Mercredi 20 novembre 2019 | Dernière mise à jour 05:17

Zimbabwe L'ancien président Robert Mugabe est mort

L'ex chef d'Etat qui a dirigé le Zimbabwe d'une main de fer pendant 37 ans est décédé à l'âge de 95 ans. Retour sur son parcours.

Lâché par l'armée et son parti, il avait été contraint à la démission en 2017.
Vidéo: AFP

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L'ancien président zimbabwéen Robert Mugabe, qui a dirigé son pays de 1980 à 2017, est décédé à l'âge de 95 ans, a annoncé vendredi le chef de l'Etat Emmerson Mnangagwa.

Dans la foulée, l'ancien dirigeant a été fait «héros national».

La Zanu-PF, parti au pouvoir depuis 1980, «s'est réunie et lui a accordé le statut de héros national qu'il mérite grandement», a déclaré Emmerson Mnangagwa lors d'une intervention télévisée à Harare, ajoutant que le pays serait en deuil jusqu'aux funérailles dont la date n'a pas encore été communiquée.

«Le commandant Mugabe était une icône de la libération, un panafricain qui a dédié sa vie à l'émancipation (...) de son peuple. Sa contribution à l'histoire de notre nation et de notre continent ne sera jamais oubliée. Que son âme repose en paix», a-t-il ajouté.

Contraint à la démission

Robert Mugabe avait pris les rênes de l'ex-Rhodésie, devenue indépendante, en 1980. Lâché par l'armée et son parti, il a été contraint à la démission en 2017. Il a laissé un pays englué dans une profonde crise économique qui ne cesse d'empirer.

Le chef de l'Etat actuel est également accusé d'avoir mis en place un régime autoritaire. Amnesty International l'a accusé récemment d'avoir mis en oeuvre une politique de répression systématique contre l'opposition pendant la première année de son mandat.

Pendant son règne de trente-sept ans à la tête du Zimbabwe jusqu'à sa chute en 2017, Robert Mugabe, décédé à l'âge de 95 ans, est passé du statut de héros de l'indépendance et ami de l'Occident à celui de tyran qui a provoqué l'effondrement économique de son pays.

«Zimbabwe à genoux»

Il a survécu moins de deux ans à peine après son humiliante démission en novembre 2017, sous la pression de l'armée. «Il fut un formidable dirigeant dont le pouvoir a dégénéré au point de mettre le Zimbabwe à genoux», résume Shadrack Gutto, professeur à l'Université sud-africaine Unisa.

Lorsqu'il a pris les rênes de l'ex-Rhodésie, devenue indépendante en 1980, Robert Mugabe a séduit. Sa politique de réconciliation, au nom de l'unité du pays, lui vaut des louanges générales, particulièrement dans les capitales étrangères. «Vous étiez mes ennemis hier, vous êtes maintenant mes amis», lance l'ex-chef de la guérilla.

Il offre des postes ministériels clés à des Blancs et autorise même leur chef, Ian Smith, à rester au pays. Bardé de diplômes, le révolutionnaire Mugabe apparaît comme un dirigeant modèle. En dix ans, le pays progresse à pas de géant: construction d'écoles, de centres de santé et de nouveaux logements pour la majorité noire. Très tôt pourtant, le héros a la main lourde contre ses opposants.

Un paria

Dès 1982, il envoie l'armée dans la province «dissidente» du Matabeleland (sud-ouest), terre des Ndebele et de son ancien allié pendant la guerre, Joshua Nkomo. La répression, brutale, fait environ 20'000 morts.

Mais le monde ferme les yeux. Il faudra attendre les années 2000, ses abus contre l'opposition, des fraudes électorales et surtout sa violente réforme agraire pour que l'idylle s'achève.

Affaibli politiquement, déstabilisé par ses compagnons d'armes de la guerre d'indépendance, Robert Mugabe décide de leur donner du grain à moudre en les lâchant contre les fermiers blancs, qui détiennent toujours l'essentiel des terres du pays.

Fermiers blancs chassés

Des centaines de milliers de Noirs deviennent propriétaires, mais au prix de violences qui contraignent la plupart des 4500 fermiers blancs à quitter le pays et font la Une des médias occidentaux. La réforme précipite l'effondrement d'une économie déjà à la peine. Les liquidités manquent et 90% des Zimbabwéens sont au chômage.

Le petit homme à la fine moustache et aux épaisses lunettes, qui incarnait la réussite d'une Afrique indépendante, rejoint alors définitivement le rang des parias de la scène internationale, ce dont il s'accommodera bien volontiers.

Dans des diatribes anti-impérialistes au vitriol, Robert Mugabe rend l'Occident responsable de tous les maux de son pays, notamment sa ruine financière, et rejette toutes les accusations de dérive autoritaire.

«Si des gens disent que vous êtes un dictateur (...), vous savez qu'ils le font surtout pour vous nuire et vous ternir, alors vous n'y prêtez pas attention», confie-t-il en 2013.

Caricature du despote africain

Dans les dernières années de sa vie, il balaie de la même façon les spéculations sur son état de santé. La rumeur le dit atteint d'un cancer, son entourage explique ses fréquents séjours à Singapour par le traitement d'une cataracte.

«Mes 89 ans ne signifient rien», plastronne-t-il en 2013 juste avant son énième réélection. «Est-ce qu'ils m'ont changé ? Ils ne m'ont pas flétri, ni rendu sénile, non. J'ai encore des idées, des idées qui doivent être acceptées par mon peuple».

Malgré ces assurances, sa santé décline. En 2015, il est surpris à prononcer le même discours à un mois d'intervalle. Les photos de ses siestes pendant les réunions internationales n'en finissent plus de faire rire la planète.

Incarnation jusqu'à la caricature du despote africain prêt à tout pour prolonger son règne, il promet pourtant de fêter ses 100 ans au pouvoir. Il ne tiendra pas parole.

L'erreur fatale

En octobre 2017, il limoge son vice-président Emmerson Mnangagwa, sous la pression de son influente et ambitieuse épouse Grace qui s'invite dans la course à sa succession. C'est l'erreur fatale. L'armée le lâche. Son parti, la Zanu-PF, et la rue également.

Le plus vieux chef d'Etat en exercice de la planète, longtemps considéré indéboulonnable, est acculé à la démission le 21 novembre 2017. Il a 93 ans. Il dénoncera plus tard un «coup d'Etat», et plein de ressentiment, appellera à demi-mots, à la veille des élections générales de 2018, à voter pour l'opposition.

Obsession du pouvoir

Né le 21 février 1924 dans la mission catholique de Kutama (centre), Robert Gabriel Mugabe est décrit comme un enfant solitaire et studieux, qui surveille son bétail un livre à la main. Il caresse un temps l'idée de devenir prêtre. Il sera enseignant.

Séduit par le marxisme, il découvre la politique à l'Université de Fort Hare, la seule ouverte aux Noirs dans l'Afrique du Sud de l'apartheid. En 1960, il s'engage dans la lutte contre le pouvoir rhodésien, blanc et ségrégationniste.

Arrêté quatre ans plus tard, il passe dix années en détention, qui lui laissent un goût amer: les autorités lui refusent d'assister aux obsèques du fils de quatre ans qu'a eu sa première femme, Sally Hayfron, morte en 1992.

Lutte armée

Peu après sa libération, il trouve refuge au Mozambique voisin, d'où il prend la tête de la lutte armée jusqu'à l'indépendance de son pays et son arrivée au pouvoir.

Tout au long de son parcours, il fait preuve d'une détermination et d'une intelligence sans faille. «Sa vraie obsession n'était pas la richesse personnelle mais le pouvoir», explique l'un de ses biographes, Martin Meredith.

«Mugabe s'est maintenu au pouvoir en (...) écrasant ses opposants, violant la justice, piétinant le droit à la propriété, réprimant la presse indépendante et truquant les élections», ajoute-t-il.

Il «n'était pas humain», se souvient l'ancien secrétaire britannique aux Affaires étrangères Peter Carrington, qui a négocié avec lui l'indépendance. «Vous pouviez admirer ses qualités et son intellect (...) mais il était terriblement fuyant.»

(ats/nxp)

Créé: 06.09.2019, 07h35

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