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Phénomène À Londres, la musique tue

Le nombre de meurtres explose à Londres. Or, parmi les tueurs et victimes, on trouve beaucoup d’adeptes de la «drill music», une forme de hip-hop qui glorifie la violence.

Dans les clips de drill music, des gangs londoniens en menacent d'autres.

Dans les clips de drill music, des gangs londoniens en menacent d'autres. Image: Youtube/DR

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À Londres, beaucoup en ont aujourd’hui la certitude: la musique tue. La capitale britannique est en proie à une violence inédite. 62 meurtres depuis le début de l’année, principalement à l’arme blanche, détaillait hier «Le Monde». Et on dénombre 14 680 attaques au couteau depuis un an! Or, parmi les tueurs comme les victimes, on dénombre beaucoup d’adeptes de «drill music».

Il s’agit d’une forme de hip-hop importé de Chicago qui se caractérise par des paroles ultraviolentes et morbides qui célèbrent la drogue, les armes, la fureur. Ces rappeurs se filment souvent encagoulés, dans des lieux inquiétants, défiant ou menaçant des gangs rivaux. Mais il ne s’agit pas que de vidéos postées sur les réseaux sociaux. Régulièrement, les mots sont suivis d’actes. Et on retrouve un jeune ou très jeune homme baignant dans une mare de sang.

Il y a dix jours, Rhyhiem Ainsworth Barton, 17 ans, a été poignardé à mort à Kennington, dans le sud de Londres. Membre du groupe de rap Moscow17, il chantait qu’il allait «éclabousser» les types de Zone2, groupe rival d’un quartier voisin. Ce sont apparemment eux qui ont eu sa peau. Un cas parmi tant d’autres.

Le rythme comme une répétition

L’impact de la «drill music» a maintenant même été reconnu par des juges. Jermaine Goupall, 15 ans, a été poignardé à mort en août 2017. Ses tueurs avaient décrit leur futur meurtre dans un clip vidéo qui a pesé lors du jugement. «La musique jouait un grand rôle dans votre vie. (…) Je pense que vous attendiez d’avoir l’occasion d’une agression», leur a lancé le juge en février dernier. Les quatre ont pris entre 18 et 22 ans de prison incompressibles. «Le rythme qui était dans leur tête battait comme une répétition du passage à l’acte», a commenté le père de la victime. En avril, un autre juge avait souligné l’«influence pernicieuse du drill» dans le meurtre de Mahamed Hassan, 17 ans.

Il existe même dorénavant des peines en quelque sorte préventives. Ce lundi, a rapporté Reuters, cinq membres d’un gang londonien ont été condamnés pour avoir préparé une attaque au couteau et à la machette contre une bande ennemie. Eux aussi l’avaient mis en musique.

Reflet de la vie réelle

Portés par des tabloïds, des politiciens réclament le grand retour des «stop and search», ces contrôles qui avaient été limités car ils flirtaient souvent avec le délit de faciès. Et on pointe des coupables: des policiers pas assez zélés. YouTube qui ne supprime pas certaines vidéos.

Mais déjà un autre débat agite le Royaume-Uni. La «drill music» entraîne certains esprits à commettre le pire. Mais ne montre-t-elle pas avant tout la violence qui règne dans certains quartiers délaissés par la police ou par des services sociaux aux budgets toujours réduits? «Cette musique intense, violente et douloureuse» reflète le vécu de jeunes dans les quartiers défavorisés, estime le criminologue Anthony Gunter sur la BBC. Et de plaider: «Si la société veut qu’ils produisent de la musique belle, agréable et gentille elle doit investir dans leurs communautés.»

Créé: 15.06.2018, 18h08

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