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Etats-Unis Une classe ouvrière déçue par Trump?

De nombreux ouvriers industriels se sentent délaissés par le président américain avec la baisse du nombre d'emplois dans l'Ohio, un Etat-clé pour la prochaine élection présidentielle.

Des ouvriers de General Motors en grève à Lordstown, dans l'Ohio, le 16 octobre dernier.

Des ouvriers de General Motors en grève à Lordstown, dans l'Ohio, le 16 octobre dernier. Image: AFP

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Un braséro, quelques affiches et de la musique en toile de fond: des ouvriers de General Motors font le piquet de grève depuis plus d'un mois à Lordstown, en plein bassin industriel du Nord américain.

Un mouvement social historique a paralysé la production du géant industriel avant qu'un accord soit trouvé entre les syndicats et le constructeur. Mais ici, l'usine qui fabriquait des Chevrolet ferme ses portes. Avec elle, ce sont 1 600 emplois qui quittent cette ville de l'Ohio.

«On ne demande pas à être millionnaires, mais on ne veut pas non plus être pauvres. On veut une vie de classe moyenne. C'est pour ça qu'on se bat», clame Joey, qui n'a pas voulu donner son nom de famille. Après avoir longtemps espéré que son usine soit sauvée, General Motors a finalement obtenu le feu vert pour la fermer.

Un bastion démocrate

Retrouver «la grandeur» de la classe américaine industrielle, c'est la promesse qui a fait élire Donald Trump dans la région de la «Rust Belt». Dans ce comté de Trumbull, un bastion démocrate, le républicain a remporté la dernière présidentielle: une première depuis plus de 40 ans.

«C'est la toute première fois que j'ai voté pour un républicain. Mais il n'aura probablement plus mon vote», admet Sam, ouvrier mis à la porte qui tient à rester anonyme. Larry D., retraité de l'usine venu soutenir ses camarades, se dit «déçu et trahi» par le président qui n'a pas imposé les tarifs douaniers promis sur les voitures. Il en est certain, Donald Trump «ne remportera plus le vote dans cette région».

A un an d'une élection présidentielle qui s'annonce explosive, Donald Trump et son futur rival démocrate devront séduire cette classe moyenne blanche de l'ancien bassin industriel. Américain fier de la classe ouvrière, socialement conservateur, Mike Yakim ne sait pas s'il renouvellera son vote pour le milliardaire républicain. Mais il aime son discours: «Nous avons cru en cette promesse. Et d'une certaine manière, j'y crois toujours.»

«Ne déménagez pas!»

Comme 700 autres employés de Lordstown, Mike a accepté d'être relocalisé dans une autre usine pour conserver son emploi. Il va désormais vivre à quatre heures de route de sa famille qui reste dans l'Ohio. C'est la troisième usine pour laquelle il travaille qui ferme. Dans sa maison, il confie son amertume: «Aujourd'hui, le rêve américain c'est un cirque. Ils déménagent et vous partez.»

Pourtant en 2017, lors d'un meeting dans la région, à Youngstown, Donald Trump promettait le retour des emplois: «Ne déménagez pas! Ne vendez pas votre maison!» Il est vrai que le président bénéficie d'une conjoncture économique avantageuse depuis sa prise de fonction: le chômage est à son plus bas niveau depuis 50 ans aux Etats-Unis. «La plus grande économie de l'histoire américaine!» se félicite-t-il sur Twitter.

Mais l'industrie manufacturière, en récession, ne participe pas au dynamisme du pays. Depuis l'an 2000, le secteur manufacturier se réduit comme peau de chagrin aux Etats-Unis. L'Ohio a perdu 3 500 usines entre 2001 et 2011. Aujourd'hui dans cet Etat, le taux d'emploi dans le secteur industriel est toujours 10 points sous le niveau d'avant crise.

De moins en moins d'emplois

Le maire de Lordstown, Arno Hill exprime son impuissance face à cette tendance: «Dans le nord-est de l'Ohio, chaque fois que l'économie va mal, notre économie va un peu plus mal et je ne sais pas pourquoi. Et quand l'économie repart, nous ne revenons jamais là où nous étions auparavant.» Lui-même ancien ouvrier, Arno Hill tente d'attirer de nouveaux employeurs. Un centre de distribution est en construction à quelques mètres de l'usine General Motors. Mais les emplois n'y seront pas aussi nombreux, ni aussi bien payés.

Quant à l'usine de General Motors, elle devrait être revendue à une entreprise fabriquant des camions électriques. En mai dernier sur Twitter, Donald Trump s'en réjouissait: «SUPER NOUVELLE POUR L'OHIO!» [...] Avec le retour de tous les constructeurs automobiles, et bien plus encore, les Etats-Unis sont en plein boom!» Mais les nouveaux employés ne bénéficieront probablement pas des mêmes avantages qu'à GM, ni du salaire horaire de 31 dollars.

Un Etat-clé

Pour les anti-Trump convaincus, le milliardaire new-yorkais a menti en promettant le retour de l'industrie des grands jours. Sonny Morgan, retraité de General Motors, se désole: «Aucune usine d'acier ne revient. C'est juste un mensonge qui nous a été dit.»

Etat-clé pour qui souhaite remporter la Maison Blanche en 2020, l'Ohio est dans le viseur des démocrates qui souhaitent récupérer les voix de ces comtés de la «Rust Belt». Les candidats tentent de séduire en proposant des politiques industrielles, explique Todd Belt, professeur de sciences politiques à Georges Washington University, en rappelant: «Comme le dit le dicton: Où va l'Ohio, va le pays» (afp/Le Matin)

Créé: 01.11.2019, 14h47

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