Lundi 23 septembre 2019 | Dernière mise à jour 17:07

Diplomatie A Téhéran, Shinzo Abe veut atténuer la tension

En visite à Téhéran pour la première fois, le premier ministre japonais Shinzo Abe souhaite «contribuer à la paix au Moyen-Orient».

Shinzo Abe est le premier chef de gouvernement nippon à se rendre en Iran depuis la révolution de 1979.

Shinzo Abe est le premier chef de gouvernement nippon à se rendre en Iran depuis la révolution de 1979. Image: Keystone

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Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a affirmé mercredi à Téhéran la volonté de son pays de jouer un rôle important pour apaiser les tensions entre l'Iran et les Etats-Unis, tout en appelant la République islamique à «jouer un rôle constructif» au Moyen-Orient.

Arrivé dans l'après-midi dans la capitale iranienne pour une visite d'un peu plus de 24h, Shinzo Abe est le Premier chef de gouvernement nippon à se rendre en Iran depuis la révolution de 1979 ayant renversé le chah. Le Japon est un allié clef de Washington, ennemi juré de la République islamique, et entretient traditionnellement de bonnes relations avec l'Iran.

Sa visite intervient sur fond de tensions exacerbées entre l'Iran et les Etats-Unis, nourrissant des craintes de déflagration dans le Golfe, et d'inquiétude pour l'avenir de l'accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015, après le retrait des Etats-Unis de ce pacte en mai 2018.

«Personne ne veut d'une guerre. Le Japon souhaite jouer un rôle de premier plan pour faire baisser la tension», a déclaré Shinzo Abe après avoir été reçu par le président iranien Hassan Rohani. «Il faut à tout prix éviter le crépitement des armes», a-t-il ajouté, «la paix et la stabilité au Moyen-Orient sont indispensables à la prospérité non seulement de cette région, mais du monde entier».

«Guerre économique»

Le Japon, qui importait récemment encore 5% de son pétrole en provenance d'Iran, a dû renoncer à ces achats pour se conformer aux dernières sanctions américaines visant la République islamique. L'économie nippone est très dépendante du pétrole du Golfe et Tokyo attache historiquement une grande importance à la stabilité des approvisionnements.

Hassan Rohani, de son côté, a estimé que la «racine» des tensions dans la région était à chercher dans «la guerre économique des Etats-Unis contre l'Iran». «Lorsque celle-ci cessera, nous verrons un changement très positif dans la région et dans le monde», a-t-il assuré. «Nous ne déclencherons jamais une guerre, même contre les Etats-Unis, mais nous opposerons une réponse terrible si nous sommes attaqués», a néanmoins mis en garde Hassan Rohani, dont le pays est accusé par les Occidentaux d'exercer une influence «déstabilisatrice» au Moyen-Orient

Le président iranien a déclaré voir dans «l'intérêt du Japon à continuer d'acheter du pétrole à l'Iran et résoudre les questions financières» sur lesquelles butte Téhéran à cause des sanctions américaines, la «garantie» d'une amélioration à venir des relations déjà bonnes entre les deux pays.

Convergence de vues sur les «armes nucléaires»

Sur la question des ventes de pétrole iraniennes au Japon, Takeshi Osuga, le porte-parole du ministère japonais des Affaires étrangères, a néanmoins déclaré : «De ce que nous avons compris, c'est un souhait de la partie iranienne.» «Les achats de pétrole [à l'Iran relèvent] de la décision de sociétés privées. Je ne peux pas prédire leur décision», a-t-il ajouté.

Hassan Rohani a souligné une convergence de vues avec son hôte sur la question des «armes nucléaires» : «nos deux pays sont contre», a-t-il dit. Shinzo Abe a dit son «profond respect pour le fait que le guide suprême [iranien] l'ayatollah [Ali] Khamenei ait répété la fatwa [décret religieux, NDLR] disant que 'l'arme nucléaire et les autres armes de destruction massive sont contraires à [l'enseignement de] l'islam». Shinzo Abe doit rencontrer jeudi matin Ali Khamenei

Depuis la décision américaine de se retirer de l'accord de Vienne, le gouvernement du président Donald Trump a rétabli ou intensifié des sanctions économiques punitives contre l'Iran. Récemment, Washington a déployé d'importants moyens militaires dans le Golfe pour faire face à une présumée «menace iranienne».

Aura favorable

Selon le porte-parole du gouvernement japonais, Shinzo Abe a discuté de l'Iran au téléphone avec Donald Trump mardi, mais Tokyo a insisté avant le voyage sur le fait que le Premier ministre nippon n'allait pas à Téhéran pour «assurer une médiation entre l'Iran et les Etats-Unis»

Aux yeux de Téhéran, le Japon bénéficie d'une aura favorable en tant que pays ayant réussi à se moderniser sans renoncer à ses traditions et en conservant une forte identité culturelle.

La visite de Shinzo Abe à Téhéran survient au lendemain de la libération d'un Libanais, Nizar Zakka, détenu en Iran depuis 2015 et condamné à dix ans de prison pour «espionnage» au profit des Etats-Unis et deux jours après le passage à Téhéran du ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas.

Face aux conséquences de la politique américaine de «pression maximale» sur son économie, l'Iran a menacé en mai de s'affranchir progressivement de l'accord de Vienne, à moins que ses partenaires, en particulier européens, ne l'aident à contourner ces sanctions. En présence de Shinzo Abe, Hassan Rohani a néanmoins affirmé son attachement à la poursuite de l'accord de Vienne. «Ma principale préoccupation est que l'Iran respecte cet accord», a déclaré Shinzo Abe. (ats/nxp)

Créé: 12.06.2019, 18h07

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