons de piratage de MtGox sur un certain Alexander Vinnik, un ancien opérateur de la plateforme BTC-e, également poursuivi pour blanchiment d'argent.

Avant Ghosn

Même si les deux histoires n'ont sur le fond rien à voir, l'affaire Karpelès offre des points de comparaison avec les démêlés judiciaires de l'ex-patron de Renault-Nissan Carlos Ghosn, compte tenu d'un parcours juridique qui présente des similarités: inculpation pour abus de confiance, détention prolongée, libération sous caution. M. Karpelès a dû payer 10 millions de yens (88.000 euros à l'époque), 100 fois moins que Carlos Ghosn, pour sortir de prison. C'est alors une silhouette métamorphosée, avec de nombreux kilos en moins, qui était apparue.

Il a ensuite retrouvé un travail et recommencé à intervenir sur les réseaux sociaux, notamment à y exprimer des doutes sur le bitcoin. Il a aussi répondu à quelques questions des médias, se montrant très critique sur son expérience des geôles japonaises, mais est resté plutôt discret sur l'affaire. (afp/nxp)

Créé: 14.03.2019, 08h10

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