Mercredi 17 juillet 2019 | Dernière mise à jour 18:16

Pêche Le Japon relance la chasse à la baleine

La pêche à la baleine à des fins commerciales a repris au Japon lundi, après plus de trente ans d’interruption.

«La pratique existe depuis plus de 400 ans dans ma cité», explique Yoshifumi Kai, président d'une association de pêcheurs de baleines. (Photo d'archives)

«La pratique existe depuis plus de 400 ans dans ma cité», explique Yoshifumi Kai, président d'une association de pêcheurs de baleines. (Photo d'archives) Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Des navires japonais ont harponné deux baleines lundi dans les eaux nippones. Ils ont ainsi inauguré la reprise de la chasse commerciale interrompue pendant plus de trois décennies.

Le gouvernement nippon avait décidé il y a six mois de quitter la Commission baleinière internationale (CBI) et de s'affranchir ainsi d'un moratoire.

Deux baleines de Minke ont été attrapées par des bateaux partis en début de journée du port de Kushiro (nord) après une cérémonie au cours de laquelle plusieurs élus ont revendiqué la légitimité de cette tradition. L'une au moins des embarcations est revenue en fin d'après-midi et sa cargaison a été déchargée sur un camion afin de l'emporter à la découpe, ont constaté des journalistes de l'AFP.

«C'est une petite industrie, mais je suis fier de chasser les baleines. La pratique existe depuis plus de 400 ans dans ma cité», a expliqué à l'AFP Yoshifumi Kai, président d'une association de pêcheurs de baleines.

Idem pour Hideki Abe, 23 ans, qui, compte tenu de son jeune âge, n'a encore jamais participé à une mission de ce type. «Je suis un peu nerveux, mais heureux que nous puissions commencer. Je souhaite que davantage de personnes goûtent de la baleine, au moins une fois», a-t-il confié avant le départ.

Maximum de 227 prises

Le navire-usine Nisshin Maru, bâtiment amiral de la flotte baleinière nippone, et d'autres embarcations ont aussi quitté le port de Shimonoseki (sud-ouest). «Nous estimons que les baleines sont des ressources marines comme les poissons et qu'elles sont utilisables sur la base de critères scientifiques», a expliqué un responsable du ministère de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche.

«Nous déterminons des quotas de sorte à ne pas nuire aux espèces», a-t-il précisé. Le maximum d'ici décembre est fixé à 227 prises. «C'est moins que pour les missions d'étude, pour diverses raisons, la première étant que nous avons abandonné la pêche dans l'Antarctique», a précisé lundi un autre fonctionnaire.

Raison d'être culturelle

Les baleiniers n'iront en effet pas tuer en haute mer, comme il l'ont fait ces trente dernières années «pour des raisons scientifiques».

Le Japon avait débuté ses «missions de recherche» en Antarctique et dans le nord-est du Pacifique il y a respectivement 32 et 25 ans, renonçant alors à une pêche purement commerciale, mais utilisant une «exception scientifique», tolérée par la CBI.

Durant ces décennies, l'archipel n'a cessé d'être critiqué par les défenseurs des cétacés pour ses façons de procéder jugées cruelles, alors que des méthodes non létales existent pour mener les études voulues, selon ses détracteurs.

En outre, si les chercheurs étaient certes les premiers à se pencher sur les baleines rapportées, une partie de leur chair finissait sur les étals des poissonniers, malgré un appétit peu important pour cette chair.

Mais il y a une volonté et fierté de préserver un rite auquel tient une partie de la population, notamment des personnes âgées qui se souviennent que la baleine était leur seule source importante de protéines durant la disette d'après-guerre. Pour certaines communes, la pêche à la baleine est une raison d'être sinon économique, du moins culturelle et morale.

Baroud d'honneur

«Le Japon est en train d'arrêter la chasse à la baleine en haute mer, pas encore un arrêt complet, mais c'est un énorme pas vers la fin», estime néanmoins Patrick Ramage, directeur du programme conservation marine du Fonds international pour le bien-être animal (Ifaw).

Il voit dans la reprise de la chasse commerciale et l'arrêt de la pêche scientifique en Antarctique une sorte de baroud d'honneur. Cette industrie de chasse à la baleine, qui ne compte pas plus de 250 pêcheurs, «va se noyer très rapidement», prédisait-il.

«On nous en servait à la cantine quand j'étais petite, mais je ne pense pas que j'en mangerai de nouveau. Le Japon devrait davantage faire ses choix en tenant compte du reste du monde qui dit que ce n'est pas bien», a confié à Tokyo une jeune Japonaise de 30 ans désireuse de garder l'anonymat. (afp/nxp)

Créé: 01.07.2019, 13h58

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.