Mercredi 20 mars 2019 | Dernière mise à jour 01:57

France Acte XIII: un «gilet jaune» a eu la main arrachée

Après trois mois de contestation, le mouvement des «gilets jaunes» est une nouvelle fois descendu dans la rue, samedi.

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Le mouvement des «gilets jaunes» se durcit

Le mouvement des «gilets jaunes» se durcit Né le 18 octobre 2018, le mouvement protestait contre la hausse des prix du carburant annoncé par le gouvernement qui, depuis, a reculé. Mais il représente une colère sociale plus large.

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Après presque trois mois de contestation, plus de 51'000 «gilets jaunes» ont manifesté en France pour leur acte 13, selon le ministère de l'Intérieur, une mobilisation en recul qui a été une nouvelle fois marquée par des incidents à Paris, où un manifestant a eu une main arrachée devant l'Assemblée nationale.

Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, contestés par les manifestants, 51'400 personnes au total se sont mobilisées dans l'hexagone, dont 4000 à Paris. Selon un bilan non définitif du «nombre jaune», un comptage fait par les «gilets jaunes» et publié sur une page Facebook, il y avait 111'010 manifestants en France samedi à 18H00. La mobilisation diminue globalement chaque samedi depuis mi-janvier, selon les chiffres de Beauvau: le 19 janvier, le nombre de «gilets jaunes» atteignait 84'000, ils étaient 69'000 le 26 janvier puis 58'600 le 2 février.

Ce mouvement inédit, né sur les réseaux sociaux de la contestation d'une nouvelle taxe dite «écologique», a essaimé depuis mi-novembre dans toute la France et poussé le gouvernement à des mesures sociales et au lancement d'un grand débat national. Dans la capitale, des incidents ont éclaté à l'arrivée du cortège devant l'Assemblée nationale, où un manifestant âgé d'une trentaine d'années a eu une main arrachée. Selon la préfecture de police, il a eu «quatre doigts arrachés».

La cause de la blessure reste incertaine. Mais, selon un témoin interrogé par l'AFP, il s'agit d'une «grenade de désencerclement», lancée par les forces de l'ordre, alors que des manifestants tentaient d'enfoncer les palissades protégeant l'Assemblée. Les manifestants ont à plusieurs reprises protesté contre la dangerosité de l'arsenal utilisé par les forces de l'ordre, notamment les grenades de désencerclement et les lanceurs de balles de défense (LBD) mis en cause dans plusieurs blessures graves.

Des incidents ont eu lieu sur le parcours de la manifestation, qui est arrivée vers 16H30 près de la Tour Eiffel, dans une ambiance très tendue. Du mobilier urbain et des distributeurs de banques ont été cassés, une dizaine de véhicules a été incendiée, principalement des voitures de luxe, mais aussi une voiture de la mission antiterroriste militaire Sentinelle.

Réagissant à ce dernier incident, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a dénoncé sur Twitter des «attaques intolérables» et exprimé son «indignation et dégoût». Le parquet de Paris a annoncé dans la soirée qu'un homme avait été placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête ouverte pour «destruction par incendie d'un bien d'utilité publique». À 20H00, la préfecture de police comptait 39 interpellations à Paris. Il y avait 21 personnes en garde à vue, selon le parquet de Paris.

Entre espoir et division

À Toulouse (sud) comme à Bordeaux (sud-ouest), des villes où la mobilisation a été très forte et marquée par des heurts plusieurs samedis d'affilée, des milliers de «gilets jaunes» ont manifesté. «C'est bien beau le grand débat, mais nous, on veut du concret, moins de taxes, plus de pouvoir d'achat. On sera là tous les samedis de l'année s'il le faut», disait Bernard, un logisticien de 56 ans à Lyon (sud-est), où plusieurs milliers étaient dans les rues.

À Dijon, autre place forte du mouvement, le cortège s'est élancé aux cris de «Macron démission». Emmanuel Macron «ne parle pas, il fait un monologue», a déclaré Nadine, 55 ans, qui ne croit pas au grand débat. Au moins 2000 personnes ont défilé à Lorient (ouest). Sur un gilet jaune était écrit : «produits alimentaires 8 à 10%, retraites et pensions -3,5%. On en a marre». «Macron démission, Castaner en prison», ont scandé des manifestants. Pour Eric, 40 ans, infographiste et maraîcher, «la revendication que je soutiens le plus, c'est le RIC (référendum d'initiative citoyenne). Il faut redonner le pouvoir de décider aux gens, comme en Suisse».

M. Castaner, dont la proposition de loi «anticasseurs» a été adoptée par l'Assemblée au prix de sévères remous dans la majorité, a été particulièrement visé par les manifestants. Controversée, cette loi, qui doit retourner au Sénat, prévoit des interdictions administratives de manifester, sous peine de six mois d'emprisonnement et 7500 euros d'amende. Ils étaient 1700 à manifester à Caen, 1500 à Marseille, autant à Montpellier, 1800 à Metz, entre 1500 et 2000 à Lille. Huit policiers ont été légèrement blessés par des jets de projectiles à Saint-Etienne (sud-est).

Le gouvernement a annoncé fin décembre 10 milliards d'euros de mesures sociales et fiscales et organisé un grand débat national sans réussir à apaiser ce mouvement très fragmenté, sans leader incontesté.

Très présent dans son grand débat, le président Macron a vu sa cote de popularité remonter. Mais selon un sondage diffusé jeudi, 64% des Français continuent de «soutenir» le mouvement des «gilets jaunes». Le numéro deux du gouvernement italien, Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles, a provoqué une crise diplomatique entre la France et l'Italie en rencontrant mardi des représentants des «gilets jaunes». (afp/nxp)

Créé: 09.02.2019, 18h46

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