Vendredi 18 octobre 2019 | Dernière mise à jour 08:56

Soudan Le président Omar el-Béchir destitué par l'armée

Au pouvoir depuis trois décennies, le président soudanais a été poussé vers la sortie et mis en prison par l'armée. La foule est en liesse.

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Soudan: les manifestations ont eu raison d'Omar el-Béchir

Soudan: les manifestations ont eu raison d'Omar el-Béchir Le mouvement de contestation qui a éclaté le 19 décembre 2018 au Soudan s'est conclu par la démission du président au pouvoir depuis 30 ans.

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«J'annonce, en tant que ministre de la Défense, la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef» (Omar el-Béchir), a déclaré dans une annonce à la télévision d'Etat Awad Ahmed Benawf, après une attente de plusieurs heures.

Tout au long de la matinée, une immense foule de Soudanais s'était en effet rassemblée dans le centre de la capitale soudanaise, anticipant l'annonce de la destitution du président honni, âgé de 75 ans et au pouvoir depuis un coup d'Etat en 1989.

«Le régime est tombé»

«Le régime est tombé, le régime est tombé!», avaient scandé, en brandissant des drapeaux soudanais, ces milliers de manifestants qui campent depuis samedi devant le QG des forces militaires.

En plein marasme économique, le Soudan est le théâtre depuis décembre de manifestations déclenchées par la décision de tripler le prix du pain. La contestation s'est vite transformée en un mouvement réclamant la «chute» de M. Béchir, qui fait par ailleurs depuis des années l'objet de poursuites internationales.

Depuis samedi, des milliers de manifestants réclamaient sans discontinuer, devant le QG de l'armée, le soutien des militaires.

«Conseil militaire de transition»

Outre la destitution du président, le ministre de la Défense a annoncé la mise en place d'un «conseil militaire de transition» pour succéder à Omar el-Béchir pour une durée de deux ans. L'espace aérien a été fermé pour 24 heures et les frontières terrestres jusqu'à nouvel ordre, a-t-il ajouté.

Un cessez-le-feu a aussi été annoncé à travers tout le pays, notamment dans les Etats en proie aux rébellions comme le Darfour (ouest), région meurtrie par les violences.

Mandat d'arrêt de la CPI

En 2009, la Cour pénale internationale (CPI), basée à La Haye, a lancé un mandat d'arrêt contre Omar el-Béchir pour «crimes de guerre» et «contre l'humanité» au Darfour, avant d'ajouter en 2010 l'accusation de «génocide». Le conflit au Darfour a fait plus de 300'000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU.

Peu avant l'annonce du ministre de la Défense, le puissant service de renseignements au Soudan (NISS), fer de lance de la répression des manifestations, avait fait état de la libération de tous les prisonniers politiques du pays, selon l'agence officielle Suna.

Le centre de la capitale, au sud du QG, a au gré de la matinée été envahi par une foule immense, selon un journaliste de l'AFP. Les manifestants se prenaient dans les bras, brandissaient des drapeaux soudanais et échangeaient des friandises.

Armée déployée

L'armée s'est déployée dans de nombreuses rues de la capitale, ainsi que des membres du groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide. Des foules sont aussi rassemblées dans les villes de Madani, Gadaref, Port-Soudan, Al-Obeid et Kassala, brandissant des drapeaux soudanais.

A Khartoum, les meneurs du mouvement ont appelé en cours de journée la foule à «ne pas attaquer quiconque ou les biens gouvernementaux et privés». «Quiconque fera ça sera puni par la loi. Notre révolution est pacifique, pacifique, pacifique», a martelé l'Alliance pour la liberté et le changement dans un communiqué.

En tout, 49 personnes sont mortes dans des violences liées aux manifestations depuis que ces rassemblements ont débuté en décembre, de sources officielles.

«Transition crédible»

L'étincelle de la contestation a été la décision du gouvernement de tripler le prix du pain le 19 décembre. Mardi, des capitales occidentales ont appelé les autorités à répondre aux revendications «d'une façon sérieuse».

Le pouvoir doit proposer «un plan de transition politique crédible», ont écrit les ambassades des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Norvège dans un communiqué conjoint à Khartoum.

(ats/nxp)

Créé: 11.04.2019, 12h11


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