Jeudi 27 juin 2019 | Dernière mise à jour 14:36

France Le sort de l'anesthésiste de Besançon fixé aujourd'hui

La Cour d'appel de Besançon a décidé de maintenir en liberté sous contrôle judiciaire l'homme suspecté de 24 empoisonnements.

Les avocats du médecin anesthésiste soupçonné d'empoisonnements.

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La cour d'appel de Besançon a maintenu mercredi en liberté sous contrôle judiciaire l'anesthésiste Frédéric P., soupçonné d'avoir empoisonné 24 patients lors d'interventions chirurgicales, contre l'avis du parquet qui réclamait son placement en détention provisoire.

Après quatre heures de débats et une heure de délibérations, les trois juges de la chambre d'instruction de la cour d'appel ont décidé, dans un arrêt rendu à huis clos et très attendu, que le Dr P. serait laissé libre, comme il l'est depuis mars 2017, quand il avait été mis une première fois en examen pour sept premiers cas d'empoisonnements présumés.

Le médecin n'aura ainsi jamais connu la prison en dépit des lourds soupçons qui pèsent sur lui.

Interdiction d'exercer

La cour d'appel n'a apporté «aucune modification» à son contrôle judiciaire ordonné à la mi-mai par la juge des libertés et de la détention après sa seconde mise en examen pour 17 nouveaux cas d'empoisonnement, a indiqué Me Jean-Yves Le Borgne, l'un des avocats de Frédéric P.

L'anesthésiste de 47 ans reste donc sous le coup d'une interdiction d'exercer et de se rendre à Besançon et dans la commune voisine où il résidait. Pour Me Randall Schwerdorffer, ténor du barreau bisontin et autre défenseur du Dr P., ce dernier «a été très soulagé par la décision». Attendu par sa famille, le médecin, qui habite désormais chez ses parents près de Poitiers, est ressorti du tribunal à l'abri des regards.

Sur le parvis du palais de justice bisontin, les victimes présumées ne cachaient pas leur déception. Visiblement éprouvée, Sandra Simard, qui avait survécu à cinq jours de coma en 2017 après une opération du dos, s'est dite «déçue» et «en colère», redoutant que cette décision ne prolonge encore l'instruction.

«On attend maintenant la suite mais c'est long, c'est trop long», a également regretté Bénédicte Boussard, 50 ans, victime présumée du médecin en 2009.

Une petite trentaine de victimes présumées ou de proches des victimes étaient présents à l'audience, dont la famille de la plus jeune d'entre elles : un enfant opéré en 2016 à l'âge de 4 ans des amygdales et qui avait survécu à deux arrêts cardiaques. «Vraiment c'est inadmissible!», s'est emporté Georges Horter, le grand-père de Teddy, dénonçant une «justice qui marche à la tête du client».

Audience dense

«Je comprends le désarroi des victimes qui voient que pour une personne ayant commis 24 empoisonnements ou tentatives d'empoisonnements, il n'y a pas une décision autre», a réagi Me Frédéric Douchez, avocat de la clinique Saint-Vincent, où exerçait l'anesthésiste et qui s'est également constituée partie civile.

Mais l'avocat a une certitude: Frédéric P. «ira aux assises», un procès qui, s'il a bien lieu, ne devrait pas se tenir avant plusieurs années. Pour, Me Lionel Béthune de Moro, troisième avocat du médecin, il n'y avait «aucune preuve» que les événements indésirables graves (EIG) survenus lors des interventions chirurgicales incriminées étaient «criminels».

L'avocat a parlé d'une «audience dense» mais d'un «débat assez loyal» entre l'accusation qui réclamait le placement en détention de l'anesthésiste, soutenue par les parties civiles, et les conseils du médecin.

Il était «difficile et douloureux (pour le Dr P., NDLR) de revenir à Besançon, de voir les victimes» de ces EIG, a-t-il observé.

Des patients âgés de 4 à 80 ans

L'anesthésiste est soupçonné d'avoir pollué, entre 2008 et 2017, des poches de perfusion de 24 patients âgés de 4 à 80 ans pour provoquer des arrêts cardiaques, démontrer ses talents de réanimateur et discréditer ses collègues de la clinique, avec lesquels il était en conflit.

Pour le procureur de la République de Besançon, Etienne Manteaux, il est «le dénominateur commun» de tous ces événement indésirables graves. Parmi ses victimes présumées, neuf sont décédées. D'autres sont restées plusieurs jours dans le coma après avoir subi des arrêts cardiaques à l'occasion d'opérations qui ne présentaient pas de difficultés particulières et en portent encore les séquelles.

Une association qui rassemble la plupart d'entre elles a lancé une collecte en ligne pour financer les frais de justice. (afp/nxp)

Créé: 12.06.2019, 10h39


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