Mardi 2 juin 2020 | Dernière mise à jour 23:59

France Des albatros «espions» recrutés pour chasser les pêcheurs

Insolite, mais vrai: des chercheurs du CNRS veulent traquer les navires pratiquant la pêche illégale à l'aide de ces géants des mers.

Vaste oiseaux des mers et indolent compagnon de voyage, l'albatros suit les navires glissant sur les gouffres amers... et pourrait ainsi contribuer à la lutte contre la pêche illégale!

Vaste oiseaux des mers et indolent compagnon de voyage, l'albatros suit les navires glissant sur les gouffres amers... et pourrait ainsi contribuer à la lutte contre la pêche illégale!

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Ces prochaines semaines, des grands albatros vont aider à traquer les bateaux suspectés de pêche illégale dans les mers australes , grâce à un système de balise transmettant en quasi-simultané la localisation des navires qu'ils croisent.

Cette idée d'emploi indirect d'espion des mers est née dans le cadre d'un programme scientifique visant à préserver les albatros, dont la famille d'oiseaux est considérée comme «la plus menacée au monde», explique le Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC) du CNRS, en charge du projet.

Le CEBC a développé une balise dernier cri, mise au point avec une société néo-zélandaise qui, de manière classique, va renseigner sur le comportement des albatros, leur état, leurs déplacements, mais aussi va détecter les radars des bateaux croisés en route par les oiseaux.

Un point crucial, sachant que lorsqu'ils se livrent à des pêches illégales, des bateaux peuvent «éteindre» leur «système d'identification automatique» (AIS, qui permet d'identifier statut, position, route des navires) pour passer en mode discret. Par contre, ils ne peuvent naviguer sans radar, pour des raisons de sécurité.

«Or la moitié des bateaux qu'on détecte (lors des essais) n'ont pas leur AIS branché...» souligne M. Weimerskirch. Mais avec l'albatros et sa balise, qui «capte» le bateau à partir de 5 km. «On a la localisation du bateau une demi-heure après le contact». En cas de navire non déclaré dans une Zone économique exclusive (ZEE) ou un peu trop près, «l'information est fournie aux autorités, pour information et interception éventuelle», souligne la présentation d'Ocean Sentinel.

Entre novembre et mars, 150 premières balises vont être apposées sur des albatros des îles Crozet, Kerguelen et Amsterdam, dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), après des essais concluants début 2018.

Un patrouilleur des mers idéal

Le Grand albatros dispose de la plus grande envergure au monde (jusqu'à 3,50 m), et peut parcourir jusqu'à 20.000 km en 15 jours de voyage d'approvisionnement, ce qui fait de lui un «patrouilleur des océans» de premier ordre, explique M. Weimerskirch.

Il est en outre «facile d'accès, pas du tout farouche» (même s'il faut se méfier des coups de bec). C'est donc un collaborateur idéal pour fixer la petite balise de 70 grammes sur le dos de l'oiseau (de 10-12 kilos) avec un fort adhésif ou la récupérer. Un collaborateur durable, qui plus est: les plus robustes peuvent vivre 60-70 ans.

Et même s'il n'est qu'«une petite partie d'un programme de recherche» sur l'albatros, le projet du CEBC a déjà reçu des lettres d'intérêt, d'ONG internationales et bien sûr de l'administration TAAF. Et devrait s'avérer un outil précieux pour des commissions internationales de pêche. Ocean Sentinel, ou la revanche du "voyageur ailé", finalement ni si gauche, ni si veule. (AFP/Le Matin)

Créé: 22.10.2018, 06h52

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