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Empoisonnement? Arafat et le polonium: l'imbroglio qui passe par Lausanne

Le défunt leader palestinien a-t-il été empoisonné au polonium, un poison rarissime, fabriqué essentiellement en Russie? Son corps pourra-t-il être exhumé afin d'être examiné par des experts à Lausanne? Le point sur un dossier complexe.

Yasser Arafat est décédé dans des circonstances peu claires, la lumière sur sa mort pourra-t-elle aujourd'hui être faite?

Yasser Arafat est décédé dans des circonstances peu claires, la lumière sur sa mort pourra-t-elle aujourd'hui être faite? Image: Keystone

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Une personnalité palestinienne historique morte mystérieusement, une veuve en froid avec les leaders de son pays, un conflit politique, des médecins douteux et un poison rare. L'affaire Yasser Arafat pourrait constituer une excellente intrigue de film, avec un scénario complexe et une issue encore inconnue. Dans son édition de jeudi, Le Temps revient sur les multiples ramifications de cet imbroglio.

L'histoire commence avec des experts de l'Institut de radiophysique de Lausanne, entité conjointe du Chuv et de l'Unil, qui trouvent «un niveau significatif de polonium» dans les échantillons biologiques prélevés sur les affaires personnelles de Yasser Arafat.

Un poison douteux

Le polonium 2010, élément radioactif, fait alors remonter à la surface la thèse de l'empoisonnement. C'est notamment la substance utilisée pour empoisonner l'ex-espion russe Alexander Litvinenko, décédé en 2006 à Londres.

D'ailleurs, selon Olli Heinonen, ex-chef des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) en Iran et actuellement professeur à la Harvard Kenney School, seule la Russie produirait cet élément de «manière avérée», comme il le confie au Temps. «Mais cela peut être fait par tout Etat qui possède un réacteur nucléaire, même si le procédé chimique est un peu compliqué, puisque le polonium s'évapore vite à basse température», ajoute-t-il.

L'AIEA chiffre la production de cette substance dans le monde à une centaine de grammes par année. Le polonium ne semble donc pas très usité, mais en même temps l'agence n'est pas habilitée à le surveiller. Ainsi, le polonium pourrait se retrouver dans des endroits où il n'est pas attendu. Par exemple au centre de recherche militaire de Nes Ziona en Israël.

Un pays qui a des remords ?

Le scénario serait pourtant trop simple s'il s'arrêtait à l'affrontement de deux ennemis (Israël et Palestine). Entre en jeu un troisième pays, la Tunisie, qui a récemment demandé à la Ligue Arabe l'ouverture d'une enquête sur la mort du leader palestinien.

Jusque là rien ne cloche, sauf que ce sont les médecins de ce pays qui avaient tenté, dans un premier temps sans succès, de soigner Yasser Arafat et, surtout, qui avaient «mystérieusement perdu les résultats de leurs prélèvements», comme le souligne le quotidien genevois. Une étrange perte étant donné que le raïs est décédé dans des circonstances peu claires.

Une veuve mal aimée

Mêlée à la Tunisie et bête noire des leaders palestinien, intervient alors dans l'intrigue Souha Arafat, veuve du défunt leader. Auparavant amie avec la femme du dictateur tunisien déchu Ben Ali, Souha Arafat avait refusé une autopsie suite à la mort suspecte de son époux décédé en 2004 à l’hôpital militaire Percy, près de Paris.

Aujourd'hui, la veuve veut pourtant «rechercher la vérité» sur la mort de son mari. «Elle a donc saisi un cabinet d’avocats parisiens pour déposer plainte contre X devant les juridictions françaises», souligne dans un communiqué le cabinet de son avocat, Pierre-Olivier Sur. «Nous voulons que (l'autopsie) se passe sous l'autorité d'un juge d'instruction, si possible français», souligne ce dernier au Temps.

La dépouille de Yasser Arafat reposant à Ramallah ne semble, donc, pas près d'arriver entre les mains des scientifiques suisses, qui n'ont toujours pas de nouvelles de l'Autorité palestinienne. «A Ramallah, même faire passer une caisse de tomates est presque une affaire mondiale; alors vous imaginez les ossements de Yasser Arafat...» écrit au quotidien genevois un responsable palestinien. L'affaire Arafat promet encore de nombreux épisodes.

Créé: 12.07.2012, 11h03

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