Lundi 24 juin 2019 | Dernière mise à jour 17:23

Famille enlevée La motivation de Boko Haram serait crapuleuse

Les ravisseurs de la famille enlevée au Cameroun, qui se réclament du groupe Boko Haram, demandent la libération de prisonniers en échange des otages, mais leur véritable objectif pourrait être le versement d'une rançon.

Les otages sont apparus dans une vidéo lundi.

Les otages sont apparus dans une vidéo lundi. Image: youtube

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La vidéo publiée lundi sur internet, où les ravisseurs apparaissent avec leurs otages, contient certaines revendications que Boko Haram a déjà formulées ces derniers mois.

Ce groupe extrémiste, qui veut l'établissement d'un Etat islamique dans le nord du Nigeria, majoritairement musulman, est responsable de la mort de centaines de personnes dans le nord et le centre du pays depuis 2009.

Peu après l'enlèvement des sept Français dans le nord du Cameroun le 19 février, à proximité de la frontière nigériane, Paris a estimé que Boko Haram était bien l'auteur de cette attaque.

Mais la vidéo publiée sur YouTube marque un tournant pour les islamistes nigérians, ceux-ci n'ayant encore jamais revendiqué d'enlèvement d'étrangers occidentaux.

Boko Haram a besoin d'argent

Les spécialistes de la région pensent qu'il ne faut pas prendre ce document au pied de la lettre, la demande de libération de «frères» islamistes détenus au Cameroun et de «femmes» au Nigeria pouvant cacher une motivation crapuleuse non avouée.

«Boko Haram ne parle pas d'argent (publiquement) mais ils ont besoin d'argent», estime Kunle Amuwo, spécialiste du Nigeria au sein de l'organisation non-gouvernementale International Crisis Group.

«Je pense que dès que les négociations vont commencer, ils vont (formuler) une demande de rançon», ajoute-t-il.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a cependant écarté mardi toute négociation avec les ravisseurs, déclarant qu'«on ne négocie pas sur ces bases-là, avec ces groupes-là».

«Nous utiliserons tous les moyens possibles pour assurer la libération des otages, ceux-là ou les autres, c'est ce que nous faisons», a-t-il poursuivi.

Négociation financière

«Mais on ne joue pas à ce jeu de surenchères, parce que ça c'est le terrorisme».

Selon Marc-Antoine de Montclos, chercheur à l'Institut de recherche pour le développement à Paris, le groupe islamiste a été suspecté récemment de braquer des banques et d'enlever des hommes d'affaire nigérians contre rançon dans le nord-est du Nigeria pour financer son insurrection.

«Boko Haram est de plus en plus obligé de se financer localement par des activités criminelles. Et on sait très bien qu'aujourd'hui, la nationalité française se vend beaucoup mieux (que les autres) sur le marché de la rançon» estime Marc-Antoine de Montclos.

«C'est pourquoi je pense qu'il y a encore de la place pour une négociation financière», ajoute-t-il.Selon plusieurs spécialistes, la faction principale de Boko Haram, dirigée par Abubakar Shekau - un des trois Nigérians figurant sur la liste américaine des terroristes internationaux - n'était sans doute pas impliquée dans l'attaque initiale.

Les circonstances de l'enlèvement, survenu dans un parc national, où les mouvements de la famille étaient peu prévisibles, et le mode opératoire, des hommes armés à moto, laissent à penser qu'il s'agissait d'une «initiative locale, pas prévue», estime Marc-Antoine de Montclos.

Femmes détenues

Il est possible qu'une bande criminelle ait commis l'enlèvement dans l'intention de vendre les otages à un autre groupe mieux placé pour en tirer une rançon plus importante.

Un des trois ravisseurs présents sur la vidéo lit un commentaire en arabe dans lequel il condamne la «guerre contre l'Islam» menée par la France, une référence probable à l'intervention armée de la France au Mali.

«Si vous voulez que nous libérions ces citoyens français, libérez rapidement toutes nos femmes que vous détenez», dit-il plus tard, en s'adressant au président nigérian Goodluck Jonathan.

Les forces de l'ordre nigérianes ont été accusées à plusieurs reprises ces derniers mois d'arrêter et de détenir des femmes supposées être des épouses de membres de Boko Haram, selon Kunle Amuwo de l'ICG, et cette requête pourrait y faire référence.

Pour Marc-Antoine de Montclos, la référence aux femmes détenues au Nigeria pourrait faire partie d'une stratégie de défense de Boko Haram vis-à-vis d'une opinion publique musulmane choquée par la présence d'une femme et d'enfants parmi les otages.

Le message de Boko Haram pourrait donc être: «Puisque l'armée nigériane ne respecte pas les lois de la guerre et enlève nos femmes et nos enfants, alors nous non plus» estime-t-il. (afp/nxp)

Créé: 26.02.2013, 20h55


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